Chapitre Cinq, sixième partie.

Chapitre Cinq, sixième partie.
Ils continuèrent quelque temps encore avant de s'arrêter pour prendre rapidement un repas froid. Ce fut à ce moment là, que Cyliana remercia Enguerrand de ne pas lui avoir posé de questions sur sa fonction et sa future mission. Enguerrand lui assura que ce n'était rien et que si elle ne voulait pas le lui dire, ce n'était pas grave. Cependant, Kriar choisit ce moment là pour bloquer le lien avec Cyliana afin qu'elle ne puisse pas l'entendre. Il prononça alors une phrase qui troubla Enguerrand.

- Ce n'est pas qu'elle ne veuille pas te le dire, mais elle ne sait pas comment s'y prendre. Elle a peur que tu la prennes pour un monstre...

Enguerrand s'efforça de garder un visage impassible et de contenir ses émotions, mais il ne trouva pas cela très convainquant.

- C'est si terrible que ça ? demanda-t-il anxieux.
- Je dois avouer que tout ce que j'ai appris quand tu as crée le lien est assez dur a digérer sur le coup. Mais Cyliana n'y est pour rien. Elle ne fait que subir. En réalité, c'est entièrement de notre faute ce qui lui arrive... Mais je ne peux rien te dire de plus, je le lui ai promis...
- Qu'est ce que tu as ? Tu sembles ailleurs...
- Rien ! Je repensais seulement à Korry. Il a beaucoup changé depuis la dernière fois que je l'ai vu... il semble plus serein.

Enguerrand fut persuadé qu'elle n'en croyait pas un mot, surtout à la façon dont elle fixa Kriar par la suite. Mais elle ne dit rien, ce qui rassura Enguerrand.

Peu après, ils reprirent la route. Cyliana remit alors une fois de plus sa capuche. Le trajet se déroula normalement. Les gens ne faisant généralement attention qu'au loup qui se promenait aux côtés des deux cavaliers.

Alors que le soir approchait, et qu'il y avait de moins en moins de monde sur la route, ils aperçurent au loin, une bande de voleurs qui s'en prenait à un petit groupe de voyageurs. Enguerrand demanda alors à Cyliana de rester en retrait pendant que lui et Kriar allaient s'en occuper.

Enguerrand lança son cheval au galop, tout en dégainant son épée. Kriar courait à ses côtés. Les bandits étaient au nombre de six. Quatre d'entre eux se préparèrent à livrer combat, pendant que les deux autres continuaient de dérober les affaires de valeur d'une jeune fille. Enguerrand sauta de cheval arrivé à hauteur de ses adversaires. Bien que plus nombreux, ils ne faisaient pas le poids. Enguerrand désarma d'une simple parade deux de ses adversaires qui prirent aussitôt la fuite. Kriar en immobilisa un autre, pendant qu'Enguerrand se battait avec le dernier. Il remarqua que celui-ci, contrairement aux autres, était doué à l'escrime et qu'il se défendait plutôt bien. Cependant, Enguerrand était meilleur. Il passa la garde de son adversaire et lui posa la pointe de son épée sous la gorge.

Mais le chef des brigands qui était resté auprès des victimes l'interpella. Enguerrand vit qu'il avait placé une dague sous la gorge de la jeune fille.

- Laisse le partir ! Sinon je la tue !

Enguerrand éloigna sa lame de la gorge de son adversaire qui rejoignit aussitôt le reste de la bande.

- Très bien ! Maintenant, tu vas nous laisser partir bien gentiment. Mais avant, envoie nous ton or, chevalier de pacotille !
- Dis-moi Kriar, je lui laisse une chance de se rendre ou pas ?
- Moi je serai toi je lui donnerai une chance.
- Et toi le sale clébard tu recule auprès de ton maître !
- Réflexion faîte, tu peux le tuer !

Avant qu'il ne tente quoi que ce soit, Enguerrand ressentit un grand pouvoir se réveiller derrière lui. Lorsqu'il se retourna, il vit Cyliana qui était descendue de cheval s'approcher. La magie qui émanait d'elle l'enveloppait, faisant virevolter sa cape, et tomber sa capuche, révélant ainsi son visage aux brigands qui n'en menaient pas large. Cyliana était comme dans un état second. Son visage était neutre, comme lorsqu'elle voulait cacher ses émotions, mais son regard était devenu terne. Elle s'arrêta à côté d'Enguerrand, le regard toujours posé sur le chef des brigands. Pendant quelques secondes, il ne se passa plus rien. Mais quand le chef commença à souffler, le regard de Cyliana se transforma. Devenant soudain attirant, hypnotisant...

