Peu de temps après qu'Enguerrand fut parti au village. Cyliana sortit se promener pieds nus dans la forêt, afin de se détendre un peu avant de reprendre la route. Elle appréhendait le voyage. Elle avait peur de tomber entre les mains d'un nouveau bourreau. Kriar eut beau la rassurer, elle n'arrivait pas à se sortir ses idées de la tête. Il lui proposa alors d'aller se baigner dans le lac. Au début, elle hésita, mais il lui assura que ça la détendrait, alors elle finit par se décider.
Arrivée face au lac, elle resta quelques instants à admirer le paysage. Cet endroit était si paisible. Il régnait ici un calme que Cyliana n'avait jamais connu. Ici, l'on aurait pu se croire loin de tout. Elle aurait presque pu oublier les problèmes qui l'attendaient, et cette incertitude qui pesait lourd sur ses épaules.
Elle s'assura qu'il n'y avait personne aux alentours, puis elle se déshabilla. Elle s'approcha ensuite du lac et y trempa un pied. Elle savoura la fraîcheur de l'eau, qui contrastait avec la moiteur de la matinée. Elle entra petit à petit dans l'eau, jusqu'à en avoir jusqu'au cou. Sur les conseils de Kriar, elle ferma les yeux, et écouta la nature qui l'entourait. Elle avait rarement ressenti une telle sérénité.
Au bout de ce qui lui parut n'être que quelques minutes, Kriar la prévint qu'Enguerrand était rentré, et qu'il les attendait à la maison. Surprise, elle ouvrit les yeux et lui demanda combien de temps elle avait passé dans l'eau. Kriar moqueur, lui apprit qu'elle y était restée presque deux heures. Étonnée, elle se dépêcha de sortir. Elle s'aperçut à ce moment là, qu'elle n'avait rien pour se sécher. Elle attendit donc un peu au soleil avant de se rhabiller. Puis elle retourna rapidement à la maison avec Kriar.
De retour à la maison, Enguerrand lui apprit qu'il avait récupéré son sac.
- Comment as-tu fait ? demanda-t-elle curieuse.
- Pour tout te dire, pas grand-chose. Ce sont deux des hommes du chasseur qui me l'ont donné.
» En fouillant ton sac, ils sont tombés sur la lettre de Hyamon où figurait le sceau Royal. Ils l'ont donc fait lire au notaire, et à ce moment là, ils ont compris qu'ils avaient commis une grosse erreur. Du coup, lorsqu'ils m'ont aperçu ce matin au village, ils me l'ont donné et m'ont demandé de te transmettre leurs excuses.
- S'ils croient que je vais leur pardonner après tout ce qu'ils ont fait ! s'indigna Cyliana.
- C'est ce que je leur ait dit. Mais il y a quelque chose qui a changé dans leur comportement depuis hier... Pour tout te dire, le village entier a changé. Aujourd'hui ils me regardaient terrorisés.
- Après ce que tu as fait, dit Cyliana amusée, c'est compréhensible... Mais toi aussi tu as changé depuis hier, n'est-ce pas ?
Enguerrand la regarda mal à l'aise, ce qui accentua son sourire. Elle en profita pour vérifier que rien ne manquait dans son sac. Lorsqu'elle trouva la lettre, elle la tendit aussitôt à Enguerrand.
- Tiens ! Pour que toi aussi tu n'ais plus aucun doute sur ma venue.
Enguerrand prit la lettre et la lut rapidement. Il reconnut immédiatement l'écriture de Hyamon. Ses derniers doutes furent alors balayés, ce qui le soulagea grandement. Il rendit la lettre à Cyliana qui la mis aussitôt en sécurité.
- Attend Cyliana, s'exclama Kriar, il peut encore s'imaginer que tu l'as falsifiée avant de venir ici !
Enguerrand fixa Kriar mécontent. Mais le loup fit celui qui n'avait rien vu. Cyliana sourit et caressa la tête de Kriar.
- Quelque chose me dit que tu ne dois pas t'ennuyer un instant avec un loup pareil !
