Chapitre Sept, première partie.

Chapitre Sept, première partie.
CHAPITRE 7





Enguerrand se tourna vers Cyliana. Elle fixait de nouveau le sol. Comme si celui-ci était soudain devenu la chose la plus extraordinaire au monde. Il ne s'en offusqua pas, et prit son mal en patience. Bien décidé à ne pas bousculer son amie. Il se doutait que ce n'était pas facile pour elle.

Kriar s'approcha et posa sa tête sur ses cuisses. Elle commença à le caresser, se calmant légèrement.

- Il est temps de tout lui dire, tu me l'as promis.
- Je sais...

Elle ferma les yeux pour chasser son angoisse. Elle sentait le regard d'Enguerrand posé sur elle. Cela la mettait mal à l'aise. Elle n'avait jamais pensé une seule seconde devoir tout lui dire. Juste le strict minimum. Mais voila, il s'agissait de LUI. Celui qu'elle était venue chercher ! Faudra-t-il jusqu'à la fin de ses jours, qu'elle détruise la vie de ceux qui l'entourent ?

Impuissante, elle refoula ses larmes. Elle s'apprêtait à détruire la vie de son seul et unique ami. Mais elle n'avait pas le choix. Hyamon non plus, elle le savait. Elle avait vu dans le regard du vieux Sorcier, la même tristesse qu'elle éprouvait. Pourtant, bien que résolue à tout lui dire, elle hésitait encore entre deux solutions. Ne faire que lui raconter ou bien utiliser un moyen beaucoup plus convaincant... L'héritage des Radaskiels.

Utiliser l'héritage des Radaskiels signifiait qu'il verrait absolument tout. Et cela, sans la barrière que le langage peut installer entre les faits et l'explication. Elle savait que si elle choisissait cette option, elle ne pourrait plus reculer. Il la verrait telle qu'elle était, et alors il se pourrait qu'il ne veuille plus lui parler, ni même la voir...

Elle ferma les yeux quelques instants, histoire de ne plus voir ce qui l'entourait. Elle venait de prendre sa décision, tant pis s'il devait la détester. Il avait été honnête avec elle depuis le début, elle allait donc faire de même, et tant pis pour les conséquences. Elle rouvrit les yeux et regarda Kriar qu'elle caressait toujours.

- Kriar, accepterais-tu que j'utilise ton esprit comme réceptacle pour ce que je compte faire ?

Kriar qui s'attendait à la question, accepta. Cyliana le remercia et laissa sa main sur la tête du loup. Elle lui tendit sa main, évitant son regard.

- Donne moi ta main s'il te plaît.

Il la regarda étonné mais obéit. Cyliana la prit dans la sienne et ferma les yeux. Aussitôt, Enguerrand se sentit happé hors de lui et eut l'impression de faire une chute vertigineuse dans l'inconnu. Par réflexe, il serra plus fort la main de Cyliana, se demandant ce qui se passait.
# Posté le mardi 26 septembre 2006 11:08
Modifié le mercredi 13 juin 2007 03:34

Chapitre Sept, deuxième partie.

Chapitre Sept, deuxième partie.
Quand la chute prit fin, il reprit sa respiration et regarda rapidement où il se trouvait. L'endroit était étrange et pourtant familier. Où qu'il pose son regard, il n'y avait rien à par une espèce de brume étrange. Néanmoins, il ne mit pas longtemps avant de comprendre pourquoi il trouvait cet endroit si familier.

- Pourquoi est-on dans l'esprit de Kriar ? demanda-t-il curieux.
- J'ai décidé de te révéler tout ce que tu as besoin de savoir sur moi d'une façon un peu spéciale... et Kriar a bien voulu me prêter une partie de son esprit...

Enguerrand, de plus en plus curieux, attendit d'en savoir plus.

Cyliana s'avança un peu, résignée.

- Hyamon m'a appris que tu connaissais la véritable histoire du Pendentif... tu t'en souviens encore ?

Enguerrand acquiesça, n'osant pas lui avouer qu'il venait, quelques minutes plus tôt, de tout relire sur cette sombre période.

- Donc tu te souviens que toutes les malédictions furent lancées sur nous à la fin du Grand Chaos ?

Enguerrand acquiesça de nouveau, impatient qu'elle aille droit au but.

- Par contre, expliqua-t-elle, il y a une chose que tu ne sais pas.

