- Cyliana, pourquoi es-tu si méfiante envers Girald ? C'est mon ami, tu peux lui faire confiance. Il a été envoyé par Hyamon pour te protéger.
- J'ai pour principe de me méfier des personnes que je ne connais pas... affirma-t-elle.
Enguerrand la regarda de biais.
- Tu ne t'es pas vraiment méfiée de moi... Pourtant, tu avais plus de raisons d'avoir des doutes envers moi que pour Girald.
- Pour toi, j'ai eu la conviction que je devais te faire confiance. J'ai toujours suivi mes intuitions. Et puis tu as prouvé par deux fois que je pouvais réellement me fier à toi. Mais Girald, je ne le connais pas, et je préfère ne pas trop lui en dire sur moi. Cela t'embête ?
- Non... Je voulais juste savoir pourquoi.
En début de soirée, alors qu'ils traversaient une forêt, il s'éloignèrent un peu de la route et établirent le campement dans une petite crevasse bordée non loin de là par un petit ruisseau. Enguerrand ramassa un peu de bois sec et fit un feu. Pendant ce temps, Girald s'occupait des chevaux et leur donnait à manger. Ils mangèrent ensuite silencieusement un peu de viande faisandée et quelques gâteaux secs. A la fin du repas, Enguerrand posa alors la question qui le préoccupait depuis la matinée.
- Cyliana, es-tu au courant qu'il y a des tueurs à ta poursuite ?
Cyliana le regarda surprise et terrifiée.
- Comment ça des tueurs ?
- C'est vrai, c'est l'une des raisons pour lesquelles Hyamon m'a envoyé vous chercher. Il a reçu des informations concernant une bande de tueurs lancés à votre poursuite.
Cyliana baissa la tête et prit nerveusement un pan de sa cape qu'elle entortilla autour de ses doigts.
- Comment est-ce possible ? S'ils sont déjà ici, cela voudrait dire qu'ils étaient au courant de ma venue avant même que je ne le sache moi-même... Ce n'est pas logique !
Enguerrand et Girald la regardèrent sceptiques. Ils espéraient qu'elle leur expliquerait de quoi il s'agissait, mais ce n'était pas son intention. Elle releva la tête, soudain consciente qu'elle avait pensé à voix haute. Elle les regarda mal à l'aise.
- Je suis désolée, je ne peux rien vous dire. J'espère seulement, que nous arriverons à Sautour avant qu'ils ne nous trouvent...
- Ils sont si dangereux que ça ? demanda Girald inquiet.
- A nous trois, ils ne devraient pas faire le poids. Mais tout dépend s'ils ont avec eux... des Sorciers. Et ça je ne compte pas le vérifier !
Cyliana frissonna, et Enguerrand se douta que ce n'était pas de froid.
- Tu penses que le Sorcier qui t'a attaqué faisait partie de ce groupe ?
- Il y a de forte chance, oui. Mais ce n'est pas ça le plus important. Le Sorcier que tu as tué n'était pas un Chasseur, et si le groupe qui nous poursuit en comporte, alors nous ne pourrons rien y faire...
- C'est quoi un chasseur ?
- Les Chasseurs sont un groupe de Sorciers spécialisés qui ont pour mission de chasser et de tuer les personnes qu'on leur a désignées. Ils sont toujours par groupe de trois. Ils n'abandonnent jamais, et personne ne leurs a jamais échappé... Ce sont des fanatiques qui adorent torturer leurs victimes... Je n'ai entendu qu'une seule fois le récit de leurs atrocités lorsque j'avais seize ans, et pourtant, je me souviens de chaque mot, de chaque description, que l'on m'a faite...
Cyliana s'arrêta. Elle semblait de nouveau plongée dans ses souvenirs. Enguerrand se maudit d'avoir posé la question. Mais en même temps, il devait bien savoir par qui ils étaient pourchassés pour pouvoir la protéger.
Enguerrand fut sorti de ses pensées par Girald, qui le prévenait qu'il était plus prudent d'instaurer un tour de garde. Enguerrand acquiesça. Girald décida de prendre le premier tour. Cyliana, elle, en avait été exemptée malgré ses protestations. Enguerrand préférait qu'elle se repose. Il avait remarqué tout au long de la journée que sa main restait de plus en plus longtemps sur sa poitrine. Il se doutait que bien qu'elle ne dise rien, sa douleur ne voulait pas se calmer et cela l'inquiétait.
Alors qu'il était de nouveau dans ses pensées, Cyliana lui souhaita une bonne nuit puis partit se coucher. Elle se recouvrit de sa cape et s'endormit rapidement.
Kriar et Prima, eux, s'éloignèrent un peu pour discuter tranquillement. Alors qu'Enguerrand allait lui aussi se coucher, Girald lui demanda de rester un peu. Il vérifia si Cyliana s'était endormie, puis il s'approcha d'Enguerrand.
- Dis-moi. Pourquoi Cyliana se méfie t'elle de moi ?
- Qui te dit qu'elle se méfie de toi ?
- Enguerrand ne fait pas l'innocent. Elle n'a rien voulu me dire sur elle !
- Mais elle ne m'a rien dit non plus.
- Tu veux me faire croire, que toi ! Celui qui a toujours haï les Keltans, tu lui as accordé ta confiance sans qu'elle ne t'ait rien dit ?
- C'est à peut près ça... admit Enguerrand. Kriar m'a assuré que je pouvais lui faire confiance et j'ai décidé de l'accompagner.
Girald abasourdi ne répondit rien. Enguerrand décida alors d'aller lui aussi se coucher. Il s'installa auprès de Cyliana et s'endormit rapidement.
La nuit fut calme, il n'y eut pas le moindre signe d'une présence hostile dans les environs. Girald réveilla Enguerrand au milieu de la nuit lorsque ce fut à son tour de veiller. Il partit ensuite se coucher.




