Chapitre Sept, sixième partie.

Chapitre Sept, sixième partie.
Alors qu'ils étaient tous les deux dans leurs pensées, Kriar apparut soudain devant eux. Surpris, ils se séparèrent.

- On toque à la porte, je pense que ce sont les valets qui amènent le repas.
- Bien, l'on continuera tout à l'heure. Une petite pause nous fera le plus grand bien à tous les deux.

Cyliana acquiesça et aussitôt le décor autour d'eux disparu. Enguerrand sentit qu'il retournait dans son propre corps.

Il reprit ses esprits, et alla ouvrir la porte. Il fit entrer les valets qui installèrent discrètement le repas sur la petite table siégeant au centre de la pièce. Ils avaient même amené à Kriar de quoi se restaurer. Ce qui ne lui déplut pas le moins du monde. Ils changèrent ensuite les cierges qui n'éclairaient plus grand chose. Quand tout fut installé, les valets s'en allèrent aussi discrètement qu'ils étaient venus.

Enguerrand approcha la table de leurs fauteuils. Ils commencèrent à manger silencieusement. Chacun profitant de ce moment de répit.

Enguerrand prit peu à peu conscience lors du repas, de tout ce qu'il venait d'apprendre. Ainsi que de toutes les responsabilités qui pesaient sur les épaules de Cyliana. Pourtant, elle ne se laissait pas abattre. Elle parvenait même à sourire dans les pires moments de sa vie.

Il avait conscience du fait que la jeune Keltane avait pris beaucoup d'importance à ses yeux. Et cela, bien qu'il ne la connaisse que depuis quelques jours...

Cyliana s'apercevant du regard insistant d'Enguerrand s'arrêta de manger et le regarda le sourire aux lèvres.

- Quand tu auras fini de m'espionner, tu pourras me dire à quoi tu penses ? fit elle espiègle.

Enguerrand détourna les yeux et essaya de bégayer une excuse incompréhensible. Cyliana ne put s'empêcher de rire.

C'était la première fois qu'il l'entendait rire. Un rire spontané et chaleureux qui égaya un peu cette triste soirée. Il l'aima instantanément, et espéra l'entendre plus souvent à l'avenir.

Cyliana continua de manger. Ne manquant pas de voir qu'il continuait de l'observer.

Lorsqu'ils eurent terminé leur repas. Cyliana réfléchit à ce qu'elle avait oublié de lui dire. S'avisant qu'il savait presque tout, elle hésita à lui révéler ses autres fonctions.

Cependant, elle fut interrompue dans ses réflexions avant d'avoir pris une décision.

- Je me pose une question depuis tout à l'heure. Comment êtes-vous choisies pour faire partie des Ombres Ardentes ? Je me doute que ce n'est pas un choix volontaire. Tu en es la preuve...

Cyliana plongea son regard vers le sol. Ses pensées se rivèrent une fois de plus sur son enfance. Lorsqu'elle s'accrochait désespérément à la robe de sa mère qui lui tournait le dos. Son père, l'emmenant de force à S½ur Caleen, chargée de la conduire à la Forteresse de l'Ordre...

Inconsciemment, elle tendit sa main vers Enguerrand. Kriar se rapprocha et elle posa son autre main sur son crâne.

Enguerrand prit la main de Cyliana et comme il s'y attendait, il replongea dans le vide avant de se retrouver dans l'esprit de Kriar.

Sans plus attendre, Cyliana créa le souvenir adéquat. Le décor apparut aussitôt. Une pièce sombre où de nombreux livres étaient éparpillés sur la table, les meubles, et même le sol. Au centre de la pièce, se trouvait le Sorcier qui avait eu l'idée de créer les Ombres Ardentes. Il avait tracé de nombreux signes sur le sol. Enguerrand ne les connaissait que vaguement. Toutefois, le fait qu'une carte représentant le Royaume de Keltania soit posée au centre d'un cercle entouré de toutes sortes de symboles l'étonna.

Le Sorcier murmurait, les yeux rivés sur un livre posé à côté de lui, tout en faisant d'étranges manipulations au-dessus de la carte. Lorsqu'il eut terminé, la carte au centre du cercle vira entièrement au noir.

Il entendit Cyliana s'approcher et s'arrêter à ses côtés.

- Il ne fit pas que créer les Ombres Ardentes, il a également choisi son fonctionnement, le nombre de personnes qui en ferait partie, et la façon dont cet « héritage » allait se transmettre...
» Les personnes désignées pour faire partie des Ombres Ardentes sont choisies au hasard afin que cela soit plus... équitable. Pour s'en assurer, il a lancé lui-même le sort sur notre peuple. Quand on est désigné, on reçoit tout simplement un éclair qui traverse notre Marque avec nos nouveaux pouvoirs...
» Les filles sont désignées entre trois et dix ans. Mais pour les garçons, c'est entre cinq et vingt ans. Pendant cette période, à tout moment, on peut devenir un membre de l'Ordre. C'est l'une des raisons pour lesquelles les parents ont si peur. Leurs enfants peuvent se voir doter de l'éclair à tout instant...

