Chapitre Cinq, première partie.

Chapitre Cinq, première partie.
CHAPITRE 5





Peu de temps après qu'Enguerrand fut parti au village. Cyliana sortit se promener pieds nus dans la forêt, afin de se détendre un peu avant de reprendre la route. Elle appréhendait le voyage. Elle avait peur de tomber entre les mains d'un nouveau bourreau. Kriar eut beau la rassurer, elle n'arrivait pas à se sortir ses idées de la tête. Il lui proposa alors d'aller se baigner dans le lac. Au début, elle hésita, mais il lui assura que ça la détendrait, alors elle finit par se décider.

Arrivée face au lac, elle resta quelques instants à admirer le paysage. Cet endroit était si paisible. Il régnait ici un calme que Cyliana n'avait jamais connu. Ici, l'on aurait pu se croire loin de tout. Elle aurait presque pu oublier les problèmes qui l'attendaient, et cette incertitude qui pesait lourd sur ses épaules.

Elle s'assura qu'il n'y avait personne aux alentours, puis elle se déshabilla. Elle s'approcha ensuite du lac et y trempa un pied. Elle savoura la fraîcheur de l'eau, qui contrastait avec la moiteur de la matinée. Elle entra petit à petit dans l'eau, jusqu'à en avoir jusqu'au cou. Sur les conseils de Kriar, elle ferma les yeux, et écouta la nature qui l'entourait. Elle avait rarement ressenti une telle sérénité.

Au bout de ce qui lui parut n'être que quelques minutes, Kriar la prévint qu'Enguerrand était rentré, et qu'il les attendait à la maison. Surprise, elle ouvrit les yeux et lui demanda combien de temps elle avait passé dans l'eau. Kriar moqueur, lui apprit qu'elle y était restée presque deux heures. Étonnée, elle se dépêcha de sortir. Elle s'aperçut à ce moment là, qu'elle n'avait rien pour se sécher. Elle attendit donc un peu au soleil avant de se rhabiller. Puis elle retourna rapidement à la maison avec Kriar.

De retour à la maison, Enguerrand lui apprit qu'il avait récupéré son sac.

- Comment as-tu fait ? demanda-t-elle curieuse.
- Pour tout te dire, pas grand-chose. Ce sont deux des hommes du chasseur qui me l'ont donné.
» En fouillant ton sac, ils sont tombés sur la lettre de Hyamon où figurait le sceau Royal. Ils l'ont donc fait lire au notaire, et à ce moment là, ils ont compris qu'ils avaient commis une grosse erreur. Du coup, lorsqu'ils m'ont aperçu ce matin au village, ils me l'ont donné et m'ont demandé de te transmettre leurs excuses.
- S'ils croient que je vais leur pardonner après tout ce qu'ils ont fait ! s'indigna Cyliana.
- C'est ce que je leur ait dit. Mais il y a quelque chose qui a changé dans leur comportement depuis hier... Pour tout te dire, le village entier a changé. Aujourd'hui ils me regardaient terrorisés.
- Après ce que tu as fait, dit Cyliana amusée, c'est compréhensible... Mais toi aussi tu as changé depuis hier, n'est-ce pas ?

Enguerrand la regarda mal à l'aise, ce qui accentua son sourire. Elle en profita pour vérifier que rien ne manquait dans son sac. Lorsqu'elle trouva la lettre, elle la tendit aussitôt à Enguerrand.

- Tiens ! Pour que toi aussi tu n'ais plus aucun doute sur ma venue.

Enguerrand prit la lettre et la lut rapidement. Il reconnut immédiatement l'écriture de Hyamon. Ses derniers doutes furent alors balayés, ce qui le soulagea grandement. Il rendit la lettre à Cyliana qui la mis aussitôt en sécurité.

- Attend Cyliana, s'exclama Kriar, il peut encore s'imaginer que tu l'as falsifiée avant de venir ici !

Enguerrand fixa Kriar mécontent. Mais le loup fit celui qui n'avait rien vu. Cyliana sourit et caressa la tête de Kriar.

- Quelque chose me dit que tu ne dois pas t'ennuyer un instant avec un loup pareil !

Enguerrand, maintenant plus détendu, rendit son sourire à Cyliana.

- Je ne te le fais pas dire, c'est un vrai petit monstre. Au fait, viens voir ce que je t'ai achetée.

Elle s'approcha de la table et Enguerrand lui montra alors les vêtements de voyage qu'il lui avait achetés. Ils étaient discrets, afin de passer le plus inaperçu possible. Il lui expliqua que sa robe était trop différente de celles portées en Azurain, et qu'il était donc préférable de ne pas se faire remarquer. Ce que Cyliana accepta volontiers. Elle partit aussitôt se changer dans la chambre.