Cyliana ferma les yeux et relâcha légèrement son pouvoir qui l'envahit lentement. Ensuite, elle créa un nouveau lien avec Kriar, afin qu'elle puisse recréer ce dont elle avait besoin. Quand ce fut fait, elle relâcha un peu plus l'emprise sur son pouvoir. Le flux magique qui l'entoura subitement fit virevolter légèrement sa robe et ses cheveux. Elle murmura une phrase, et aussitôt, l'endroit où ils se trouvaient commença rapidement à changer et à prendre forme.

Enguerrand, qui ne s'attendait pas du tout à un tel changement regarda ébahi. Devant eux, apparut un gigantesque champ de bataille où ne restaient que des morts aux corps mutilés.

Enguerrand regarda Cyliana intrigué. Sans un mot, elle lui fit comprendre qu'il devait avancer. Il se déplaça prudemment entre les cadavres qui lui parurent plus vrai que nature au milieu de ce champ de bataille.

Cyliana le suivait de près, silencieuse. Elle regardait elle aussi tout ce qui l'entourait, redécouvrant ce qu'elle avait déjà vu de nombreuses fois.

Enguerrand s'aperçut qu'il y avait de nombreux Elfes Noir parmi les morts, et aucun d'entre eux n'avait la Marque sur le front. Il en déduisit alors avec une certaine inquiétude que ce qu'il voyait était certainement le champ de bataille où s'était déroulé la guerre du Grand Chaos.

Au bout de quelques minutes, il remarqua un groupe d'hommes et de femmes réuni au milieu du champ de bataille. Par réflexe, il s'arrêta, ne voulant pas être vu. Mais Cyliana continua comme si de rien n'était. Il comprit alors qu'il s'agissait bien d'un souvenir et de rien d'autre. Il reporta alors son regard sur le groupe sans avoir peur d'être vu.

Tous avaient un visage où la haine et la colère étaient gravées. Ils regardaient les cadavres jonchant la prairie bouleversés.

L'un d'entre eux, après avoir réfléchi plusieurs minutes, se décida. Il récita hâtivement une incantation et la lança, suivit par les autres. Enguerrand réalisa mal à l'aise, qu'il voyait les Sorciers de l'ancien temps jeter les malédictions sur le peuple Keltan.

Cyliana se plaça à ses côtés, regardant elle aussi la scène d'un air sinistre.

- De toutes les malédictions qui ont été lancées sur nous, l'une d'entre elle a scellé notre destin à jamais. C'est la seule dont nous ne pouvons pas réellement nous prémunir.

Cyliana s'arrêta de nouveau, fixant son regard sur l'un des Sorciers qui murmurait depuis plusieurs minutes une incantation. Enguerrand le regarda lui aussi. Il découvrit un homme bien bâti, vêtu d'une armure imposante qui ne semblait nullement le gêner dans ses gestes. Il avait la tête levée vers le ciel, les yeux fermés, les mains relevées, paumes tournées vers l'avant. De tous, c'était le seul à ne pas encore avoir lancé sa malédiction, et de tous, c'était lui qui avait la plus grande haine.

Enguerrand le regardait, conscient que cet homme était l'instigateur de la plus terrible des malédictions qui allait sceller le destin de tout un peuple, dont celui de Cyliana...

Lorsqu'il eut terminé son incantation, la terre qui l'entourait se fissura violemment. L'armure qu'il portait ne résista pas sous l'afflux magique et se brisa. Mais ce n'était pas tout, la physionomie de l'homme se transforma elle aussi. Ces cheveux qui quelques instants auparavant était d'un blond éclatant, devinrent brusquement du noir le plus profond. Son visage prit également un aspect grisâtre, comme la cendre. Les Sorciers autour de lui le regardèrent horrifiés, comme s'ils venaient soudain de réaliser ce qu'ils venaient de faire.

- Cette malédiction, reprit Cyliana, nous laisse peu d'espoir d'y échapper. C'est une mise en garde. Si le Pendentif de la Vie tombe de nouveau entre les mains du Mal, mon peuple disparaîtra à jamais...

Enguerrand, abasourdi par cette nouvelle, essaya de retenir ses émotions afin de ne pas accabler Cyliana. Il reposa ensuite son regard sur le Sorcier, se demandant de qui il pouvait bien s'agir pour pouvoir lancer une telle malédiction.

Comme si elle lisait dans ses pensées, Cyliana le lui expliqua :

- Avant la guerre du Grand Chaos, il restait très peu de Sorciers Originels. Ils ne devaient pas être plus d'une dizaine. Après la guerre, par contre, ils ne furent plus que trois... C'est l'un d'entre eux. Lors des combats, il a perdu sa femme, tuée par le Maître Noir en personne. Pour se venger, il décida de punir son peuple, qui pour lui était tout aussi responsable. Je ne pense pas avoir besoin de te préciser de qui il s'agit...