Cyliana remarqua qu'Enguerrand essayait de voir, de façon peu discrète, l'éclair sur sa Marque. Amusée par tant de curiosité, elle s'approcha tout près de lui.

- Je pense que tu verras mieux comme ça ! fit elle mutine.

Enguerrand inspecta alors la Marque de Cyliana. Il ne l'avait jamais réellement regardé jusqu'à présent car il la détestait. Et ceci, pour la bonne raison qu'il n'aimait pas entendre parler des malédictions. Mais aussi car elle était identique au blason de la Légion. Un Phoenix sortant des flammes. La seule différence étant que la Marque était entièrement noire alors que le blason de la légion, lui, était Pourpre et Or. Cependant, cette fois-ci, il aperçut effectivement une différence. Un éclair traversait le Phoenix de haut en bas.

Après son observation, il recula un peu.

- Satisfait ?
- Absolument !
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# Posté le mardi 10 octobre 2006 09:49
Modifié le vendredi 22 juin 2007 07:25

Chapitre Sept, septième partie.

Chapitre Sept, septième partie.
L'atmosphère qui venait de s'alléger ne dura pas. Un silence pesant apparut. Enguerrand attendait, ne sachant pas si elle avait terminée. Cyliana quand à elle, n'arrivait pas à se décider.

Elle réfléchissait paniquée à ce qu'elle allait faire. Elle s'était promise de tout lui dire, mais maintenant, elle hésitait. Elle regarda Enguerrand, son c½ur battant de nouveau la chamade. Sans le remarquer, elle reprit sa mèche de cheveux, et l'entortilla autour de son index.

Tous les évènements des derniers jours lui revinrent à l'esprit.

Pendant quelques jours, elle avait eu l'impression d'être une Elfe normale avec un ami. Maintenant, si elle continuait, si elle lui disait tout, elle risquait de tout perdre. Comment avait-elle pu s'habituer à ça si rapidement ? Elle ferma les yeux pour s'empêcher de pleurer mais quelques larmes réussirent cependant à s'échapper de sous ses paupières, alors elle détourna la tête.

Elle tremblait légèrement sous l'appréhension mais elle reporta son regard sur le sol résignée.

Enguerrand regardait inquiet. La salle où ils se trouvaient semblait se distordre dans tous les sens. Les couleurs et les objets se mélangeant entre eux. Alors qu'il allait le dire à Cyliana, l'image s'effaça et apparut rapidement une scène qui le stupéfia.

Ils se trouvaient à présent sur une place de village, Keltan vraisemblablement. De nombreux soldats étaient présents, ainsi qu'une longue file de prisonniers enchaînés. Sur une estrade au centre de la place, se trouvaient trois Ombres Ardentes. Elles semblaient terrorisées. A leurs pieds, se trouvaient plusieurs cadavres, le visage figé d'horreur.

De nouveaux condamnés montaient sur l'estrade, un pour chaque Ombre Ardente.

Entre les condamnés et les Ombres Ardentes, Enguerrand n'aurait su dire lesquelles des deux étaient le plus horrifiées.

Deux des Ombres Ardentes, à peine les condamnés face à elles, tendirent leurs mains, paumes en avant et les posèrent sur la poitrine des hommes. Il y eut un bruit sourd puis plus rien. Les condamnés tombèrent sur le sol sans un cri, alors que les Ombres Ardentes, au contraire, criaient de douleur et de désespoir. Quand elles réussirent à se calmer, elles firent un signe négatif à une sorte de juge qui regardait la scène imperturbable.

La troisième n'avait toujours pas esquissé le moindre geste, elle était tétanisée. Un soldat s'approcha et lui donna un violent coup dans le dos, lui ordonnant d'exécuter le détenu sans plus tarder. Elle regarda ses S½urs qui l'encouragèrent d'un regard, puis elle tendit une main et ferma les yeux avant de l'exécuter.

- En plus de protéger et former le Gardien du Pendentif, commença Cyliana placée à ses côtés, plusieurs fonctions nous ont été rajoutées de force... cela à cause des pouvoirs dont nous avons hérités et qui étaient censés nous aider dans notre mission...

Cyliana reposa son regard sur le spectacle morbide qui se déroulait devant leurs yeux. Elle tremblait de rage face à ce spectacle. Elle arrivait de justesse à retenir ses larmes. D'horrible souvenir lui revenant à l'esprit.