Le brigand, qui tenait toujours la jeune fille en otage, ne put plus lâcher ce regard dans lequel il se noyait et s'enfonçait. Et plus il s'enfonçait, et plus la peur l'envahissait. Alors qu'il commençait à trembler, il sentit le couteau dans sa main commencer à bouger. Inquiet, il posa son regard dessus et s'aperçut qu'il commençait à grandir et à changer de forme. Horrifié, il le jeta loin de lui, mais le couteau continuait de se transformer et de grossir. Il ne fallut pas longtemps avant qu'il ne devienne un horrible monstre difforme. Apeuré, il vit le monstre s'approcher petit à petit de lui. Il s'enfuit alors à toute vitesse. Ces hommes ne tardèrent pas à l'imiter oubliant derrière eux leur précieux butin. Le monstre les poursuivant.

Lorsque tous les brigands se furent enfuis. Cyliana reprit peu à peu son état normal. Le flux magique qui l'entourait disparaissant petit à petit. Enguerrand s'approcha d'elle admiratif. Jamais il n'avait vu ce genre de magie. Il eut la certitude qu'elle n'était pas à la porté de tout le monde. Cyliana le regardait mal à l'aise, comme si elle avait peur qu'il ne le prenne mal.

- Eh bien ! À ce que je vois, il ne faut pas te mettre en colère ! Permet moi de te demander de me le rappeler si un jour je te tape sur les nerfs.

Cyliana rassurée par sa réaction sourit, mais elle remarqua le regard effaré des voyageurs qui fixaient la Marque sur son front. Elle comprit alors que sa capuche était tombée. Elle s'empressa de la remettre en place.

Enguerrand s'apercevant également la réaction des voyageurs, il s'approcha d'eux en leur faisant signe de se calmer.

- N'ayez pas peur, vous n'avez rien à craindre. Après tout, elle vient de vous sauver la vie.

Personne pourtant ne fut rassuré. La jeune fille s'approcha cependant prudemment de Cyliana, sous le regard désapprobateur d'un des jeunes hommes qui l'accompagnait.

- Je vous remercie de votre aide. Je vous dois la vie.
- Vous ne me devez rien du tout, je n'ai fait que mon devoir...
- Cependant, je vous en suis reconnaissante. Veuillez accepter cet humble présent je vous prie.

La jeune fille ramassa dans le sac que les bandits avaient oublié dans leur fuite, un magnifique pendentif. Elle s'approcha ensuite de Cyliana et voulut le lui passer autour du coup. Cyliana regarda le pendentif troublée. Elle baissa de nouveau sa capuche et se laissa faire. La jeune fille lui mit alors le pendentif puis recula un peu.

- Quand à vous chevalier, et vous noble loup. Je ne puis vous donner que des remerciements, mais sachez que je vous en suis tout aussi reconnaissante.
- Comme Cyliana, mon loup et moi-même n'avons effectué que notre devoir.

La jeune fille sourit.

- Bien, à présent, veuillez m'excuser mais nous devons reprendre notre route.

La jeune fille se dirigea alors vers son cheval après avoir récupéré ses affaires dans le sac des brigands. L'un des deux jeunes hommes qui l'accompagnait l'aida à monter à cheval. Après être monté sur le sien, il salua Cyliana et Enguerrand. Puis, sans plus de cérémonie, ils s'en allèrent.
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# Posté le dimanche 30 avril 2006 09:16
Modifié le vendredi 22 juin 2007 14:43

Chapitre Cinq, septième partie.

Chapitre Cinq, septième partie.
Enguerrand remarqua que Cyliana regardait troublée le pendentif qu'elle tenait entre le pouce et l'index.

- Qu'est ce qui ne va pas ?
- Je commence à avoir l'impression que je suis mieux acceptée dans ton peuple que dans le mien malgré tous nos différents... Jamais quelqu'un dans mon peuple ne m'aurait offert quelque chose pour me remercier. Il préférerait plutôt fuir...