Il considéra à présent le Sorcier avec inquiétude, sachant à présent de qui il s'agissait. Khaos... Il détacha son regard de cet homme. S'il avait été bien réel, il l'aurait volontiers passé au fil de son épée.

Il regarda Cyliana, se demandant ce qu'elle pouvait bien avoir à faire dans tout cela. Il n'osait l'imaginer, et encore moins imaginer son rôle à lui.
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# Posté le mardi 26 septembre 2006 11:10
Modifié le lundi 30 avril 2007 21:39

Chapitre Sept, troisième partie.

Chapitre Sept, troisième partie.
Cyliana tritura nerveusement la mèche rebelle qui lui tombait sur le front et l'enroula autour de son index, sachant pertinemment ce à quoi il pensait.

Elle devait à présent tout lui montrer, sur elle et ses fonctions. Et surtout, ce que lui allait devoir faire ! Pourtant, ce n'était pas réellement ça qui l'effrayait le plus. En réalité, elle avait peur de sa réaction envers elle. Envers ce qu'elle était...

Ayant créée un lien avec Kriar afin de pouvoir reconstituer les souvenirs dont elle avait héritée, ses pensées se matérialisèrent sans qu'elle n'y fasse attention.

Le champ de bataille céda alors la place à une petite salle mal éclairée.

En son centre, se dressait une large table où reposait un plan de bataille qu'un Keltan examinait soucieux. A ses côtés, plusieurs Keltans s'entretenaient avec lui. Enguerrand tout en s'approchant de la table, en déduisit qu'il s'agissait des conseillés du Roi. Il s'aperçut que sur la carte, était représenté l'ancien Royaume de Keltania, au Nord du Royaume de ShamLadriss. Ce qui voulait dire que ce souvenir n'était pas trop éloigné du précédent. Les Elfes Noir ayant été chassés de leurs terres que peu de temps après la guerre du Grand Chaos. C'était à cette période qu'ils avaient gagné le Nord du Royaume Azurain avant d'être de nouveau chassés et de devoir se réfugier sur les cinq îles encore plus au Nord.

Le Roi s'entretenait activement avec l'un de ses conseillers qui le mettait en garde. Il ne devait pas s'attaquer aux Elfes de ShamLadriss.

- Messire, vous oubliez les malédictions que nous ont jetées les Sorciers ! Nous n'avons plus le droit de nous en prendre à eux ! Sinon, nos soldats mourront dès qu'il en tueront un ! Ce sera un véritable massacre !
- Cesse de me le rappeler, ce ne sont que des imbécillités ! Demain, nous attaquerons à l'aube. Nous prouverons ainsi à tous, que ces malédictions ne sont pas le moins du monde réelles ! Un point c'est tout !

Le Roi, sans plus de discussion, quitta la salle. Aussitôt, tout devint vite très flou. Enguerrand ne comprit pas tout de suite ce qui se passait, mais lorsqu'il entraperçut des ombres se mouvoir très rapidement dans la pièce, il réalisa que le temps s'était accéléré. Voyant que Cyliana ne bronchait pas, il attendit.

Au bout d'un court moment, tout s'arrêta. Le Roi entra alors dans la pièce visiblement accablé. Il avait le regard vague et terrifié. Il se positionna face à tous ses conseillers et Sorciers rassemblés en urgence. Il les regarda quelques instants avant de prendre la parole.

- Comme vous le savez, il s'avère que les malédictions sont bien réelles. Notre armée ayant été défaite en moins d'une matinée. Ce qui signifie que nous sommes en grand danger ! Car la malédiction concernant le Pendentif l'est également ! Il nous faut donc rapidement trouver une solution. Les Elfes de ShamLadriss pourraient en profiter pour nous faire disparaître !

Enguerrand s'approcha des conseillers tous assis au fond de la salle face au Roi. Cyliana, elle, resta dans un coin de la pièce, le regard vide. Cependant, quand l'un des Sorciers se leva, elle le regarda avec tristesse et reproche. Enguerrand reporta alors son attention sur ce qui se passait.

- Messire, il n'y a aucune solution. Il nous est impossible de nous défaire de ces malédictions. La seule chose que nous puissions faire, c'est protéger le Pendentif et son Sanctuaire.

Le Roi resta silencieux un long moment, réfléchissant à la solution. Enguerrand en profita pour rejoindre Cyliana.

- Il nous faudrait donc créer un groupe qui serait uniquement chargé de protéger le Sanctuaire coûte que coûte... Je vous charge de trouver comment !