Enguerrand, pendant ce temps, préparait son paquetage. Vérifiant qu'il n'avait rien oublié. Puis il revêtit son uniforme de la Légion. Kriar, quand à lui, attendait patiemment que tout le monde fût prêt.

Quand Cyliana réapparut, Enguerrand remarqua que la tenue lui allait parfaitement. Et bien qu'il regretta sa robe - car elle lui allait à ravir -, il la trouva tout aussi sublime habillée ainsi. Il lui donna alors un couteau, et une cape munie d'une capuche semblable à la sienne. Il lui expliqua embarrassé, qu'il faudrait qu'elle mette la capuche lorsqu'ils seraient sur la route. Afin d'éviter que les voyageurs ne s'aperçoivent de la Marque sur son front. Cyliana acquiesça attristée.

Quand ils eurent une nouvelle fois vérifié qu'ils n'avaient rien oublié, ils se décidèrent enfin à partir. Cyliana avait revêtu la cape, sans toutefois mettre la capuche, mais Enguerrand savait qu'elle appréhendait le voyage. Il essaya de la rassurer, de lui dire que tout se passerait bien. Mais il sentait qu'elle n'était pas tout à fait convaincue.

Cyliana eux la surprise de s'apercevoir qu'Enguerrand lui avait également acheté un cheval. Elle ne sut comment le remercier, mais il lui assura que ce n'était rien.

Après avoir attaché tout le paquetage sur les chevaux, ils partirent enfin.

Pendant le reste de la matinée, ils traversèrent la forêt en direction de Sautour. Cyliana voulait tout connaître de la vie d'Enguerrand. Il la lui raconta volontiers, et Kriar se faisait un plaisir de rajouter quelques infos croustillantes sur la vie de son jeune maître.

Cyliana apprit par exemple, qu'Enguerrand avait reçu Kriar le jour de son entrée dans l'ordre des Sorciers. Elle apprit également que Kriar était un véritable loup qui avait été mêlé à la Magie, et que c'était lui qui avait choisi Enguerrand et non le contraire.

Quand Enguerrand voulut connaître à son tour la jeunesse de la Keltane, Cyliana se renfrogna. Pendant plusieurs minutes elle resta le regard fixé sur la crinière de son cheval. Quand elle sortit de ses pensées, ce fut pour lui dire qu'elle préférait ne pas en parler.

Enguerrand, qui n'était d'ordinaire pas très curieux, ne pouvait cette fois-ci s'empêcher de se poser toutes sortes de questions. Est-ce que toute son enfance avait été un véritable enfer ? Que lui était-il arrivé ? Qui était-elle ?

De toutes les questions qu'il se posait, c'était cette dernière qui l'occupait le plus. Il savait que Kriar connaissait pratiquement tout de sa vie maintenant qu'il était lié à elle. Il connaissait à présent la plupart de ses souvenirs et toutes ses pensées. Mais Enguerrand ne chercherait jamais à le savoir de cette façon, bien que ce fût extrêmement tentant. Et puis de toute façon, Kriar aurait refusé.

En début d'après-midi, ils s'arrêtèrent dans une petite clairière à côté de la route pour se restaurer. Ne parlant presque plus depuis l'incident. Il voyait bien que Cyliana était de plus en plus mal à l'aise, ne sachant pas comment réagir. Elle connaissait à présent une grande partie de la jeunesse d'Enguerrand, mais lui, ne savait rien d'elle.
# Posté le lundi 24 avril 2006 13:01
Modifié le mardi 12 juin 2007 09:31

Chapitre Cinq, deuxième partie.

Chapitre Cinq, deuxième partie.
Alors qu'ils reprenaient la route, elle se décida à parler :

- Comme tu as certainement pu le remarquer lorsque tu étais dans mon esprit... Mes parents m'ont rejetée lorsque j'avais cinq ans, car j'avais en moi... certaines capacités qui sont mal vues chez les miens. J'ai alors été recueillie dans un lieu où sont regroupées toutes les personnes comme moi... (Cyliana baissa les yeux et fixa une fois de plus la crinière de son cheval.) J'ai alors passé six ans à apprendre à maîtriser ces... capacités.
» Je n'ai appris qu'à l'âge de onze ans, juste après avoir terminé mon apprentissage, que j'avais un frère de trois ans mon cadet... Aussitôt, j'ai essayé de le voir malgré les avertissements des autres... Mais quand je l'ai vu, et que je lui ai révélé qui j'étais... Il m'a tout de suite acceptée. (Cyliana pleurait à présent, elle détourna la tête, afin qu'Enguerrand ne puisse le voir.) Il est même devenu mon... ami. Mais peu de temps après, mes parents nous ont surpris, et m'ont formellement interdit de le revoir... De toute façon, je n'en aurais pas eu le temps...