Enguerrand ne sut que répondre, il ressentait toute la peine de son amie et il ne savait pas comment la réconforter. Il découvrit alors qu'elle avait reposé une main sur sa poitrine. Bien que son visage restât de marbre, il fut persuadé que sa douleur était réapparue. Il en fut surpris et même inquiet.

Kriar le regarda tout aussi inquiet. Enguerrand se maudit d'avoir oublié d'emmener quelques feuilles.

- Je suis désolé, j'ai oublié d'emmener de quoi te faire une tisane. J'essaierai d'en trouver dans le prochain village.
- Ne t'inquiète pas pour moi, ça ira.

Enguerrand réalisa à ce moment là, que Cyliana ne lui demanderait jamais son aide. Ayant toujours été la paria de son peuple, elle avait appris à ne jamais rien demander aux autres et à toujours se débrouiller seule.

Alors que tous les deux étaient dans leurs pensées. Kriar les avertit qu'il entendait du monde approcher. Aussitôt, Cyliana remit sa capuche, puis ils montèrent sur leurs chevaux et reprirent leur chemin.

Peu de temps après, ils entrèrent dans un petit village. Ils cherchèrent une auberge ou passer la nuit. Ils prirent une chambre et une fois installés, Enguerrand décida d'aller voir l'herboriste. Il demanda à Cyliana de ne pas sortir et à Kriar de rester avec elle.

Il ne mit pas longtemps à trouver l'herboristerie qui se trouvait sur la place du village. Il entra dans l'échoppe et sentit l'odeur apaisante des plantes. Il entrevit un vieil homme au milieu de la pièce. Lorsqu'il s'approcha, il remarqua qu'il broyait des racines. Quand l'herboriste l'aperçut, il s'arrêta et lui demanda ce qu'il désirait. Enguerrand lui demanda des feuilles de Lidhs. L'herboriste le regarda étonné et lui dit qu'il n'en avait pas et qu'il n'en avait jamais eu, car ici, personne n'en avait besoin. Enguerrand qui s'en doutait, le remercia et repartit en direction de l'auberge.

Le Lidhs, était une plante très rare, utilisée principalement pour soigner les douleurs dues à la magie. Normalement, en prendre une, voir deux fois en tisane permettait de soigner les douleurs... et cela durablement. Cependant, la douleur de Cyliana était revenue, et cela juste après qu'elle eût utilisé ses pouvoirs. Ce qui inquiétait sérieusement Enguerrand. Cela signifiait que cette douleur était plus sérieuse qu'il ne l'avait pensée. Beaucoup plus sérieuse...

Une fois arrivé dans la chambre, il découvrit Cyliana assise près de la fenêtre. Le regard fixé au dehors, le visage très pâle. Kriar le regarda inquiet.

- Sa douleur a encore augmenté.
- J'espère que Hyamon saura quoi faire...
- Moi aussi. Je vais essayer de contenir un peu la douleur, mais je ne suis pas sûr que cela marchera.

Enguerrand s'approcha de Cyliana qui fixait toujours la rue.

- Je suis désolé, mais je n'ai pas trouvé la plante que je recherchais.

Cyliana cligna des yeux et regarda Enguerrand.

- Ce n'est rien, je ne souffre pas tant que ça.

Enguerrand ne dit rien, et partit chercher le repas. Conscient qu'il y avait autre chose qui la perturbait.

Pendant ce temps, Cyliana reposa son regard dans la rue. Elle regardait une petite fille courir joyeusement après son frère devant une maison. Leur mère apparut à la porte et les regarda quelques instants jouer, le visage rayonnant. Elle les appela pour manger. Aussitôt, la petite fille se précipita vers sa mère qui la prit dans ses bras. La petite fille l'embrassa tendrement sur la joue. Puis ils rentrèrent tous les trois.

Cyliana sentit des larmes glisser le long de ses joues. La douleur n'était rien face aux souvenirs qui lui revenaient devant cette scène. Mais elle sentit la présence de Kriar la rassurer et la consoler. Elle s'aperçut aussi de la présence d'Enguerrand derrière elle. Elle essuya précipitamment ses larmes et se maudit d'avoir baissé sa garde, n'ayant pas fait attention à son retour. Elle se retourna. Enguerrand se trouvait juste derrière elle. Elle lut sur son visage de la compassion, cela la mit mal à l'aise.