Le Sorcier s'approcha du Roi.

- J'y ai déjà pensé. Il nous faut créer un Ordre spécial et lui donner les pouvoirs qui leur permettraient de lutter convenablement face aux éventuelles menaces.
- Vous voulez dire de créer de toutes pièces ces guerriers ? demanda le Roi incrédule.
- Absolument Messire, c'est la seule solution envisageable.

Enguerrand écoutait subjugué, pendant que Cyliana, elle, essayait de garder son calme.

- Et comment comptez-vous vous y prendre ?
- Ne vous inquiétez pas, moi et mes disciples sommes parfaitement capables de le faire. Néanmoins, il faudra que vous m'accordiez quelques petites choses...
- Tout ce que vous voudrez, à condition que vous régliez définitivement ce problème !
- Merci Messire. Il nous faut maintenant trouver le nom de cet Ordre.

Le Roi, ainsi que tous les conseillers, cherchèrent longuement le nom adéquat. Le Roi désirait un nom qui évoquerait leur but, ce qu'ils seraient, ou bien même ce qu'ils représenteraient. De nombreux noms furent alors proposés, tel que les Ombres, la terreur Keltane, les Ombres maudites, Ombramère...

Enguerrand écoutait anxieux. Il avait beau savoir de quoi il s'agissait, il n'arrivait pas à y croire. Il espérait même se tromper. Pourtant, au bout d'un moment, un des conseillers se leva.

- Oui Kléman ?
- Pourquoi ne les appèlerions-nous pas les Ombres Ardentes ? Cela conviendrait parfaitement à notre situation. Depuis que nous avons été maudits, nous ne sommes plus que les ombres de nous-mêmes... Nous sommes persécutés pour nos fautes qui ne cessent de nous être rappelées, et cela ardemment...

Cyliana baissa la tête et soupira. Enguerrand, lui, ressentit une grande tristesse. Quand au Roi, il accepta ce nom avec joie le trouvant parfaitement adapté...

La scène se figea et Enguerrand se tourna face à Cyliana qui le regarda mal à l'aise.

- Ainsi tu es chargée de protéger le Sanctuaire et le Pendentif, mais qu'est-ce que je viens faire là dedans moi ?
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# Posté le mardi 03 octobre 2006 09:15
Modifié le lundi 30 avril 2007 21:37

Chapitre Sept, quatrième partie.

Chapitre Sept, quatrième partie.
(Sohalia)


Cyliana détourna le regard, elle reprit sa mèche entre ses doigts et la tritura de nouveau. Elle fit ensuite quelques pas, et le décor s'effaça une fois de plus. Laissant place à un château qu'il eut du mal à reconnaître, avant de s'apercevoir qu'il s'agissait de Sautour, mais beaucoup plus petit que celui qu'il connaissait. Le château ne comportant que deux enceintes, et un donjon beaucoup moins imposant.

Il se trouvait avec Cyliana au sommet de la première ligne de défense. En face, une immense armée s'apprêtait à lancer l'assaut. Sur les remparts, à quelques pas, se tenait un Sorcier qu'Enguerrand reconnut immédiatement. Il s'agissait de Cerollin. Il ressemblait trait pour trait à la statue créée en son hommage. Dans sa main, nulle trace de Sceptre. Enguerrand aperçut stupéfait, un Pendentif autour de son cou. Le Sorcier le prit dans sa main et commença une incantation.

Quand Enguerrand réussit à quitter Cerollin des yeux, il remarqua que derrière lui, se tenaient six femmes qui surveillaient, tendues, l'armée ennemie. Elles avaient toute une épée courte dans chaque main, prêtes à réagir si jamais l'ennemi grimpait sur les remparts.

Elles portaient toutes les six, une fine cotte de mailles Elfique avec par-dessus un plastron en cuir rouge finement ouvragé. Elles avaient les bras nus de toutes pièces d'armure afin de ne pas être gênées dans leurs mouvements, elles avaient juste des gants, rouges eux aussi, afin de bien tenir leurs épées.

L'une d'entre elle était sans aucun doute possible leur chef. Son plastron étant plus richement ornementé, ainsi que ses épées, avec leurs lames gravées de symboles étranges. Mais il n'y avait pas que cela. Rien qu'en l'apercevant, on sentait qu'il émanait d'elle une puissante autorité. Elle avait le regard grave, scrutant nerveusement l'ennemi qui se massait dangereusement près des remparts.