- La première fonction que l'on nous a rajouté, continua-t-elle, date de la guerre qui a fait rage entre les différents Clans de mon pays. Elle a commencé peu après la fin de la première guerre contre le Royaume Azurain. Nous venions de perdre notre Roi, tué lors des combats, et nous étions une nouvelle fois chassés de nos terres... (Cyliana baissa la tête et ferma les yeux essayant de se contrôler.) La guerre a éclaté entre les Clans pour savoir qui prendrait la succession du Roi.
» Au bout de plusieurs siècles de combats acharnés, il y avait tellement d'espions et de trahisons dans chaque clan, que Aldward, Roi du clan des Loups, clan où notre Ordre est implanté, a décidé de nous utiliser pour démasquer les traîtres...
» On peut, comme tu le sais, ressentir les émotions de ceux qui nous entourent, et donc deviner dans une certaine mesure leurs intentions. Mais pas seulement. (Elle rouvrit les yeux et s'approcha de l'estrade afin de s'éloigner d'Enguerrand.) Nous pouvons également connaître tout d'un ennemi. De son enfance, à ses secrets les mieux gardés... Mais pour cela, nous sommes obligés de le tuer... Lorsque nous le touchons avec notre pouvoir, il meurt instantanément et tous ses souvenirs nous appartiennent...

Cyliana s'arrêta de nouveau, essayant une fois de plus de retenir ses larmes. Après un moment qui sembla durer une éternité, elle reprit où elle s'était arrêtée :

- Aldward a obligé les Ombres Ardentes à le servir pour démasquer les traîtres, sous peine d'être exécutés ! Ce qui a amené ce massacre... Rien que ce jour là, près d'une centaine de personnes furent exécutées. Et un seul espion a été découvert... Il y eut beaucoup d'autres exécutions de ce genre pendant plusieurs années. Pourtant, très peu de traîtres furent démasqués...
» Plus tard, quand le fils d'Aldward remporta la guerre. Le nouveau Roi décida de nous donner la charge d'exécuter les plus grands criminels. Afin d'être sûr que les juges ne commettent pas d'erreur. Si c'est le cas, il suffit de relancer l'enquête, jusqu'à ce que l'on trouve le bon coupable...
- Lorsque je suis entré dans ton esprit, le souvenir où tu étais seule avec un homme, c'était une exécution ?

Cyliana acquiesça sinistre. Le décor changea une fois de plus et apparut la prison ou elle avait commis sa première exécution.

- Alors comme ça tu l'as vu...

Enguerrand regardait la jeune Cyliana entrée dans la cellule, très pâle, son visage ne reflétant aucun sentiment...

- Pas exactement. Je n'ai vu que le début. Quand je me suis aperçu à quel point se souvenir te torturait je me suis dépêché d'intervenir...
- C'était la première fois que je devais tuer un homme... Je venais d'avoir quatorze ans. Il a fallu que ma première victime soit innocente. Si seulement il avait pu être coupable !

Cyliana en larmes regarda la scène qui se déroulait juste à ses côtés. Enguerrand s'approcha d'elle et la prit dans ses bras, l'empêchant de regarder ce qui se passait. Mais il ne pouvait pas l'empêcher d'y penser...

- Lorsque je suis sortie, je suis tombée nez à nez avec sa femme... Je n'oublierai jamais son regard lorsqu'elle a appris que son mari avait bel et bien été assassiné...

Cette fois-ci, Cyliana mit beaucoup plus de temps à regagner son calme. Enguerrand la tenait dans ses bras tendrement. Quand elle fut calmée, la scène autour d'eux se figea et le silence revint.

Aussitôt, elle s'écarta de lui et essuya ses larmes.

- Tu ne m'en veux pas pour tout ce que j'ai fait ? demanda-t-elle craintive.

Enguerrand la regarda étonné. Il réalisa alors que depuis le début, elle avait en réalité peur de sa réaction.

- Et pour quelles raisons t'en voudrai-je ? Tu es nullement responsable de tout cela, et je le sais.

Cyliana resta sans voix pendant un moment. N'osant croire ce qu'elle venait d'entendre.

- Si seulement tout le monde pouvait penser comme toi... Nous sommes haïs depuis notre création car nous représentons tout ce que notre peuple essaie d'oublier. Maintenant que nous exécutons les nôtres, on nous déteste plus encore. Personne n'ose nous approcher et nous défier. À cause de nos pouvoirs d'une part, mais aussi parce que Oldward nous protège...
- Il n'est pas si mauvais qu'on le dit alors ce Roi. Son idée de vérifier si les coupables sont les bons, part d'une bonne intention.
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# Posté le mardi 17 octobre 2006 05:37
Modifié le mardi 01 mai 2007 02:09

Chapitre Sept, huitième partie.