Il mit un genou à terre et posa une main sur son épaule.

- Tu sais, il ne faut pas avoir honte de pleurer devant un ami.

Cyliana ferma les yeux et de nouvelles larmes apparurent. Enguerrand l'attira contre lui et la prit dans ses bras pour la consoler. Cyliana posa sa tête contre son épaule, pleurant sans retenu.

- Comment as-tu fait pour surmonter la mort de tes parents ?
- J'ais eu la chance d'être élever par Hyamon qui m'a aimé comme si j'étais son propre fils. Et puis, je rejetais ma tristesse sur les Keltans en leur vouant une haine impitoyable... En réalité, je n'ai surmonté leur mort qu'il y a peu de temps...

Quand elle arrêta de pleurer, Cyliana resta encore quelques instants dans les bras d'Enguerrand. Puis elle se redressa, se sentant un peu mieux. Enguerrand réchauffa alors leurs repas grâce à un sort mineur. Il donna une assiette à Cyliana et une aussi à Kriar qui, exceptionnellement, avait le même repas. Ce qui n'était pas pour lui déplaire.

Après le repas, Cyliana partit se coucher, exténuée. Kriar s'allongea à côté de son lit et s'endormit aussitôt. Enguerrand, quand à lui, resta longtemps éveillé. Ce remémorant les moments heureux qu'il avait eus avec son frère et ses parents. Il revoyait encore le sourire des Sorciers lorsqu'ils eurent lancé le sort... C'était se sourire, qui lui avait fait haïr si férocement les Keltans. Mais maintenant, il tuerait un dragon à main nue rien que pour voir plus souvent le sourire s'afficher sur les lèvres de Cyliana...
# Posté le dimanche 30 avril 2006 09:21
Modifié le lundi 30 avril 2007 21:25

Chapitre Six, première partie.

Chapitre Six, première partie.
(dessin de Cyliana réalisé par Feeyuu)


CHAPITRE 6





Elle était seule avec lui. Elle l'avait ordonné. Elle ne voulait pas qu'il y ait de témoins.

Elle ne voulait pas le faire, c'était sa première fois. Tous lui avaient dit que c'était les deux premières fois les plus difficiles. Elle ne pouvait pas y échapper.

Ils étaient seuls dans la pièce. Tendue, elle s'approcha du Keltan.

Il ne semblait pas méchant, loin de là.

Comment pouvait-on le croire coupable d'un tel crime ? Un homme tel que lui n'avait certainement jamais tué personne, et sûrement pas de cette façon...

Lorsqu'elle s'approcha de lui, surpris, il releva la tête. Il la regarda les yeux dans le vague, ne sachant pas trop où il était et pourquoi. N'osant pas croire ce qui allait lui arriver. Mais lorsqu'il la vit, son c½ur s'accéléra. Son visage se décomposa, la peur se lisait sur chacun de ses traits.

Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle les refoula. Jamais elle ne devait montrer la moindre faiblesse. Même si elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle allait commettre un meurtre. Car il s'agissait bien de ça, un meurtre.

Mais elle y était obligée... La moindre entorse à un ordre était la mort, elle le savait.

Elle approcha une main tremblotante vers le condamné. Il la regardait toujours. Trop terrorisé pour tenter quoi que ce soit.

Lorsque sa main entra en contact avec sa poitrine, elle sentit contre sa paume le c½ur du jeune homme battre plus rapidement encore qu'il ne battait déjà. Elle libéra aussitôt son pouvoir, afin d'en finir le plus rapidement possible.

Le pouvoir envahit alors le corps de sa victime. Son c½ur battit encore quelques instants, avant de s'arrêter brutalement. Le corps du jeune homme se contracta violemment, puis plus rien. C'était fini pour lui.

Mais pour elle, cela ne faisait que commencer. Car en contrepartie, la vie du jeune homme déferla dans son esprit. Une multitude d'images et de sentiments l'assaillirent et ses pires craintes se réalisèrent...