Cyliana, après avoir essuyé ses larmes, regarda Enguerrand.

- Je suis désolée, mais je ne peux pas t'en dire plus...
- Et je ne te le demande pas, assura Enguerrand, peut-être que plus tard tu pourras... mais cela ne presse pas.
- Je te promets de tout te dire une fois arrivés à Sautour, car arrivés là-bas, nos chemins devront se séparer.

Enguerrand ne répondit pas. Une intuition lui assurait qu'ils ne se quitteraient pas de si tôt, et ses intuitions étaient rarement fausses...

Peu de temps après, ils débouchèrent sur la voie Royale menant à Sautour. Cyliana dût alors mettre sa capuche. Ils discutaient à présent grâce au lien de Kriar pour n'être entendus de personne. Ainsi, le voyage se déroula paisiblement le reste de l'après-midi. Enguerrand préférait, quand c'était possible, contourner les villes et les villages qui se trouvaient sur leur chemin, afin d'éviter d'attirer les regards.

Le soir, il décida cependant de s'arrêter dans une auberge. Il paya un garçon d'écurie pour qu'il s'occupe des chevaux. Puis il prit son sac et Cyliana fit de même. Quand ils entrèrent dans l'auberge, la salle se fit silencieuse en apercevant Enguerrand et Kriar. Bien qu'ils aient l'habitude de voir toutes sortes d'animaux avec les Sorciers, ils étaient surpris de voir un loup avec un chevalier de la Légion. Cyliana quand à elle, se cacha du mieux qu'elle put derrière Enguerrand.

Lorsque l'aubergiste les aperçut, il s'approcha rapidement et les salua.

- Bienvenue à l'auberge du grand Azral. Désirez-vous manger ?
- Nous voudrions une chambre, et si possible y manger.
- Vous ne préférez pas plutôt manger ici ? Ce serait plus confortable...
- Non. Nous préférons être au calme, insista Enguerrand, nous avons eu une longue journée...

L'aubergiste ne paraissait pas être tout à fait d'accord. Il fixa quelques secondes le blason sur la cotte d'Enguerrand.

- Très bien... souffla-t-il, suivez-moi.

Enguerrand fut ravi que l'aubergiste ne résiste pas plus. Il voulait rester le moins longtemps possible dans la grande salle, car quelqu'un pouvait apercevoir à tout instant la Marque de Cyliana.

Ils se dirigèrent vers l'escalier qui se trouvait à côté du comptoir. Il remarqua que les regards étaient maintenant en majorité fixés sur Cyliana. Une personne gardant sa capuche dans une salle était forcément suspecte. Enguerrand se douta que sans son uniforme et sans Kriar, l'aubergiste aurait ordonné que Cyliana abaisse sa capuche. Heureusement, il s'en était abstenu...

Arrivés au premier étage, l'aubergiste les conduisit le long du couloir jusqu'à la chambre du fond. Une fois à l'intérieur, il ferma la porte et se campa face à Cyliana et Enguerrand.

- Je ne l'ai pas demandé en bas pour ne pas attirer encore plus l'attention. Mais maintenant, je vous demande de bien vouloir baisser votre capuche, que je puisse voir qui vous êtes. Je ne veux pas d'embêtements dans mon auberge.

Cyliana se crispa, ne sachant que faire. Elle regarda Enguerrand attendant un signe de sa part.

Enguerrand quand à lui, fixait l'aubergiste. Après l'avoir jaugé, il se décida.

- Cyliana, enlève ta capuche...

Elle mit quelques secondes à réagir. Inquiète, elle enleva sa capuche. Aussitôt, un juron sortit des lèvres de l'aubergiste.

- Je ne veux pas de problèmes moi, je ne veux rien avoir affaire avec les Keltans !
- Vous n'aurez aucun problème, expliqua calmement Enguerrand, si personne n'apprend qu'il y a une Keltane ici ! Par contre, si vous le dites à qui que ce soit, vous aurez affaire au Roi...

L'aubergiste marmonna quelques mots.

- Ce ne sont pas mes affaires. Du moment que vous ne faites rien, moi ça me va.
- Alors tout va bien ! s'exclama Enguerrand.
- Je vais vous cherchez de quoi vous restaurer.

L'aubergiste sortit rapidement. Cyliana n'était pas très rassurée.