Cerollin, lui, continuait de créer son sortilège. Ne faisant pas attention à l'armée ennemie qui montait soudainement à l'assaut. Enguerrand s'aperçut alors que les flèches qui se dirigeaient vers lui étaient toutes déviées. Il fut cependant inquiet en constatant qu'aucun soldat ne défendait cette partie des remparts à part les six Ombres Ardentes. Toutefois, quand les ennemis placèrent les échelles sur les remparts, il remarqua que la chef, après quelques regards inquiets vers Cerollin, se résigna à faire un signe.

Aussitôt, une bonne centaine d'Ombres Ardentes montèrent aux remparts. Enguerrand distingua même des hommes, moins nombreux que les femmes. Tous dégainèrent leurs épées. Quand les premiers ennemis prirent pieds sur les remparts, les Ombres Ardentes commencèrent à les massacrer sans attendre.

Un rideau défensif se forma autour de Cerollin.

La chef des Ombres Ardentes se battait elle aussi. Et à la voir, Enguerrand sut qu'il n'aurait pas aimé être son adversaire. Elle se mouvait avec grâce, à une vitesse incroyable, sans la moindre hésitation, évitant les lames ennemies sans aucune difficulté. Sa lame à elle, par contre, faisait de terribles ravages dans les rangs adverses.

Depuis le début des affrontements, seule trois Ombres Ardentes étaient tombées sous les coups ennemis. Alors qu'eux, au contraire, étaient massacrés sans aucune pitié. Si bien que les remparts semblèrent vides pendant un court instant de tout ennemi.

Ce fut à ce moment là, que Cerollin lança son sort. Les remparts tremblèrent et des blocs des pierres se détachèrent. Tout ceux qui furent à moins de vingt pas de lui, c'est-à-dire la majeure partie des Ombres Ardentes, subirent de plein fouet l'énergie dégagée et furent tuées sur le coup, le corps entièrement noirci.

Leur chef, qui pourtant ne se trouvait qu'à quelques pas de lui, bien que le visage légèrement noirci, était toujours en vie. Quand elle vit que Cerollin s'était écroulé lui aussi, elle s'approcha pour constater horrifiée qu'il était mort.

Cyliana choisit ce moment pour s'approcher d'Enguerrand.

- Lorsque Khaos a décidé d'envahir le continent, Cerollin n'a pas eu d'autre choix que de prendre le Pendentif pour lutter contre lui. Sohalia, qui était la Radaskiel à ce moment là, a donc décidé de l'accompagner. Malheureusement, il ne savait pas correctement l'utiliser, il ne connaissait pas ses limites. Il utilisa le Pendentif plus puissamment qu'il n'aurait dû, et il succomba face à sa puissance.
- Et moi qui pensais qu'il possédait un Sceptre...

Cyliana eut un pâle sourire.

- Et oui, Cerollin n'a jamais possédé le moindre Sceptre. Cette supercherie était le seul moyen de faire oublier aux gens la véritable existence du Pendentif. Afin de le faire passer pour une Légende.

Enguerrand reporta son attention sur un petit groupe d'Ombres Ardentes qui transportait le cadavre de Cerollin plus loin, la chef suivant de près, la main posée sur sa poitrine...

- Cyliana... Est-ce que cela veut dire que je vais devoir prendre le Pendentif ?
- Oui, tu es le Gardien du Pendentif... répondit-elle attristée, comme s'il s'agissait d'une sentence de mort.

Il ne sut pourquoi, mais cette simple affirmation l'effraya plus que tout.

- Mais pourquoi ?

Cyliana baissa les yeux, gênée. Il avait beau lui cacher ses émotions, sa voix les lui transmettait sans qu'il ne s'en rende compte.

- Je suis désolée, j'ai promis à Hyamon de le laisser t'expliquer tout le reste. Je n'ai le droit de te parler que de moi... Mais je peux tout de même te dire une chose. Khaos en est responsable...

Enguerrand était inquiet. Il avait disparu à la fin de la guerre et depuis, plus personne n'avait entendu parlé de lui. Et voilà qu'il réapparaissait de nouveau... Le fait qu'il menace le Pendentif ne signifiait rien de bon. Il comptait certainement envahir le continent une fois de plus, annonçant une guerre imminente...

Puis une idée le tira de ses pensées.

- Où se trouve le Sanctuaire du Pendentif ?
- En Irdala, en plein c½ur du Royaume de ShamLadriss.

Enguerrand se doutait que c'était trop facile, car trop évident. Mais il devait tout de même en faire la remarque.

- Mais alors, Khaos ne peut pas s'approprier le Pendentif. Puisque le Sanctuaire se trouve derrière la Barrière de Cerollin.