Le jeune homme était innocent. Et pire que ça ! Elle s'aperçut horrifiée, qu'il venait de se marier un an plus tôt. Sa femme, lui avait annoncé radieuse, deux jours avant son arrestation, un heureux événement. Elle était enceinte...

Devant l'horreur qu'elle venait de commettre, elle tomba à genoux. Hurlant de douleur et de désespoir.

Derrière elle, elle entendait déjà les pas du juge qui venait d'entrer.

- Était-il coupable ?

Avec un effort surhumain, elle réussit à refouler ses sanglots et à se relever. Elle se tourna face au juge, le visage neutre. Elle répondit avec une voix emplie d'autorité.

- Il était innocent ! Il n'a jamais commis la moindre mauvaise action... Vous vous êtes lamentablement trompé Monsieur le juge ! Si vous croyez que l'on se déplace pour vous faire plaisir, il va falloir changer immédiatement d'attitude !
- Bien. Nous continuerons donc l'enquête. Vous pouvez partir. Vous n'avez plus rien à faire ici. Vous n'êtes bonne qu'à terroriser la population !

Serrant les poings, elle sortit immédiatement de la salle. Elle se dirigea le plus rapidement possible vers son carrosse pour que personne ne puisse la voir. Mais deux personnes l'y attendaient déjà.


Elle reconnut immédiatement la femme et le père de celui qu'elle venait d'exécuter. Elle s'arrêta, pétrifiée. Ils s'approchèrent alors d'elle. La femme avait les larmes aux yeux. L'homme quant à lui, avait un regard froid, empli de haine et de colère contenue.

- Alors il était coupable ? demanda-t-il hargneux.
- Non...

La femme posa une main sur son ventre, un long cri s'échappant de ses lèvres. Elle comprit que la femme avait espéré jusqu'au bout que l'exécution n'ait pas lieu. L'homme en revanche, n'avait jamais eu ce mince espoir. Et soudain, comme s'il se contenait depuis trop longtemps, il laissa échapper sa rage.

- Je l'avais bien dit, mais personne n'a voulu me croire ! Mais vous, Vous devez être contente ! Vous avez enfin eu une personne à massacrer ! De toute façon, vous n'êtes qu'une bande de vautours qui prenez un malin plaisir à tuer les innocents ! Vous me dégoûtez !
» Partez d'ici espèce de monstre ! Tout est de votre faute ! Je vous haïs, vous et votre Ordre ! A cause de vous, mon fils est mort ! Regardez le résultat, voici ce que vous avez fait ! Vous laissez une pauvre femme effondrée, enceinte qui plus est ! Que devrons-nous dire à cet enfant plus tard ? Que son père a été exécuté par erreur !

La femme tomba à genoux. Elle continuait de pleurer. Tout son corps tremblait violement de désespoir. L'homme essaya de la relever. En vain.

Elle ne regarda pas plus longtemps ce spectacle. Elle grimpa dans son carrosse et ferma la porte, ordonnant au cocher de retourner le plus rapidement possible à la forteresse...

Le carrosse partit aussitôt. Les cris de rage et de désespoir de la femme les poursuivant.

Elle ferma les rideaux du carrosse pour se dissimuler au monde extérieur.

Elle s'autorisa alors à pleurer toutes les larmes de son corps. Elle ne pouvait que confirmer ce qu'avait dit l'homme... elle était un monstre, et le plus horrible qui soit...

Ne jamais rien montrer de ses faiblesses et de son état d'âme, était la première leçon de leur Ordre...
# Posté le lundi 19 juin 2006 16:44
Modifié le mardi 12 juin 2007 09:32

Chapitre Six, deuxième partie.

Chapitre Six, deuxième partie.
Enguerrand fut réveillé en sursaut par les cris de terreur et de désespoir de Cyliana. Il se précipita aussitôt à ses côtés, le c½ur battant la chamade. Kriar l'attendait déjà.

- Que se passe t'il ? demanda-t-il inquiet.
- Elle vient de faire un cauchemar !

Enguerrand en fut légèrement rassuré, ainsi on ne l'attaquait pas une nouvelle fois.

Il prit Cyliana par les épaules et la secoua doucement pour la réveiller. Il sentit que Kriar formait un rempart autour de son esprit.

Après quelques secondes, Cyliana ouvrit les yeux apeurée. Elle repoussa Enguerrand en suppliant.