- Tu ne penses pas qu'il va aller prévenir tout le monde ?
- Ne t'inquiète pas, Kriar le surveille de près.
- Et s'il veut tenter quelque chose, il le regrettera amèrement avant même d'avoir pu faire quoi que ce soit !

Cyliana fut un peu rassurée par cette nouvelle. Elle décida alors d'enlever sa cape et de s'asseoir sur le lit en attendant que le repas arrive.

Quelques minutes plus tard, l'aubergiste revint avec les assiettes. Il en donna une à Cyliana qui le remercia, puis l'autre à Enguerrand. Il avait même amené de la viande pour Kriar. Puis il se retourna vers Cyliana qui était de nouveau tendue. Il la regarda pensif, toute crainte avait disparu de son visage.

- On m'a toujours dit qu'il fallait se méfier des Keltans, car ils n'hésitent pas à vous poignarder dans le dos... Pourtant, vous ne semblez pas si différente des Elfes de ShamLadriss. À part la couleur des cheveux, et bien sûr cette Marque...
- Nous avons les mêmes origines... ce n'est que plus tard, que nous avons pris des chemins différents...

L'aubergiste observa Cyliana encore quelques instants avant de donner son verdict.

- Les Keltans sont peut être des monstres, comme semblent le dire les autres, mais dans ce cas, vous êtes l'exception qui confirme la règle.

Cyliana se sentit un peu plus à l'aise, l'aubergiste s'en aperçut aussitôt.

- Demain, continua-t-il, il serait avisé de partir de bonne heure. Pendant que le village est encore endormi.
- C'est ce qui était prévu, merci.
- Bien, je vous apporterai le petit déjeuner de bonne heure, comme ça vous ne perdrez pas de temps. Sur ce, passez une bonne nuit.

L'aubergiste s'en alla aussitôt, les laissant enfin seuls. Kriar se jeta aussitôt sur la nourriture, affamé qu'il était d'avoir gambadé toute la journée. Cyliana profita elle aussi du repas qui lui permit de décompresser. Dès qu'ils eurent fini de manger, ils ne tardèrent pas à se coucher. Le lendemain, ils auraient encore une longue journée devant eux.
# Posté le lundi 24 avril 2006 13:28
Modifié le vendredi 22 juin 2007 05:13

Chapitre Cinq, troisième partie.

Chapitre Cinq, troisième partie.
Enguerrand se réveilla une heure avant l'aube. Presque aussitôt, quelqu'un frappa discrètement à la porte, réveillant Cyliana en sursaut. Enguerrand mit sa ceinture où était attaché le fourreau de son épée. Il entrebâilla ensuite la porte pour voir qui venait de frapper. Lorsqu'il reconnu l'aubergiste, il le laissa entrer. Il apportait de quoi manger pour tout le monde, ce qui fit grand plaisir à Kriar.

- Je vais faire préparer vos montures. Je viendrai vous prévenir quand tout sera prêt.
- Très bien, nous n'allons pas tarder.

L'aubergiste s'éclipsa et tous mangèrent rapidement.

Quand ils eurent fini leur repas, Cyliana et Enguerrand rangèrent les quelques affaires qu'ils avaient sorties, pendant que Kriar patientait dans son coin. Alors qu'ils venaient de terminer, on frappa de nouveau à la porte. Kriar annonça que c'était encore l'aubergiste. Enguerrand le fit aussitôt entrer. Il leur annonça que tout était prêt et qu'ils pouvaient partir.

Enguerrand prit alors leurs paquetages. Ils se dirigèrent le plus discrètement possible vers le rez-de-chaussée. Cyliana avait remis la capuche sur son visage, au cas où ils feraient une rencontre importune. Heureusement, tout le bâtiment était silencieux. Mais il ne faudrait pas attendre longtemps avant que cela ne change.

Arrivés au rez-de-chaussée, Enguerrand paya l'aubergiste tout en lui donnant un bon pourboire pour le remercier de sa discrétion.

Puis ils sortirent et trouvèrent leurs chevaux qui les attendaient. Le garçon d'écurie les surveillait, le regard encore embué de sommeil. Cyliana attendit qu'Enguerrand lui ait donné une pièce et qu'il soit parti pour avancer vers son cheval. Puis ils reprirent sans tarder la route.

Déjà, de l'agitation se faisait sentir. Principalement à la boulangerie qui ouvrait ses portes, et où les premiers acheteurs entraient sans trop prêter attention aux voyageurs. Ce qui bien sûr, n'était pas pour déplaire à Enguerrand. Ils sortirent rapidement du village sans avoir rencontré le moindre problème et ils continuèrent tranquillement leur voyage en direction de Sautour.