Enguerrand, maintenant plus détendu, rendit son sourire à Cyliana.
- Je ne te le fais pas dire, c'est un vrai petit monstre. Au fait, viens voir ce que je t'ai achetée.
Elle s'approcha de la table et Enguerrand lui montra alors les vêtements de voyage qu'il lui avait achetés. Ils étaient discrets, afin de passer le plus inaperçu possible. Il lui expliqua que sa robe était trop différente de celles portées en Azurain, et qu'il était donc préférable de ne pas se faire remarquer. Ce que Cyliana accepta volontiers. Elle partit aussitôt se changer dans la chambre.
Enguerrand, pendant ce temps, préparait son paquetage. Vérifiant qu'il n'avait rien oublié. Puis il revêtit son uniforme de la Légion. Kriar, quand à lui, attendait patiemment que tout le monde fût prêt.
Quand Cyliana réapparut, Enguerrand remarqua que la tenue lui allait parfaitement. Et bien qu'il regretta sa robe - car elle lui allait à ravir -, il la trouva tout aussi sublime habillée ainsi. Il lui donna alors un couteau, et une cape munie d'une capuche semblable à la sienne. Il lui expliqua embarrassé, qu'il faudrait qu'elle mette la capuche lorsqu'ils seraient sur la route. Afin d'éviter que les voyageurs ne s'aperçoivent de la Marque sur son front. Cyliana acquiesça attristée.
Quand ils eurent une nouvelle fois vérifié qu'ils n'avaient rien oublié, ils se décidèrent enfin à partir. Cyliana avait revêtu la cape, sans toutefois mettre la capuche, mais Enguerrand savait qu'elle appréhendait le voyage. Il essaya de la rassurer, de lui dire que tout se passerait bien. Mais il sentait qu'elle n'était pas tout à fait convaincue.
Cyliana eux la surprise de s'apercevoir qu'Enguerrand lui avait également acheté un cheval. Elle ne sut comment le remercier, mais il lui assura que ce n'était rien.
Après avoir attaché tout le paquetage sur les chevaux, ils partirent enfin.
Pendant le reste de la matinée, ils traversèrent la forêt en direction de Sautour. Cyliana voulait tout connaître de la vie d'Enguerrand. Il la lui raconta volontiers, et Kriar se faisait un plaisir de rajouter quelques infos croustillantes sur la vie de son jeune maître.
Cyliana apprit par exemple, qu'Enguerrand avait reçu Kriar le jour de son entrée dans l'ordre des Sorciers. Elle apprit également que Kriar était un véritable loup qui avait été mêlé à la Magie, et que c'était lui qui avait choisi Enguerrand et non le contraire.
Quand Enguerrand voulut connaître à son tour la jeunesse de la Keltane, Cyliana se renfrogna. Pendant plusieurs minutes elle resta le regard fixé sur la crinière de son cheval. Quand elle sortit de ses pensées, ce fut pour lui dire qu'elle préférait ne pas en parler.
Enguerrand, qui n'était d'ordinaire pas très curieux, ne pouvait cette fois-ci s'empêcher de se poser toutes sortes de questions. Est-ce que toute son enfance avait été un véritable enfer ? Que lui était-il arrivé ? Qui était-elle ?
De toutes les questions qu'il se posait, c'était cette dernière qui l'occupait le plus. Il savait que Kriar connaissait pratiquement tout de sa vie maintenant qu'il était lié à elle. Il connaissait à présent la plupart de ses souvenirs et toutes ses pensées. Mais Enguerrand ne chercherait jamais à le savoir de cette façon, bien que ce fût extrêmement tentant. Et puis de toute façon, Kriar aurait refusé.
En début d'après-midi, ils s'arrêtèrent dans une petite clairière à côté de la route pour se restaurer. Ne parlant presque plus depuis l'incident. Il voyait bien que Cyliana était de plus en plus mal à l'aise, ne sachant pas comment réagir. Elle connaissait à présent une grande partie de la jeunesse d'Enguerrand, mais lui, ne savait rien d'elle.