Chapitre Sept, huitième partie.
(Elonya)


Cyliana le regarda moqueuse.

- Mais bien sûr ! Seulement, ça lui profite plus qu'à nous. Il s'entoure de six des notres pour sa garde personnelle ! (Enguerrand fut surpris d'entendre le ton de Cyliana devenir haineux.) Il oblige tous ceux qui l'entourent à ne pas masquer leurs sentiments. Ainsi, il peut dans une certaine mesure savoir si quelqu'un lui veut du mal...
» Et puis, il en profite aussi pour se faire plaisir !

Cyliana venait de cracher ces derniers mots. Enguerrand la regarda curieux. Au bout d'un long moment, elle consentit enfin à lui donner des explications.

Autour d'eux, le lieu se transforma une nouvelle fois pour faire apparaître un couloir éclairé par la lumière de l'extérieur.

- Nous voici revenus à la Forteresse de l'Ordre lorsque j'avais seize ans...

Enguerrand porta son attention sur la scène. Il apercevait quelqu'un s'approcher lentement, il reconnut rapidement Cyliana bien qu'un peu plus jeune. Il l'a trouva mignonne dans sa robe noire avançant guillerette. Il regarda sa compagne et remarqua qu'elle était tendue, guettant l'autre côté du couloir nerveusement.

Enguerrand fit de même et aperçut un Keltan s'approcher. Il s'agissait du Roi Oldward. Il regardait la jeune Cyliana fixement avec un sourire malsain qui mit Enguerrand mal à l'aise. Quand elle l'aperçut, elle s'arrêta et son visage vira de la joie à la frayeur, avant qu'elle ne se reprenne et que plus aucun sentiment ne transparaisse. Le Roi qui venait d'arriver à sa hauteur, la prit par la taille et la plaqua violement contre le mur. Cyliana laissa échapper un cri de douleur et de surprise mêlées.

Enguerrand regardait la scène pétrifié, n'osant croire ce qui se passait.

Cyliana essayait de se débattre et d'échapper à l'étreinte du Roi qui la maintenait fermement. D'une main, il lui attrapa le visage et l'embrassa de force pendant que son autre main se promenait sur son corps.

Enguerrand avait beaucoup de mal à rester calme face à ce souvenir. À ses côtés, Cyliana avait les poings serrés, la mâchoire crispée. Son regard était fixé sur le dos du Roi ses cheveux virevoltants légèrement autour de son visage, ses pouvoirs libérés... Enguerrand ne savait pas s'il devait intervenir pour lui dire d'arrêter le souvenir ou s'il devait au contraire ne rien faire afin de ne pas la brusquer...

À ce moment là, apparut Elonya. Elle paraissait tout aussi vieille et usée que lors du rite de transfert des pouvoirs, mais lorsqu'elle surprit le Roi, de la colère et de la haine apparurent sur son visage. Elle attrapa Oldward et le tira violement en arrière. Le Roi la regarda alors avec fureur.

- Quoi ? Je fais ce que je veux ! Ne venez plus jamais m'interrompre lorsque je prends du bon temps !
- Vous faites peut-être ce que vous voulez avec les autres, mais pas avec elle ! C'est mon successeur vous n'avez aucun droit sur elle !

De la déception passa dans le regard du Roi. Il continuait de regarder Cyliana avec désir, puis une idée lui traversa l'esprit, et son sourire triomphant revint aussitôt.

- Nuance ! Je ne peux pas l'emmener avec moi, mais je peux faire d'elle ce que je veux tant que je suis là !

Elonya, soudain très pâle, sembla sur le point de perdre patience. Mais elle se retint de justesse.

Le Roi victorieux, prit violemment Cyliana par le bras et l'entraîna avec lui.

Elonya resta de marbre, les larmes aux yeux, ces cheveux virevoltant légèrement autour de son visage.

Enguerrand voulut interrompre Cyliana qui commençait à suivre le Roi, mais une voix lui souffla qu'il était plus prudent de ne rien faire. Résigné, il accompagna Cyliana.

Ils suivirent Oldward dans les méandres de la Forteresse jusqu'à ce qu'ils arrivent à sa chambre.

Une fois arrivés, Oldward jeta Cyliana sur le lit, son sourire lubrique de nouveau sur les lèvres. La jeune Cyliana ne résistait plus, consciente que cela ne servirait à rien, sinon à aggraver son cas. Elle regardait le Roi s'approcher d'elle tout doucement alors qu'il enlevait ses bottes puis sa chemise.

Enguerrand se retint de justesse de massacrer le Roi, Kriar lui ayant discrètement rappelé qu'ils étaient dans un souvenir.