Cependant, en milieu de matinée, ils furent obligés de traverser la grande ville de Tréam car il leur fallait traverser le fleuve Déavis. Le pont le plus proche en dehors de la ville étant à plus de dix lieux, cela faisait un trop grand détour.

Sentant que Cyliana était nerveuse, Enguerrand décida de faire une halte avant de traverser la ville. Il comprenait aisément sa peur après ce qu'elle avait enduré dans un simple village, elle redoutait ce qui pouvait lui arriver dans une aussi grande ville... Ils s'installèrent en retrait de la voie Royale pour être au calme. Cyliana put alors enlever sa capuche.

- Ne t'inquiète pas, Kriar et moi te protégerons ! Et puis tu as la preuve que tu es venue ici sur invitation du Sorcier Royal. Ils n'oseront pas se mesurer à un chevalier de la Légion en mission.
- Ça ne les a pourtant pas arrêtés la dernière fois...

Enguerrand fut mal à l'aise, mais il se rattrapa vite.

- Je sais bien. Mais je suis persuadé qu'il y avait autre chose. Tout ce passera bien cette fois-ci, je t'en fais la promesse !
- Et puis s'ils décident de faire quelque chose, on les en empêchera ne t'inquiète pas !
- Merci... dit-elle reconnaissante. Je suis prête, allons-y. Plus vite nous aurons traversé cette ville, mieux cela sera.

Ils remontèrent à cheval. Cyliana en profita pour remettre sa capuche. Enguerrand remarqua qu'il y avait énormément de monde dans les rues. Il réalisa alors qu'ils ne pouvaient pas plus mal tomber. Tréam était en fête. Toute la ville était sortie et se promenait.

Une compagnie d'artistes était installée sur la grande place attirant les habitants curieux. Enguerrand essayait d'éviter la foule, mais c'était quasiment impossible. Le seul point positif dans tout cela, était que peu de monde s'intéressait à eux. Tous regardaient une jeune fille gracieuse se mouvoir sur la musique, que jouait un homme d'apparence frêle, et deux jeunes filles. L'homme était tellement pris par la musique, qu'il dansait lui aussi, faisant rire les jeunes filles ainsi que la foule. Soudain, Enguerrand entendit la voie de Cyliana inquiète.

- Il y a un autre Keltan dans les parages !
- Comment le sais-tu ? demanda-t-il intrigué.
- J'ai la capacité de... ressentir la présence des gens autour de moi... Mais je peux également les différencier, et bien qu'il y ait énormément de monde ici, j'ai remarqué qu'il y en avait un qui était différent...
- Tu sais ce qu'il peut bien faire ici ?
- Je n'en ai pas la moindre idée... Mais en tout cas il se sent bien où il est...
- Parce que tu peux aussi savoir ça ! s'exclama Enguerrand surpris.
- Oui, je ressens les émotions les plus simples. Telles que la joie, la haine, la peur...

Cette révélation mit Enguerrand mal à l'aise.

- Là par exemple, elle ressent que ce qu'elle vient de te dire t'a mis mal à l'aise.
- Merci Kriar, pas la peine d'en rajouter...

Soudain, alors qu'ils arrivaient enfin de l'autre côté de la place. Un enfant se mit à détailler Kriar, puis se fut au tour d'Enguerrand et enfin de Cyliana. L'enfant fixa cette dernière. Lorsqu'il entraperçut la Marque sur son front, son visage se déforma petit à petit. Heureusement, Kriar s'en aperçut.

- Si tu dis un seul mot, je me ferais un plaisir de te manger tout cru...

Le pauvre malheureux ne put s'empêcher de pleurer. Ses parents pensèrent alors qu'il pleurait car il ne pouvait pas voir la danse. Son père le prit alors sur ses épaules, ce qui le calma un peu. Mais pas pour les mêmes raisons.

- Tu peux plus rien contre moi vilain loup !

Sa mère, intriguée, se retourna et aperçut un loup qui s'éloignait aux côtés de deux cavaliers. Cela ne l'inquiéta pas plus que ça, et elle reporta son attention sur le spectacle.
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# Posté le lundi 24 avril 2006 13:53
Modifié le vendredi 22 juin 2007 07:26

Chapitre Cinq, quatrième partie.