- Pitié non ! Ne me forcez pas à recommencer ! Je vous en supplie ! Pitié !
- Cyliana ! Tu as fait un cauchemar, c'est fini !

Cyliana étonnée regarda Enguerrand, puis Kriar. Elle avait du mal à reprendre sa respiration à cause de ses sanglots.

Enguerrand la prit dans ses bras, et lui murmura des mots de réconfort. Cyliana se calma petit à petit. Sa respiration redevenait normale et ses pleurs s'estompant.

- Je suis désolée... souffla-t-elle.
- Ce n'est pas de ta faute. Je connais bien les cauchemars. J'en ai fait pendant des années, et les miens étaient moins horribles que ne le sont les tiens.
- Les souvenirs que j'avais réussis à refouler ne cessent de refaire surface depuis que le Sorcier est entré dans mon esprit.

Enguerrand s'écarta un peu et la regarda inquiet.

- Pourquoi n'as-tu pas demandé à Kriar de t'aider ?


Cyliana baissa les yeux, gênée.

- Je... Je n'ai pas osé...

Enguerrand releva le menton de Cyliana et la regarda droit dans les yeux.

- Cyliana, l'esprit est le domaine de Kriar. Il peut te permettre de ne plus être tourmentée par tous ces... souvenirs. N'hésite pas à lui demander de l'aide quand tu en as besoin.
- D'accord...

Ils restèrent un long moment ainsi, Cyliana dans les bras d'Enguerrand. Il ne restait que deux heures avant l'aube. Autant dire que plus personne n'avait envie de dormir ; Cyliana de peur de refaire un cauchemar, Enguerrand, lui, était inquiet pour son amie. Elle restait blottie contre lui, les yeux ouverts dans le vague. Chacun était dans ses sombres pensées.

Cependant, grâce à Kriar, Cyliana se sentit un peu mieux. Ses souvenirs de nouveau enfouis au plus profond de son esprit. Seule la douleur dans sa poitrine lui rappelait la triste vérité.

Peu de temps après, Enguerrand décida d'aller chercher de quoi déjeuner. Il s'habilla, puis sortit le plus discrètement possible. Lorsqu'il arriva au rez-de-chaussée, il se dirigea vers la grande salle. Il remarqua au fond, dans l'obscurité, un aigle posé sur le dossier d'une chaise. A ses côtés, un homme attendait patiemment que l'aubergiste veuille bien le servir.

Enguerrand alla commander le petit déjeuner. Lorsqu'il passa près de lui, l'aigle le fixa de son regard scrutateur. Il comprit, en apercevant la lueur d'intelligence qui brillait dans son regard, qu'il avait affaire au compagnon d'un Sorcier.

Le fait qu'il y ait un Sorcier, se révélait être un nouveau problème. Enguerrand se demandait comment il allait faire pour quitter l'auberge sans qu'il n'aperçoive Cyliana.

Lorsque soudain, le Sorcier l'interpella.

- Eh bien Enguerrand, on ne salue plus ses amis ?

Enguerrand sursauta. Il reconnaissait cette voix. Il se retourna et vit le Sorcier s'approcher de lui. Il reconnut alors son ami d'enfance, Girald. Il en fut surpris. Normalement, il siégeait à Sautour, ne quittant le château que rarement.

Enguerrand et Girald se prirent dans les bras, heureux de se revoir.

- Allez, viens manger avec moi. Tu me raconteras ce que tu deviens !

Enguerrand marqua un temps d'arrêt. Il est vrai qu'il n'avait pas vu Girald depuis longtemps, et ça lui faisait plaisir de le revoir. Mais en même temps, il ne devait pas perdre de vue qu'il devait accompagner Cyliana à Sautour, et cela le plus rapidement possible.

- J'en serais ravi mais je ne peux pas... (Girald le regarda intrigué.) Je suis pressé, je dois aller à Sautour le plus rapidement possible. Je préfère manger dans ma chambre pour ne pas perdre de temps...
- Voyons, tu peux bien manger avec moi !

Au grand malheur d'Enguerrand, l'aubergiste arriva au même instant.

- T'nez votre repas. Pour vous j'prépare tout d'suite trois assiettes.

Girald le regarda intrigué.