Le Roi monta sur le lit au-dessus de Cyliana, mettant ses jambes de chaque côté de ses hanches. Alors qu'il commençait de nouveau à la caresser, elle eut un sursaut et voulut de nouveau s'enfuir. Le Roi s'amusa de sa résistance et l'embrassa de force. Il se redressa ensuite et fixa la poitrine de sa victime encore cachée par sa robe. Oldward arracha violement la robe sous les cris de Cyliana qui se débattait de toutes ses forces.

Enguerrand essayait de ne pas regarder ce qui se passait sous ses yeux, son sang bouillait, il n'avait qu'une seule envie, aller trancher la gorge de celui qui osait violenter Cyliana. Il voyait son amie à ses côtés, le regard fixe, des larmes lui coulant le long du visage. Enguerrand espérait que quelque chose, n'importe quoi viendrait interrompre ce spectacle, mais rien n'arrivait.

Bien qu'il s'empêchait de regarder, il entendait les cris de Cyliana, mais aussi les gifles que lui assenait Oldward. C'était une véritable torture de l'entendre et de ne rien pouvoir faire pour lui venir en aide.

Soudain, un homme surgit en trombe dans la pièce, sans avoir pris le temps de frapper. Il s'arrêta ahurit par la scène qui se présentait à lui.

Il arrivait à point nommé, le Roi allait terminer de se déshabiller. Cyliana quand à elle, était encore en partie habillée, le Roi ne lui ayant arraché que le haut de sa robe. Enguerrand vit qu'elle avait le visage marqué par les nombreuses gifles qu'elle avait reçues.

Le Roi hors de lui, regardait avec haine le malheureux messager. Il se releva et s'approcha de lui. Cyliana en profita pour ramener les lambeaux de sa robe contre sa poitrine et se replia sur elle-même, le visage apeuré.

Pendant ce temps, le Roi prit la dague attachée à sa ceinture et s'avança lentement vers le messager qui le regardait effaré.

- Tu as intérêt à avoir une très bonne raison pour venir me déranger !
- Je... je... je dois vous prévenir qu'à Arilia il y a eu un soulèvement de l'armée...

Le Roi se figea sur place et regarda son messager, lui intimant de continuer.

- Depuis que vous avez congédié Arsk sans aucune raison, l'armée ne vous fait plus confiance, les soldats exigent des explications...

Le Roi, en ayant assez entendu, s'approcha du messager et le poignarda férocement. Le messager n'eut même pas le temps d'esquisser un geste qu'il s'affala sur le sol. Le Roi essuya ensuite sa dague sur les habits du mort puis retourna auprès de Cyliana. Il l'attrapa brutalement par les cheveux et l'embrassa de nouveau, puis, du tranchant de la dague, lui effleura la joue.

- Et bien, il s'avérerait que nous devions remettre ce petit entretien pour plus tard... Mais ne t'inquiète pas, je compte bien revenir, je déteste ne pas terminer ce que j'ai commencé...

Il se redressa et relâcha Cyliana qui s'en alla en courant, les larmes aux yeux. Le Roi quand à lui, se rhabilla tranquillement le sourire aux lèvres...

Cyliana qui venait soudain de sortir de ses pensées, regarda Enguerrand gênée. Consciente qu'elle s'était laissée emporter par les souvenirs et qu'elle lui en avait montré beaucoup plus que ce qu'elle souhaitait au départ. Le rouge aux joues, elle lui expliqua toute l'histoire.

- Il était venu nous voir car il souhaitait changer sa garde personnelle... Après cette « rencontre », j'ai appris que la fameuse « garde personnelle » servait en réalité plus à le divertir, qu'à réellement le protéger... Alors ne me dis plus jamais que ce Roi est bienveillant !
- Je suis désolé Cyliana. Je ne savais pas.
- Je sais, et je ne t'en veux pas. Mais si tu avais vu ce qu'elles étaient devenues après avoir été à son... service...
» Depuis toutes petites, nous nous sommes habituées à l'idée de ne jamais connaître personne. Car personne ne veut de nous ! Et voila que le Roi décide soudainement de nous prendre comme de vulgaires prostituées. Il fait de nous tout ce qu'il veut ! Et cela, sans que l'on puisse l'en empêcher...
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# Posté le mardi 24 octobre 2006 10:12
Modifié le jeudi 17 mai 2007 10:08

Chapitre Sept, neuvième partie.

Chapitre Sept, neuvième partie.
Enguerrand s'approcha de Cyliana et la prit dans ses bras afin de la calmer.

- Aucune d'entre vous n'a jamais connu l'amour ?

Cyliana se remémora son enfance.