Chapitre Cinq, quatrième partie.
Après ce petit problème, Enguerrand et Cyliana soufflèrent de soulagement. Mais à peine se furent-ils remis de leurs émotions, qu'un petit groupe de personnes s'approcha d'eux. A leur tête, se trouvait une femme dont émanait une grande assurance. À ses côtés, avançait un homme revêtu d'une cape, le visage caché par une capuche. Légèrement en retrait, de chaque côté, se tenaient deux hommes en armes. Comme des gardes du corps, l'air sévère, scrutant les alentours. L'un d'eux, était familier à Enguerrand, mais il n'arrivait pas à se souvenir pourquoi. Arrivé à leur niveau, le groupe se posta devant eux, les empêchant d'aller plus loin. Enguerrand eut la mauvaise sensation que la femme était une Magicienne, Kriar lui aussi l'avait senti...

- L'homme à la cape, c'est le Keltan ! s'exclama Cyliana.
- Tu es sûre ?
- Oui.
- Tu penses que lui aussi a pu te repérer ?
- Je ne pense pas, mais ce n'est pas impossible...

La femme posa son regard sur Cyliana, puis sur Enguerrand.

- Que fait un soldat de la Légion accompagné d'une Keltane ?
- Ce sont mes affaires, et cela ne vous regarde pas !
- Oh mais ce n'est pas que je veuille me mêler de vos affaires, mais par les moustaches de mon chat, j'aimerai bien le savoir !

A la stupeur d'Enguerrand, mais aussi de Cyliana, le Keltan s'avança tout en enlevant sa capuche. Mettant ainsi son visage à jour et révélant la Marque sur son front. Le Keltan avait une drôle d'allure. Il avait les cheveux assez courts et tout ébouriffés, son regard vif allait partout. Ses vêtements étaient tout aussi étranges que lui. Ils pouvaient pendant un instant, vous paraître de toutes les couleurs, et l'instant d'après, être du noir le plus profond. Jamais Enguerrand n'avait vu un tel Keltan.

- N'ayez pas peur, nous ne vous voulons aucun mal. Nous sommes seulement curieux de connaître les raisons de votre présence si loin des frontières.

La femme ne lâchait pas Enguerrand de son regard inquisiteur.

Cependant, Enguerrand n'y faisait pas attention. Il était stupéfait. Autour de lui, rien n'avait changé. Personne ne faisait attention à eux. Le bruit de la foule s'était tu. Seul, leur provenait la musique entêtante de l'homme frêle qui était lui aussi Magicien. Enguerrand comprit que l'homme avait lancé un sort qu'il continuait d'alimenter. Ainsi, ils pouvaient discuter sans qu'ils ne soient gênés par la foule. Et tout ça, sans qu'Enguerrand ni Kriar ne s'en aperçoivent...

Cyliana baissa alors sa capuche, révélant un visage impassible et ferme. Prête à toutes les éventualités.

- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle autoritaire.

La femme fixa alors son regard dans celui de Cyliana. Enguerrand y vit de la stupéfaction, et même un brin d'inquiétude, mais elle se rattrapa vite.

- Je m'appelle Derbite et voici Dan'Deniel. Le musicien se prénomme Rénartros, il est mon second. Nous ne sommes qu'une humble compagnie d'artistes... Mais je dois vous avouer, que lorsque nous croisons des personnes qui ne devraient pas se trouver là, nous intervenons pour connaître leurs intentions...
- Et s'ils n'ont pas les réponses qui vous conviennent que faites-vous ?

Ce furent les gardes du corps qui répondirent cette fois-ci.

- Nous prenons les affaires en main...
- Et les problèmes disparaissent aussitôt !
- N'écoutez pas Korry et Eels. Ils ne sont pas méchants. Ils exécutent seulement mes ordres. Et cela est très rarement aussi dramatique.

Enguerrand fixa le soldat que la femme avait nommé Korry. Depuis le début, il lui avait rappelé un de ses vieux amis, mais il pensait se tromper, il avait tellement changé... Cyliana le regardait à présent curieuse.

Puis soudain, en croisant son regard, il fut certain de ne pas se tromper.

- Korry ? Korry Jonishtar ? C'est bien toi ?

Le soldat parut étonné d'entendre son nom. Il fixa Enguerrand avec incrédulité, puis son regard se transforma en incrédulité totale. Il passait d'Enguerrand à Cyliana et de Cyliana à Enguerrand.

- C'est vous capitaine ? Je pensais m'être trompé... Vous en compagnie d'une Keltane, cela me semblait impossible !

Enguerrand en oublia aussitôt Derbite. Il descendit de cheval, et s'approcha de Korry toujours incrédule. Les deux hommes se prirent dans les bras heureux de se retrouver.

- Cyliana, je te présente Korry Jonishtar ! Il a fait son service avec moi il y a quelques années. Tu te souviens ? Je t'en ai parlé.