- Trois assiettes ? Je sais bien à qui va la deuxième, mais je serais curieux de savoir pour qui est la troisième !

Dès que l'aubergiste repartit dans ses cuisines, Girald mit un bras autour des épaules d'Enguerrand et s'approcha de lui. Il continua sur le ton des confidences, le sourire aux lèvres.

- Mon cher Enguerrand aurait donc de la compagnie... Et dis moi, cette compagnie ne serait-elle pas féminine ?

Enguerrand repoussa Girald mal à l'aise. Heureusement, l'aubergiste revenait déjà avec les assiettes.

- Serait-il possible de monter les deux autres assiettes dans la chambre ?
- Pas d'problème !
- La personne risque de mettre un peu de temps à ouvrir, elle dort encore.

L'aubergiste acquiesça et partit sans tarder en direction des chambres.

- Kriar, prévient Cyliana que l'aubergiste arrive avec les repas. Dis lui de mettre sa cape et de ne pas s'inquiéter si je ne remonte pas tout de suite.
- Je sais, j'ai suivi ta conversation avec Girald, j'ai déjà prévenu Cyliana.
- Prend aussi les mesures nécessaires pour que Prima ne puisse pas savoir qui se cache dans la chambre, on ne sait jamais !
- Je vais essayer, mais je te rappelle que ce n'est pas ma spécialité. Par contre, trouver ce qui se cache est la spécialité de Prima...
- Je sais, mais fait quand même ton possible !

Girald ravi, prit son assiette et se dirigea vers sa table, attrapant au passage une chaise pour Enguerrand.

Enguerrand le suivit, prêt à prendre le temps qu'il faudrait pour que son ami décide de partir. Cependant, à peine fut-il installé, que Girald le questionna à nouveau.

- Alors, tu vas finir par me dire qui est cette troisième personne ?
- Je te signale que c'est plutôt à toi de me dire ce que tu fais ici ! Tu ne devrais pas être à Sautour ?

Girald le regarda quelques secondes. Enguerrand eut soudain l'impression de se retrouver face à Cyliana, quand elle hésitait à lui répondre.
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# Posté le lundi 19 juin 2006 17:41
Modifié le dimanche 13 mai 2007 07:45

Chapitre Six, troisième partie.

Chapitre Six, troisième partie.
(Girald)


- Hum... Après tout, tu es un Sorcier ! Et comme tu fais également partie de la Légion... Je présume que je peux te le dire ! Et même mieux, tu pourras peut-être m'aider ! Car je dois te l'avouer, j'ai peur d'échouer dans cette mission, et elle est capitale ! Mais tu risques de ne pas aimer ce que je vais te dire...
- Dit toujours, on verra bien.

Enguerrand était prêt à tout entendre, pourvu que Girald oublie la « troisième personne ».

- Bien ! Il y a de cela trois semaines environ, Hyamon a envoyé une lettre de la plus haute importance en Keltania. Il demandait à une personne très spéciale de venir expressément à Sautour pour le voir. Et cela, le plus discrètement possible. Elle devait venir avec deux autres personnes qui sont en quelque sorte ses disciples...

Girald s'arrêta, s'attendant à l'incrédulité d'Enguerrand. Mais bizarrement, ce dernier semblait de plus en plus intéressé par son histoire. Si bien qu'il continua.

- Mais voilà, personne n'est encore arrivé, et Hyamon a appris entre temps que des tueurs avaient été envoyés pour les éliminer.
- Des tueurs ? s'exclama Enguerrand.

Girald fut surpris de la soudaine inquiétude qui perçait dans la voie d'Enguerrand. Il jeta rapidement un regard en direction de Prima, puis reprit.

- Je ne sais pas qui est à l'origine de tout ça. Hyamon n'a pas voulu me le révéler. Il m'a seulement dit que je le saurais bien assez tôt... (Girald fixa Enguerrand de plus en plus curieux.) Mais dis moi, pourquoi t'intéresses-tu tant à cette histoire ?
- Pourquoi es-tu ici ?

Girald hésita de nouveau. Il trouvait le comportement d'Enguerrand étrange. Jamais il n'avait porté le moindre intérêt aux Keltans, à part quand il s'agissait de les maudire. Et tout d'un coup, il s'en préoccupait comme s'il s'agissait d'une question de vie ou de mort.