- Qui voudrait de nous ? Tout le monde nous prend soit pour des monstres, soit pour des Parjures. Pour eux, nous obéissons au doigt et à l'½il aux dirigeants du continent. Trahissant ainsi notre propre peuple. Ce qui n'est pas tout à fait faux. La preuve, Hyamon m'a demandé de venir, et je suis là...
» Cependant, il arrive que l'une d'entre nous connaisse l'amour. Mais le nombre ne dépasse pas les doigts de la main... Toutefois, je connais l'une d'entre nous qui a la chance d'être aimée par l'un de ses amis d'enfance. Il se moque qu'elle soit devenue une Ombre Ardente, et a donc décidé de partir avec elle...
» Caleen est un peu ma grande s½ur, c'est elle qui est venue me chercher lorsque j'ai été désignée. Mais Elonya l'a envoyé elle et Meallán garder le Sanctuaire. Ainsi, elle échappe à la convoitise du Roi, et Meallán à la haine des autres...

Cyliana se serra un peu plus contre Enguerrand avant de reprendre.

- Si Elonya ne l'avait pas envoyé en Irdala, c'est elle qui m'aurait accompagnée... et elle serait morte à présent... Je m'en veux déjà tellement que deux d'entre nous aient été tuées par ma faute ! Mais si cela avait été elle, jamais je n'aurais pu revoir Meallán. Il est tellement gentil. Quand je suis arrivée chez les Ombres Ardentes, lui et Caleen m'ont réconfortée et calmée. Les premières nuits, ils dormaient avec moi au cas où je ferai un cauchemar...
- Cesse de te tourmenter avec ça, ce n'est pas de ta faute. Tu ne pouvais pas te douter que tu n'arriverais pas à ressentir leurs présences !
- Hyamon m'a expliqué qu'ils avaient certainement un sort nous empêchant de les ressentir. Mais si j'avais été plus attentive ! Si je ne m'étais pas seulement fiée à mes pouvoirs ! Elles seraient peut-être encore en vie...
- Ou tu aurais toi aussi été tuée, et tu ne pourrais pas accomplir ta mission.

Cyliana s'écarta d'Enguerrand et lui fit face.

- Et tu crois que ça me rassure ? Je voudrai tellement pouvoir tout recommencer...
- Je sais. Moi aussi je me dis que j'aimerai tout recommencer pour pouvoir mieux aider mes parents. Alors peut-être tout se serait passé différemment. Ils seraient peut-être encore en vie. Mais je ne peux pas changer le passé, et toi non plus.
» Hyamon m'a toujours dit que tout ce qui arrive a un but. Et cela même si on ne le comprend pas... Et je commence à le croire. Si j'avais réussi à sauver mes parents, tout aurait été différent. Je n'aurais certainement pas haï les Keltans à ce point. Donc je ne me serais pas engagé dans la Légion et je ne t'aurais jamais rencontré. Alors tu serais morte à l'heure qu'il est et ton peuple serait démuni face aux dangers qui pèsent sur lui...
» C'est exactement pareil pour toi. Si tu avais réagi à la menace, tu aurais peut-être réussi à sauver tes amies. Mais alors je ne t'aurais pas rencontrée. Et lorsque Hyamon et toi seriez venus pour me parler, j'aurais refusé de te voir et de vous écouter.
Cyliana était ébahie. Enguerrand semblait soudain être devenu aussi sage que Hyamon. Lui qui avait si bien réussi à la raisonner. Elle se rendit compte que le vieux Sorcier avait quelque peu déteint sur son protégé, et ce n'était pas plus mal.
- Merci...
- Ça va mieux ?
- Oui, beaucoup mieux !

Comme pour confirmer ses dires, elle lui fit son plus beau sourire. Enguerrand la reprit dans ses bras. Comme pour la rassurer, et lui faire oublier pendant un moment tout ce qu'elle avait vécu et ce qui était encore à venir.

Ils regagnèrent aussitôt leur propre corps.

Lorsqu'il eut repris ses esprits, il remarqua que la tête de Cyliana reposait contre son épaule. Quand elle eut elle aussi repris ses esprits, elle ne bougea pas et chercha même le contact. Enguerrand la reprit dans ses bras, et Cyliana se blottit confortablement contre sa poitrine.

Elle était maintenant rassurée d'en avoir enfin terminé. Elle fut soulagée. Elle était même étonnée de sa réaction. Il ne semblait pas vraiment inquiet à l'idée d'être le nouveau Gardien. Il parvenait même à la réconforter. Elle se doutait cependant qu'il n'avait pas encore prit conscience de ce qui l'attendait. Il ne savait pas non plus ce que Khaos comptait faire...

