- Ce n'est pas qu'elle ne veuille pas te le dire, mais elle ne sait pas comment s'y prendre. Elle a peur que tu la prennes pour un monstre...
Enguerrand s'efforça de garder un visage impassible et de contenir ses émotions, mais il ne trouva pas cela très convainquant.
- C'est si terrible que ça ? demanda-t-il anxieux.
- Je dois avouer que tout ce que j'ai appris quand tu as crée le lien est assez dur a digérer sur le coup. Mais Cyliana n'y est pour rien. Elle ne fait que subir. En réalité, c'est entièrement de notre faute ce qui lui arrive... Mais je ne peux rien te dire de plus, je le lui ai promis...
- Qu'est ce que tu as ? Tu sembles ailleurs...
- Rien ! Je repensais seulement à Korry. Il a beaucoup changé depuis la dernière fois que je l'ai vu... il semble plus serein.
Enguerrand fut persuadé qu'elle n'en croyait pas un mot, surtout à la façon dont elle fixa Kriar par la suite. Mais elle ne dit rien, ce qui rassura Enguerrand.
Peu après, ils reprirent la route. Cyliana remit alors une fois de plus sa capuche. Le trajet se déroula normalement. Les gens ne faisant généralement attention qu'au loup qui se promenait aux côtés des deux cavaliers.
Alors que le soir approchait, et qu'il y avait de moins en moins de monde sur la route, ils aperçurent au loin, une bande de voleurs qui s'en prenait à un petit groupe de voyageurs. Enguerrand demanda alors à Cyliana de rester en retrait pendant que lui et Kriar allaient s'en occuper.
Enguerrand lança son cheval au galop, tout en dégainant son épée. Kriar courait à ses côtés. Les bandits étaient au nombre de six. Quatre d'entre eux se préparèrent à livrer combat, pendant que les deux autres continuaient de dérober les affaires de valeur d'une jeune fille. Enguerrand sauta de cheval arrivé à hauteur de ses adversaires. Bien que plus nombreux, ils ne faisaient pas le poids. Enguerrand désarma d'une simple parade deux de ses adversaires qui prirent aussitôt la fuite. Kriar en immobilisa un autre, pendant qu'Enguerrand se battait avec le dernier. Il remarqua que celui-ci, contrairement aux autres, était doué à l'escrime et qu'il se défendait plutôt bien. Cependant, Enguerrand était meilleur. Il passa la garde de son adversaire et lui posa la pointe de son épée sous la gorge.
Mais le chef des brigands qui était resté auprès des victimes l'interpella. Enguerrand vit qu'il avait placé une dague sous la gorge de la jeune fille.
- Laisse le partir ! Sinon je la tue !
Enguerrand éloigna sa lame de la gorge de son adversaire qui rejoignit aussitôt le reste de la bande.
- Très bien ! Maintenant, tu vas nous laisser partir bien gentiment. Mais avant, envoie nous ton or, chevalier de pacotille !
- Dis-moi Kriar, je lui laisse une chance de se rendre ou pas ?
- Moi je serai toi je lui donnerai une chance.
- Et toi le sale clébard tu recule auprès de ton maître !
- Réflexion faîte, tu peux le tuer !
Avant qu'il ne tente quoi que ce soit, Enguerrand ressentit un grand pouvoir se réveiller derrière lui. Lorsqu'il se retourna, il vit Cyliana qui était descendue de cheval s'approcher. La magie qui émanait d'elle l'enveloppait, faisant virevolter sa cape, et tomber sa capuche, révélant ainsi son visage aux brigands qui n'en menaient pas large. Cyliana était comme dans un état second. Son visage était neutre, comme lorsqu'elle voulait cacher ses émotions, mais son regard était devenu terne. Elle s'arrêta à côté d'Enguerrand, le regard toujours posé sur le chef des brigands. Pendant quelques secondes, il ne se passa plus rien. Mais quand le chef commença à souffler, le regard de Cyliana se transforma. Devenant soudain attirant, hypnotisant...
Le brigand, qui tenait toujours la jeune fille en otage, ne put plus lâcher ce regard dans lequel il se noyait et s'enfonçait. Et plus il s'enfonçait, et plus la peur l'envahissait. Alors qu'il commençait à trembler, il sentit le couteau dans sa main commencer à bouger. Inquiet, il posa son regard dessus et s'aperçut qu'il commençait à grandir et à changer de forme. Horrifié, il le jeta loin de lui, mais le couteau continuait de se transformer et de grossir. Il ne fallut pas longtemps avant qu'il ne devienne un horrible monstre difforme. Apeuré, il vit le monstre s'approcher petit à petit de lui. Il s'enfuit alors à toute vitesse. Ces hommes ne tardèrent pas à l'imiter oubliant derrière eux leur précieux butin. Le monstre les poursuivant.
Lorsque tous les brigands se furent enfuis. Cyliana reprit peu à peu son état normal. Le flux magique qui l'entourait disparaissant petit à petit. Enguerrand s'approcha d'elle admiratif. Jamais il n'avait vu ce genre de magie. Il eut la certitude qu'elle n'était pas à la porté de tout le monde. Cyliana le regardait mal à l'aise, comme si elle avait peur qu'il ne le prenne mal.
- Eh bien ! À ce que je vois, il ne faut pas te mettre en colère ! Permet moi de te demander de me le rappeler si un jour je te tape sur les nerfs.
Cyliana rassurée par sa réaction sourit, mais elle remarqua le regard effaré des voyageurs qui fixaient la Marque sur son front. Elle comprit alors que sa capuche était tombée. Elle s'empressa de la remettre en place.
Enguerrand s'apercevant également la réaction des voyageurs, il s'approcha d'eux en leur faisant signe de se calmer.
- N'ayez pas peur, vous n'avez rien à craindre. Après tout, elle vient de vous sauver la vie.
Personne pourtant ne fut rassuré. La jeune fille s'approcha cependant prudemment de Cyliana, sous le regard désapprobateur d'un des jeunes hommes qui l'accompagnait.
- Je vous remercie de votre aide. Je vous dois la vie.
- Vous ne me devez rien du tout, je n'ai fait que mon devoir...
- Cependant, je vous en suis reconnaissante. Veuillez accepter cet humble présent je vous prie.
La jeune fille ramassa dans le sac que les bandits avaient oublié dans leur fuite, un magnifique pendentif. Elle s'approcha ensuite de Cyliana et voulut le lui passer autour du coup. Cyliana regarda le pendentif troublée. Elle baissa de nouveau sa capuche et se laissa faire. La jeune fille lui mit alors le pendentif puis recula un peu.
- Quand à vous chevalier, et vous noble loup. Je ne puis vous donner que des remerciements, mais sachez que je vous en suis tout aussi reconnaissante.
- Comme Cyliana, mon loup et moi-même n'avons effectué que notre devoir.
La jeune fille sourit.
- Bien, à présent, veuillez m'excuser mais nous devons reprendre notre route.
La jeune fille se dirigea alors vers son cheval après avoir récupéré ses affaires dans le sac des brigands. L'un des deux jeunes hommes qui l'accompagnait l'aida à monter à cheval. Après être monté sur le sien, il salua Cyliana et Enguerrand. Puis, sans plus de cérémonie, ils s'en allèrent.