- Hyamon m'a envoyé pour essayer de les trouver.

Girald s'aperçut qu'Enguerrand semblait hésiter.

- Enguerrand qui y'a-t-il ? Que t'arrive-t-il ? Comment se fait-il que tu t'intéresses d'un seul coup aux Keltans ? Et puis qui est avec...

Girald s'arrêta soudain. Une idée venait de le frapper comme l'éclair.

- Ne me dis pas que c'est...
- Que sais-tu sur ces tueurs ?
- Non ! Réponds d'abord à ma question ! Est-ce bien une des personnes que je suis venu chercher qui est dans ta chambre ?
- Oui...
- Alors où sont passées les deux autres ?
- Elles sont mortes.

Giral marqua un temps d'arrêt. Surpris par cette nouvelle pour le moins inquiétante.

- Comment ça, mortes ?
- Elles sont tombées dans un piège et ont été tuées. Cyliana a été faite prisonnière et a été amenée dans le village près duquel j'habite. Le hasard a voulu que je sois présent ce jour là. Je lui suis donc venu en aide. Maintenant je l'accompagne à Sautour.

Girald était de plus en plus angoissé. Il avait peur de poser la question qui lui brûlait les lèvres. Il prit son courage à deux mains et se lança :

- Et de qui s'agit-il ? De leur supérieure, ou de l'une de ses disciples ?
- De leur supérieure.

Girald en fut aussitôt rassuré, mais il regardait toujours Enguerrand incrédule.

- Enguerrand qui sauve une Keltane... Quand le Roi va l'apprendre, il ne va pas le croire ! Mais rassure moi... tu ne lui as pas fait de mal au moins ?

Enguerrand ne put s'empêcher de rire en voyant ce que suscitait sa réaction pour le moins étrange.

- Non, pas du tout ! Et si tu veux vraiment tout savoir, je suis même devenu son ami.

Girald qui venait de prendre un morceau de pain faillit s'étouffer. Après avoir réussi à reprendre son souffle, il le regarda ahuri. Ce qui fit bien rire Enguerrand. Prima posa alors son regard sur lui.

- Je savais bien que ta haine des Keltans avait des limites. Mais à mon avis, il a fallu que Kriar te persuade longuement avant que tu ne lui accordes ta confiance.
- Ça c'est sûr ! Quelle bourrique quand il s'y met ! Il n'arrêtait pas de s'imaginer n'importe quoi à son sujet !

Enguerrand se retourna vivement et aperçut Kriar qui s'approchait avec Cyliana. Girald regarda la Keltane ébahi. Il essayait d'apercevoir son visage sous la capuche. Cyliana prit une chaise et s'assit aux côtés d'Enguerrand. Elle le regarda inquiète.

- Kriar m'a dit que je pouvais descendre, que je ne risquais rien. Il me l'a assuré...

Enguerrand jeta un coup d'½il à Girald qui était bouche bée.

- Eh ben ça alors ! C'est vrai ! Dites-moi, vous ne seriez pas un peu ensorceleuse sur les bords ?

Cyliana amusée, sourit à cette remarque. Girald allait lui poser de nouvelles questions lorsque Kriar intervint.

- Il serait préférable de partir avant que l'aubergiste ne finisse par comprendre qui est Cyliana. Girald n'est pas très discret lorsqu'il parle.

Enguerrand et Girald acquiescèrent.

- Cyliana, reste auprès de Girald. Je vais chercher nos affaires.

Enguerrand regagna leur chambre, rangea rapidement leurs effets, puis revint auprès de Cyliana. Il s'aperçut alors inquiet que Girald n'était plus là.

- Où est Girald ?
- Il a payé l'aubergiste puis il est parti chercher les chevaux. Il nous attend dehors.

Enguerrand acquiesça rassuré. Ils sortirent aussitôt.

Girald les attendait effectivement devant l'entrée. Il était à cheval, Prima posé juste devant lui sur la selle. Enguerrand attacha son paquetage puis monta sur son cheval. Ils se dirigèrent sans plus tarder vers la sortie de la ville qui se réveillait petit à petit.
# Posté le lundi 19 juin 2006 17:49
Modifié le dimanche 20 mai 2007 05:00