Soudain, la fatigue la submergea. L'anxiété passée, la fatigue reprenait ses droits. Apaisée d'en avoir fini, elle bailla fortement et se pelotonna un peu plus contre lui. Elle ne mit pas longtemps à s'endormir, bercée par la respiration apaisante d'Enguerrand.

Quand à lui, il repensait à tout ce que lui avait dit Cyliana. Il était bien décidé à trouver un moyen pour la soigner, et surtout, un moyen pour enlever la responsabilité du Pendentif aux Ombres Ardentes...

Quand il s'aperçut qu'elle s'était endormie, il décida de ne pas la réveiller. Il la regarda tout simplement dormir paisiblement dans ses bras, caressant doucement son visage.

Il sentit alors un regard posé sur lui. Il releva vivement la tête et vit Kriar. Il l'avait oublié. Kriar ne s'était pas fait remarquer, les ayant laissé discuter seul à seul bien qu'ils étaient dans son esprit. Enguerrand lui en fût extrêmement reconnaissant.

- Merci Kriar.
- Eh bien, ce n'est pas trop tôt ! Cyliana, elle, m'a remercié tout de suite. Et sinon ça y est, tu es rassuré à son propos ?
- Parfaitement. Mais cesse d'exagérer. Il y a un moment que je ne la soupçonnais plus de quoi que ce soit.
- A te voir, je n'en doute pas le moins du monde... Je présume que tu ne comptes pas la réveiller ?

Enguerrand marqua un temps d'arrêt. Comment avait-il pu oublier que le loup partageait son esprit, et connaissait donc tout de ses pensées ?

Le loup, n'attendant pas de réponse, laissa échapper un grognement moqueur. Il se leva, et partit chercher la cape d'Enguerrand. Il l'attrapa dans sa gueule, et l'amena jusqu'à son maître.

- Tiens, il ne faudrait pas que les deux tourtereaux attrapent froid.
- Arrête un peu ! Merci quand même pour la cape.
- De rien, bonne nuit.
- Bonne nuit.

Kriar partit s'allonger dans un coin de la pièce et s'endormit rapidement.

Enguerrand recouvrit Cyliana de sa cape le plus doucement possible, afin de ne pas la réveiller. Quand il eut terminé, il la regarda encore quelques instants, puis l'embrassa sur le front afin de lui souhaiter une bonne nuit et s'endormit à son tour.
# Posté le mardi 24 octobre 2006 17:26
Modifié le lundi 30 avril 2007 21:52

Chapitre Huit, première partie.

Chapitre Huit, première partie.
(Dessin de Cyliana réalisé par Feeyuu)

CHAPITRE 8





Enguerrand se réveilla de bonne heure, comme à son habitude. Il regarda Cyliana dormant toujours paisiblement dans ses bras. Toute la conversation de la veille lui revint aussitôt à l'esprit. Au lieu de l'avoir apaisé comme il le souhaitait, en mettant fin à toutes ses questions, cette discussion l'avait au contraire angoissé. Maintenant, il espérait que Hyamon mettrait un terme définitif à tout cela. Cependant, il doutait que cela mette fin à ses craintes qui ne cessaient d'empirer...

Avec le recul. Il prit conscience des responsabilités qui lui incombaient en tant que Gardien, et cela le terrorisait. Comme Cyliana, il avait la vie de tout un peuple entre les mains... Et pourquoi le prendre lui ? Cerollin, un Sorcier Originel était mort après avoir utilisé le Pendentif. Lui, n'était qu'un simple Sorcier. Plus puissant qu'un Sorcier ordinaire, certes, mais comparé à Hyamon et à Khaos, il n'était rien. Après tout, Khaos n'était-il pas l'un des deux derniers Sorciers Originels encore en vie ? Que pouvait-il bien avoir de plus que les autres ?

Cyliana bougea légèrement avant d'ouvrir les yeux. Lorsqu'elle le vit, elle lui fit son plus beau sourire, le regard encore embué de sommeil. Il lui rendit son sourire, bien qu'étant encore troublé par les questions qu'il se posait. Il décida néanmoins, de ne plus y penser. De toute façon, il n'aurait aucune réponse pour le moment.

Kriar apparut soudain face à eux.

- Bonjour tous les deux, bien dormi ?
- Très bien et toi ?
- Bien ! Alors, les bras d'Enguerrand étaient confortables ?
- Oui, je n'ai jamais aussi bien dormi !

Enguerrand remarqua le regard un brin moqueur de Kriar. Heureusement, Cyliana, elle, ne le remarqua pas.

- Bien et si nous allions manger ?
- Avec plaisir. Je meurs de faim !

Cyliana se redressa toute souriante, faisant glisser la cape de ses épaules. Quand elle s'en aperçut, elle regarda Enguerrand.