Cyliana se souvenait effectivement de ce que lui avait dit Enguerrand à propos de Korry. Ils avaient fait leur service dans la Légion ensemble, et après qu'Enguerrand eut atteint le grade de capitaine, Korry avait servi sous ses ordres pendant un an. Il avait quitté la Légion après une mission manquée qui l'avait beaucoup éprouvé. Enguerrand n'avait pas voulu lui dire ce qu'était cette mission, mais elle avait pu ressentir de la peine à ce moment là...

- Que... Tu lui as dit pour moi ?
- Je lui ai simplement dit qui tu étais rien de plus.

Korry était de plus en plus perplexe. Il jeta un regard suspicieux à Cyliana qui ne s'en offusqua pas. Tout du moins en apparence. Puis il se retourna vers Derbite.

- Est-il possible de savoir s'il est ensorcelé par cette Keltane ?
- Pourquoi ?
- Parce que le Enguerrand que je connaissais n'aurai jamais eu pour ami un Keltan !
- Bien, dans ce cas, je vais m'en assurer tout de suite !

Derbite regarda Rénartros, et celui-ci commença aussitôt un nouvel air avec son instrument. Enguerrand, qui comprit qu'il ne servirait à rien de tenter de se justifier, se laissa faire. Il sentit s'infiltrer en lui une force douce et apaisante. Cela ressemblait étrangement au contact de Kriar, mais en moins puissant. Kriar quand à lui, surveillait cette magie sans toutefois l'arrêter. Du moins, tant que celle-ci ne ferait pas plus qu'observer. La magie se dirigea ensuite vers le lien de Kriar et le remonta, mais elle ne put aller plus loin.

- Laisse le continuer sa recherche, sinon nous prendrons cela pour un signe de culpabilité... prévint Derbite.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut le demander, mais à Kriar... Ce n'est plus mon esprit que votre ami cherche à fouiller, mais le sien...

Derbite regarda alors Kriar. Cyliana et Enguerrand observèrent en silence l'affrontement muet qu'ils se livrèrent. À la fin, le loup sembla satisfait.
# Posté le lundi 24 avril 2006 17:21
Modifié le lundi 30 avril 2007 21:25

Chapitre Cinq, cinquième partie.

Chapitre Cinq, cinquième partie.
- Puisqu'il semblerait qu'il ne soit pas ensorcelé, il s'agit maintenant de connaître les raisons d'un tel changement.
- Les raisons sont très simples, et ne regarde que moi ! affirma Enguerrand.
- Très bien, mais nous aimerions tout de même les connaître, et surtout, savoir ou vous allez...

Cyliana, qui n'était plus intervenue depuis qu'Enguerrand lui avait présenté Korry prit alors la parole.

- Il m'accompagne à Sautour pour rencontrer le Sorcier Royal, afin que je puisse m'entretenir avec lui. S'il a décidé de m'accompagner, c'est seulement pour m'éviter d'autres... désagréments...
- Avez-vous une preuve de ce que vous annoncez ?
- J'en ai une, mais avant je souhaiterai savoir ce que fait un Keltan ici avec cette troupe.
- Je n'ai aucune raison de vous répondre ! s'indigna le Keltan.
- À moi si ! Et j'attends une réponse !

Le ton de Cyliana inquiéta Enguerrand. Il y avait de l'autorité dans sa voix mais également une mise en garde...

Le Keltan baissa les yeux.

- J'étais éclaireur dans notre armée. La compagnie Delatéhel m'a accueilli lorsque j'ai déserté mon unité. Je ne voulais plus avoir à faire avec cette guerre insensée ! Depuis, je travaille ici. Si vous voulez tout savoir, c'est pareil pour Korry, nous l'avons rencontré un jour alors qu'il errait sans but et l'âme sombre. Derbite et Rénartros l'ont recueilli dans leur compagnie, tout comme moi.
» Si vous regardez bien, tous les membres de la compagnie ont un triste passé... Les deux jeunes filles avec Rénartros ont perdu leurs parents lors d'une razzia Keltane. Une chance pour elles, ce jour là elles étaient parties se promener...
» Voila, j'ai répondu à votre question. Maintenant, montrez-nous votre preuve.

Cyliana, satisfaite de la réponse, ouvrit tranquillement son sac et tendit la lettre à Dan'Deniel qui la donna aussitôt à Derbite. Elle lu la lettre une première fois, puis une seconde fois en lançant un sort. Enfin sûre de sa véracité, elle la rendit à Cyliana.

- Normalement vous n'auriez pas du être accompagnée par deux de vos disciples ?

Cyliana hésita, lançant un regard inquiet à Enguerrand avant de répondre.