Cyliana fut amusée par son manque d'entrain.

- Je vois que tu as trouvé la faille. Effectivement, à cause de la Barrière de Cerollin, Khaos et ses armées ne peuvent pas aller en Irdala. Hélas, toutes autres personnes sur le continent le peut...
» Si ceux qui résident en Orgerac ne peuvent pas passer, c'est pour l'unique raison qu'il n'y a pas assez de bon en eux. Et cela, à cause du Pendentif Noir. Il a corrompu l'île et ses habitants... (Cyliana posa une main sur le bras d'Enguerrand et fixa son regard afin de bien attirer son attention.) Lorsque les derniers Sorciers Originels cachèrent les Pendentifs dans leurs Sanctuaires, ils oublièrent de prendre en compte un élément très important. Les Pendentifs agissent sur l'environnement qui les entoure. Le transformant radicalement... Ainsi, en Irdala, la vie est prospère, la nature est resplendissante, les habitants sont quasiment purs.
» En Orgerac par contre, c'est exactement le contraire. C'est pour cette raison qu'aucun d'entre eux ne peut passer la barrière. C'est également pour ça que le Pendentif n'est toujours pas en sécurité.
» Si Khaos enrôle une personne du continent pour le servir, cette personne sera apte à traverser la frontière. Et cela, sans le moindre problème. Rien ne nous permettra de savoir ses intentions avant qu'il ne soit trop tard. Mais cela nous donne également plus de chance. Car s'il réussissait à s'emparer du Pendentif, la malédiction ne se déclancherait pas. Et cela, tant qu'une personne venant d'Orgerac ne l'ai touché... (Elle serra plus fort le bras d'Enguerrand, nerveuse.) Mais si nous échouons, alors nous disparaîtrons pour toujours...

Cette dernière phrase sembla avoir vidé Cyliana de tout son courage. Enguerrand réalisait au fur et à mesure la lourde tâche qu'avait à accomplir les Ombres Ardentes. Il se demanda quel était le rôle de Cyliana dans tout cela.
# Posté le mardi 03 octobre 2006 09:16
Modifié le dimanche 20 mai 2007 05:04

Chapitre Sept, cinquième partie.

Chapitre Sept, cinquième partie.
- Tout à l'heure, tu t'es présentée comme étant la Radaskiel des Ombres Ardentes. Ça signifie quoi exactement ?

Cyliana reprit nerveusement la mèche entre ses doigts. Elle tremblait légèrement sous l'appréhension.

Puis, sachant que cela ne servait à rien de retarder ce moment, elle se résigna. Elle se détourna d'Enguerrand.

Une fois de plus, le décor changea autour d'eux et une puissante Forteresse apparut. Elle était entourée de hauts pics rocheux infranchissables. Seul un étroit passage permettait d'y accéder. Bien que beaucoup plus petite que Sautour, la Forteresse était tout aussi terrifiante avec ses nombreuses défenses.

Enguerrand se retrouva au centre de la cour, face à un monument où étaient gravées de nombreuses inscriptions Elfiques au sommet duquel se trouvait la statue de Sohalia. Elle avait un bras tendu, l'épée à la main, regardant fixement vers l'entrée de la Forteresse.

Alors qu'il se retournait pour demander ce que signifiaient toutes ces inscriptions, son sang se glaça lorsqu'il aperçut Cyliana. Elle regardait fixement la statue ne faisant plus attention à ce qui l'entourait. Face à lui, il ne s'agissait plus de Cyliana, mais d'une redoutable guerrière. Elle avait maintenant la même armure que la statue, une épée courte pendait de chaque côté de sa taille. Le rouge de l'armure la rendait terrifiante. Une mise en garde à qui voudrait se frotter à elle...

Enguerrand pétrifié, réalisa que Cyliana était la chef des Ombres Ardentes. Logique vu la situation. Il s'était douté depuis le début de son rang élevé au sein de l'Ordre. Mais de là à le diriger... Il comprenait mieux à présent la réaction de Hyamon à propos de son âge.

Cyliana, s'apercevant qu'Enguerrand l'observait, lui fit un pâle sourire et écarta légèrement les bras pour se présenter.

- Voilà, c'est moi qui dirige cet ordre. dit-elle peu convaincue.
- Mais tu n'as que dix-neuf ans !

Elle le regarda soudain inquiète.

- Tu penses que je ne suis pas de taille à accomplir ma mission ?