- Tu avais peur que j'attrape froid ? fit elle mutine.
- Ce n'est pas moi, c'est Kriar. Mais il est vrai que cela aurait été bête.

Elle se leva et s'étira en gémissant légèrement de bonheur. Enguerrand se leva à son tour, et se dirigea vers la porte. Ils sortirent, accompagnés de Kriar. Le loup prit aussitôt les devants. Il se dirigea vers l'escalier pour se rendre à l'étage inférieur, où se trouvaient les cuisines.

Cyliana fut surprise de voir les soldats en faction se mettre au garde-à-vous lors de son passage. Elle en fut même gênée.

Ils arrivèrent rapidement aux cuisines. À l'intérieur, de nombreux marmitons travaillaient déjà sur le prochain repas, mais nulle trace du chef cuisinier.

Enguerrand fit asseoir Cyliana à une table. Alors qu'il s'apprêtait à prendre de quoi manger, il s'aperçut que tout le monde s'était arrêté de travailler et regardait la jeune Keltane avec un mélange de stupeur et de terreur.

Cyliana se composa immédiatement le visage impassible dont elle avait l'habitude.

Enguerrand allait demander à ce que tous les marmitons reprennent leur travail, lorsque le chef cuisinier entra. Il aperçut Enguerrand et sourit, quand il vit Cyliana, il eut un temps d'arrêt. Il ordonna brusquement à tous de se remettre au travail, puis s'approcha d'Enguerrand, le visage radieux. Bien qu'une trace d'inquiétude resta gravé sur son visage.

- Enguerrand ! Comme je suis content de te voir !

Enguerrand et le chef cuisinier se donnèrent l'accolade gaiement. Le chef cuisinier, bien que le crâne légèrement dégarni, les cheveux grisonnant et le ventre rebondi avait une force surprenante. Enguerrand s'en souvint lorsqu'il eut le dos en compote.

- Qu'es-tu devenu depuis tout ce temps ? Ça va faire au moins six ans maintenant que je ne t'ai pas vu ! Et regarde toi. Tu as changé. Tu n'es plus le petit garçon au regard triste et malheureux. Tu es devenu un grand gaillard. Regarde moi ce costume. Je savais bien qu'il t'irait à merveille.

Le chef cuisinier se tourna ensuite vers Cyliana et la salua. Lançant un rapide coup d'½il à la Marque sur son front, afin de vérifier si ses craintes se révélaient justes. Quand il aperçut l'éclair, le chef cuisinier pâlit.

- Oh mon dieu ! Ne me dîtes pas que...

Enguerrand, étonné par le changement d'état de son ami, lui posa une main sur l'épaule.

- Qui y'a-t-il Hildevert ?

Hildevert ne quitta pas Cyliana des yeux une seule seconde. Il ordonna brusquement à tous les marmitons de quitter la cuisine. Tous furent étonnés par cet ordre étrange. Cependant, ils obéirent sans oser poser la moindre question.

- Sont-ils tous partis ?

Cette question stupéfia Enguerrand. Hildevert l'avait directement adressé à Cyliana. Il réalisa que le chef cuisinier savait parfaitement qui elle était.

- Oui.
- Tu sais qui elle est ?

Hildevert quitta enfin Cyliana du regard.

- Oui, et tu ne peux pas savoir quelle tragédie cela signifie... Tu as été chargé de l'escorter ?
- Pas exactement... On s'est rencontrés par hasard. Et bien que je ne sache pas exactement toute l'histoire, je commence lentement à comprendre. Je dois voir Hyamon tout à l'heure pour connaître le reste.

Hildevert qui commençait à reprendre des couleurs, les reperdit aussitôt. Il regarda Enguerrand puis Cyliana effrayé. Cyliana, bien que gardant un visage impassible, baissa les yeux.

- Non pas toi ! s'écria-t-il. Hyamon ne peut pas te faire ça ! Ne me dis pas que...
- Je suis le nouveau Gardien ? D'après Hyamon si...

Hildevert abasourdi, alla prendre trois verres et les posa sur la table. Il partit ensuite chercher une bouteille cachée derrière la pile de bois pour le feu. Il ouvrit aussitôt la bouteille et versa un peu de son contenu dans les verres.

- Bien qu'il soit assez tôt, je pense que ça nous fera le plus grand bien !

Hildevert vida son verre d'un seul trait. Cyliana en fit de même, et bien qu'elle toussa et eut les larmes aux yeux, elle en redemanda aussitôt. Hildevert refusa cependant, se doutant qu'elle n'en avait pas l'habitude.
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# Posté le mardi 07 novembre 2006 08:51
Modifié le mardi 12 juin 2007 09:41