- Nous sommes tombées dans une embuscade, elles sont mortes à ce moment là. Quand à moi, je serai également morte si Enguerrand n'était pas intervenu.
- Eh bien, on peut remercier les esprits qu'Enguerrand vous ait secouru. Sans lui votre pe...
- Oui ! Je sais ! Mais ça va, je n'ai rien ! s'exclama Cyliana, terrorisée.

Enguerrand fut surpris par la précipitation avec laquelle Cyliana avait interrompu Derbite. Il comprit, comme Derbite, que si elle avait réagi ainsi, c'était pour qu'il ne sache pas qui elle était et ce qu'elle devait faire.

Korry profita du silence qui s'était installé pour s'approcher de Cyliana.

- Je suis désolé pour tout à l'heure. Je n'ai rien contre les Keltans en général, mais c'est que comme Enguerrand...

Korry s'arrêta net, ne sachant comment continuer.

- Détestait les Keltans ? Vous pouvez le dire vous savez.
- Euh... oui voila il détestait les Keltans... Alors quand j'ai vu qu'il ne vous manifestait aucune hostilité, et qu'il vous avait même parlé de lui, j'ai trouvé ça suspect.

Il baissa les yeux gêné.

- Je vous comprends parfaitement. Si j'avais été à votre place, j'aurai réagi de la même façon. Ne vous en faites pas.

Korry fut soulagé. Il se permit même d'adresser un sourire à Cyliana. Puis Derbite reprit la parole.

- Bien ! Nous allons vous laisser passer. Pour plus de sûreté, Rénartros maintiendra son sort sur vous jusqu'à ce que vous quittiez Tréam. (Derbite se tourna vers Enguerrand.) Puis-je vous demander de souhaiter le bonjour de ma part à Hyamon ?
- Vous connaissez Hyamon ? demanda Enguerrand curieux.
- Oui, nous sommes de vieux amis. C'est d'ailleurs lui qui m'a demandé de surveiller les intrus.
- J'aurais dû me douter qu'il serait derrière tout ça.

Derbite sourit et s'approcha d'Enguerrand.

- Je suis sûre, que lui aussi sera très intéressé d'apprendre le changement de son fils adoptif envers les Keltans...

Cyliana sursauta. Ainsi Enguerrand avait été adopté par Hyamon. Voilà ce qui expliquait la familiarité dont il témoignait envers le Sorcier. Mais elle se demanda pourquoi il ne le lui avait pas dit. Elle avait remarqué qu'il prenait soin de ne pas révéler l'identité de son père adoptif. Cependant, elle était loin de se douter qu'il s'agissait du Sorcier Royal en personne.

Enguerrand, quand à lui, ne s'étonna pas. Beaucoup de monde savait que Hyamon l'avait adopté. Comme beaucoup de monde connaissait sa haine pour les Keltans...

Avant de remonter à cheval, il salua Korry. Il salua ensuite le reste de la petite troupe.

Alors qu'ils s'apprêtaient à repartir, Derbite interpella Cyliana.

- Dites à Hyamon, que je me tiens prête s'il a besoin de moi. Et souvenez vous qu'en cas de besoin lors de votre future mission, la Compagnie Delatéhel sera toujours prête à vous venir en aide...

Derbite mit alors un genou à terre, imitée aussitôt par Dan'Deniel, Korry et Eels. Cyliana tenta de les interrompre, mais en vain. Ils récitèrent l'un après l'autre le même serment.

- Je jure, de vous aider, et de vous protéger de ma vie s'il le faut, et cela quoi qu'il arrive !

Enguerrand fut stupéfait. Les nombreuses questions qu'il se posait sur Cyliana refirent surface. De nouvelles questions s'ajoutant aux premières. Qui était réellement Cyliana ? Quelle mission Hyamon allait-il lui confier qui vaille la peine de lui prêter serment ? Enguerrand sentait qu'il approchait de plus en plus des ses secrets et cela commençait à l'inquiéter.

Cyliana lui jeta un coup d'½il mal à l'aise avant de répondre.

- Je vous remercie, mais nous devons partir à présent. Nous avons déjà perdu assez de temps.

Derbite acquiesça, les laissant alors partir en leur souhaitant un bon voyage. Grâce au sortilège de Rénartros, qui jouait toujours sans montrer le moindre signe de fatigue, ils purent sortir rapidement de la ville. La foule semblait s'écarter d'eux dès qu'ils approchaient. A peine furent-ils sortis de Tréam, que le brouhaha de la foule retentit à nouveau, brisant la musique apaisante du sort de Rénartros.
# Posté le lundi 24 avril 2006 17:28
Modifié le lundi 30 avril 2007 21:15