En entendant l'angoisse qui la tenaillait, Enguerrand en eut le c½ur serré. Un peuple entier comptait sur elle. Elle avait leur destin entre les mains. Un seul faux-pas, et tout était fini. Il se demandait comment elle arrivait à supporter un tel fardeau. Lui en aurait été incapable.

- Je n'ai jamais pensé ça ! s'exclama-t-il. Je me demande seulement pourquoi. Tu m'as dit avoir reçu tes nouvelles fonctions avant de venir, c'est illogique. Pourquoi votre ancien chef t'a-t-il donné sa place ?

Cyliana martyrisa nerveusement sa mèche de cheveux. Elle trembla légèrement sous la panique. Des larmes coulèrent de nouveau le long de ses joues. Elle aurait tellement préféré qu'il ne pose pas cette question...

Elle se détourna et se dirigea vers les bâtiments de la Forteresse. Enguerrand, bien qu'étonné, ne dit rien et la suivit. Ils se dirigèrent vers un étrange bâtiment qui ressemblait vaguement de l'extérieur à un lieu de prière. Une fois à l'intérieur, il se retrouvèrent dans un large et long couloir bordé de statues. Enguerrand remarqua que ces statues étaient toutes des Radaskiels, et toutes étaient des femmes.

Sans s'arrêter, Cyliana lui expliqua de quoi il s'agissait.

- Ce sont toutes les Radaskiels élues avant moi. Elles sont toutes mortes à présent...

Enguerrand ne comprenait plus rien. C'étaient des Elfes Noirs. Comme les Elfes Sylvain, ils étaient immortels. Alors comment avaient-elles bien pu toutes mourir ?

Lorsqu'ils furent arrivés au bout du couloir, ils se retrouvèrent dans une immense salle éclairée par des centaines de cierges. Enguerrand ne prêta pas une seule seconde attention à ce qui l'entourait. Il regardait fixement le fond de la pièce où de nombreux Ombres Ardentes étaient réunis en cercle. Tous avaient la tête inclinée en signe d'hommage.

Alors qu'ils arrivaient à leur hauteur, Cyliana ne s'arrêta pas et avança droit sur eux et les traversa et se dirigea aussitôt vers le centre du cercle.

Enguerrand, après quelques hésitations, la suivit. Traversant lui aussi les nombreuses personnes qui étaient sur son chemin. Quand il arriva de l'autre côté, il remarqua deux magnifiques autels en pierre. Sur chacun d'eux, une personne était allongée. Entre les deux, se tenait une femme avec un plastron moins richement décoré que celui de Cyliana, mais tout aussi magnifique. Elle parlait dans une langue qu'Enguerrand ne reconnut pas. Pourtant, il fut persuadé qu'elle était très ancienne, car la puissance qui s'en dégageait le surprenait.

Alors que Cyliana venait de se positionner entre les deux autels, et qu'il allait lui demander ce qu'ils faisaient là. Il s'aperçut que l'une des deux personnes allongées n'était autre que Cyliana.

Elle avait les yeux fermés et ne portait qu'une simple robe noire. L'autre femme allongée, quand à elle, possédait la robe blanche qu'il connaissait à Cyliana. Il comprit alors qu'il s'agissait de l'ancienne Radaskiel.

Bien qu'étant une Elfe Noire comme tous les autres, la Radaskiel semblait vieille, voir usée. Elle avait les deux mains sur sa poitrine et semblait faire de terribles efforts pour rester concentrée. Soudain, alors que la jeune femme entre les autels lui prenait la main, elle hurla de douleur.

Quand la jeune femme prit également la main de Cyliana, son cri de douleur s'intensifia et elle ouvrit les yeux paniquée. Enguerrand ressentit alors la puissance qui émanait de la Radaskiel passer lentement vers Cyliana.

Enguerrand sursauta. Que ce soit la Cyliana à ses côtés ou celle du souvenir, les deux hurlèrent de douleur avec la même intensité...

Enguerrand se précipita pour rattraper sa compagne lorsqu'elle tomba, et la fit asseoir sur l'autel à côté de son double. Cyliana reprit rapidement son souffle et le regarda désolée.

Enguerrand la prit dans ses bras pour la réconforter. Elle se serra contre sa poitrine et sanglota doucement.

- Si je suis devenue Radaskiel, c'est parce que l'ancienne était trop faible... Vois-tu, les pouvoirs que l'on reçoit lorsque nous sommes désignées pour faire parti des Ombres Ardentes nous tuent petit à petit. (Elle s'arrêta, essayant de refouler ses sanglots.) Et cela, plus rapidement lorsque nous sommes Radaskiel...

Enguerrand en eut le souffle coupé. Il la regarda abasourdi.

La douleur, c'était donc ça... Cela expliquait pourquoi elle tenaillait Cyliana depuis le début. Pas étonnant que les feuilles de Lidhs n'aient agi que si peu de temps... Et Hyamon avait dit qu'elle allait mieux, « pour le moment ».

- Hyamon ne peut-il rien faire pour te soigner ?

Il avait bien essayé de cacher ses sentiments, mais sa voix avait tremblé sans qu'il puisse l'en empêcher.

- D'après lui, tu as une chance d'y arriver grâce au Pendentif. Cerollin avait une idée pour nous soigner, mais il n'en a pas eu le temps...

Enguerrand en fut aussitôt soulagé. Ainsi, il y avait de l'espoir. Il suffisait de trouver le Pendentif pour la soigner. Bien qu'une petite voix lui souffla que ce ne serait pas si facile, il préféra l'ignorer. Il regarda la scène qui continuait de se dérouler sous ces yeux, Cyliana était à genoux les larmes aux yeux à côté de l'autel où reposait le corps sans vie de l'ancienne Radaskiel. Une idée le tira alors brutalement de ses pensées.

- Lorsque tu utilises tes pouvoirs ça t'affaiblit c'est bien ça ?
- Oui... Si on veut, mais il n'y a pas que ça. Même sans les utiliser ils me tuent petit à petit...
- Mais pour recréer tous ces souvenirs, tu dois utiliser beaucoup d'énergie ! Alors pourquoi as-tu décidé de tout me révéler de cette façon ?

Cyliana touchée de le voir tant s'inquiéter pour elle sourit embarrassée.

- Ne t'inquiète pas. Grâce à Kriar, je n'en utilise qu'une infime partie. Je ne crains rien rassure toi.

Légèrement rassuré, il reporta son attention sur la Cyliana de la vision qui recevait solennellement l'armure et la robe des Radaskiels.

- Quand vous n'êtes pas Radaskiel, combien de temps en moyenne vivez-vous ?

Cyliana se releva et s'écarta de l'autel.

- Tout dépend de la puissance des pouvoirs que l'on reçoit. Une femme vit environ trois cents ans. Un homme par contre, peut facilement vivre près de mille cinq cents ans... (Cyliana se retourna et fit face Enguerrand.) Les femmes sont plus puissantes que les hommes, ce qui explique cet écart...
- Et une Radaskiel...

Cyliana sourit malgré elle. Amusée du détour qu'il avait pris pour en arriver là.

- Une Radaskiel, expliqua-t-elle, ne vit pas plus de cent ans... normalement. (Elle marqua un temps d'arrêt, comme si elle cherchait ses mots.) Hyamon m'a toutefois avertie que j'ai peu de chance de vivre plus de cinq ans...

Enguerrand la regarda de plus en plus perplexe.

- Pourquoi une telle différence ? Ça n'a aucun sens !

Quelques jours plus tôt, elle n'aurait jamais pensé que l'on puisse réellement se soucier d'elle. Cela la surprenait. Touchée, elle se rapprocha d'Enguerrand qui la prit dans ses bras. Elle se pelotonna contre lui avant de répondre.

- Si Elonya, notre ancienne Radaskiel a pu vivre jusqu'à soixante quinze ans, c'est seulement parce qu'elle n'a que rarement utilisé ses pouvoirs. Mais moi, contrairement à elle, je vais être obligée de les utiliser. Et cela de très nombreuses fois...
» De plus, comme tu as pu le voir, le rite de transfert des pouvoirs ne s'est pas correctement déroulé... Elonya ne l'a pas supporté. Elle est morte avant la fin. Hyamon m'a assuré qu'il pourra le terminer, mais cela a gravement raccourci mon espérance de vie...

Enguerrand la serra plus fort contre lui, pour la rassurer, et par la même occasion, se rassurer lui-même.

- Je ferai tout mon possible pour vous soigner. Toi, et tous ceux de ton Ordre. Je t'en fais la promesse ! Et puis, cinq ans, c'est largement suffisant.

Cyliana réussit à sourire malgré les sombres pensées qui la hantaient. Elle était bien, ainsi pelotonnée dans les bras d'Enguerrand. Dans les bras de son ami...

Elle réalisa inquiète, que quelques jours plus tôt, elle prenait le fait de mourir jeune comme une bénédiction. Maintenant, elle en était moins sûre. Elle commençait même à le redouter...
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# Posté le mardi 10 octobre 2006 09:47
Modifié le mardi 01 mai 2007 02:06