Chapitre Trois, quatrième partie.

Chapitre Trois, quatrième partie.
- Ne t'inquiète pas, fit il amusé, tu peux boire sans problème. Tu ne deviendras pas folle. Je te le promets. Mais à condition, bien sûr, de ne pas en boire trop.
- C'est-à-dire ?
- Pas plus de trois bouteilles...

Cyliana sourit de nouveau et goûta la boisson. Après la première gorgée, elle attendit un peu. Une chaleur étrange lui parcourut la gorge jusqu'à l'estomac. Ce n'était pas si désagréable. Elle s'aperçut qu'elle aimait bien ce petit goût sucré.

Enguerrand resservit Cyliana. Puis, remarquant qu'elle venait à nouveau de porter une main sur sa poitrine, il comprit que la douleur de la jeune Keltane était toujours présente. Il partit chercher de l'eau, qu'il mit une fois de plus à chauffer. Quand l'eau fut bien chaude, il la versa dans une tasse et fit infuser quelques plantes qu'il était parti chercher dans une boite précieusement gardés dans son armoire. Ces plantes apaiseraient – du moins l'espérait-il – les douleurs de Cyliana.

Quand ce fut prêt, il mit un peu de miel avant de lui tendre la tasse.

Cyliana avait regardé silencieuse la manipulation. Quand Enguerrand lui tendit la tasse elle la prit, curieuse et inquiète qu'il ne s'en soit pas préparé une.

- C'est pour calmer tes douleurs. Si cela fait effet, je t'en referai une autre demain matin.

Cyliana souffla sur la tisane. L'espace d'un instant, l'idée qu'il lui ait préparé une tisane empoisonnée lui traversa l'esprit. Cependant, ne ressentant rien chez Enguerrand, elle prit son courage à deux mains et bu sa décoction. Enguerrand était assis et l'observait. Elle apprécia le goût sucré du miel qui dissimulait l'amertume de la plante. Ses dernières craintes disparurent lorsqu'elle sentit la douleur dans sa poitrine s'apaiser peu à peu, au fur et à mesure qu'elle buvait. Elle remercia chaleureusement Enguerrand pour sa tisane.

- Tu as souvent cette douleur dans la poitrine ?

Enguerrand remarqua que Cyliana hésita un peu avant de répondre.

- Depuis quelques temps, de plus en plus. Ça a commencé depuis que j'ai reçu... ma nouvelle fonction.

Enguerrand fut persuadé qu'elle lui cachait quelque chose. Cependant, même s'il voulait savoir de quoi il s'agissait, il ne la questionna pas. Il l'avait déjà assez fait. Et puis, comme le disait son père adoptif. Chacun avait ses petits secrets, lui le premier.

Toutefois, une question ne cessait de le tarauder. Il attendit qu'elle ait fini de boire sa tisane pour la lui poser.

- Je sais que cela ne me regarde pas, mais pourquoi dois-tu voir Hyamon ? Pour qu'il vous fasse venir si rapidement et sans escorte, il doit s'agir de quelque chose d'extrêmement important. Sinon il n'aurait jamais agi ainsi.

Cyliana avait d'abord sursauté au nom du Sorcier Royal. Elle comprit alors que son hôte devait assez bien le connaître pour l'appeler aussi familièrement. Et bien qu'elle souhaita lui révéler la raison de sa venue – afin qu'il ait confiance en elle –, elle s'en empêcha.

Enguerrand remarqua le changement qui s'opéra chez la jeune Keltane. Elle redevint soudain extrêmement sérieuse. Comme lorsqu'il l'avait vu arriver au sein du village, – digne et fière. Et bien que cette idée l'ait déjà frappé, il en fut maintenant presque sûr. Ce n'était pas n'importe qui...

- Je suis désolé, mais je ne peux pas te le révéler. Du moins... pas tout de suite.
- Tu ne peux pas au moins me dire qui tu es ?

Cyliana fixa ses yeux dans les siens. Les yeux verts intenses de la Keltane semblèrent soudain emplis de crainte. Mais elle retrouva si rapidement un visage impassible, qu'il douta avoir réellement vu cette lueur dans son regard.

- Je ne le peux pas. Du moins... pas ce soir. Peut-être demain quand je vous quitterai, je te le révèlerai.

Il conclut alors que ce n'était pas qu'elle ne le pouvait pas, mais plutôt qu'elle ne le voulait pas. Parce qu'elle avait peur, mais de quoi ? De sa réaction ?

- Il se trouve que je vais partir avec toi. J'ai moi-même quelques petites choses à faire à Sautour. Et puis, vu ce qui t'est arrivé aujourd'hui, je préfère t'accompagner pour être sûr que tu arrives bien saine et sauve.

Cyliana le regarda intriguée. Elle s'attendait à cette proposition. Mais le fait qu'il ait précisé qu'il voulait qu'elle arrive saine et sauve l'avait surprise. Était-ce la vérité ? Où était-ce seulement pour mieux justifier son voyage et pouvoir la surveiller ? Elle en déduisit qu'il y avait un peu de vrai dans les deux explications.

Cependant, elle fut enchantée de cette proposition. Elle se sentait en sécurité près de lui. Même s'il se méfiait d'elle, elle était contente de ne pas devoir se séparer si tôt de lui. Ainsi, elle aurait plus de chance d'arriver à Sautour en vie.

- J'en serais ravie ! Pourrait-on partir demain ? Il faut que je sois le plus tôt possible à Sautour.

Enguerrand acquiesça, il se demandait toujours pourquoi Hyamon voulait la voir, – s'il voulait réellement la voir... Néanmoins, il ne chercha plus à le savoir. Il suffirait de le lui demander directement.

Enguerrand repensa alors au vieux Sorcier. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas vu. C'était lui qui l'avait recueilli après l'attaque de son village et la mort de ses parents. Hyamon avait été surpris de le trouver vivant, surtout après le puissant sortilège qui avait été lancé sur lui et sa famille. Enguerrand était à ce jour, l'unique survivant d'un assaut Keltan en presque vingt ans.

Hyamon était devenu pour lui un vrai père au fil des ans, il lui avait même enseigné tout ce qu'il savait. Le vieux Sorcier avait senti que le jeune homme allait devenir un grand Sorcier à son tour. Enguerrand maîtrisait deux magies : La magie Humaine et aussi Elfique. C'était un fait extrêmement rare. Normalement, un enfant né de Sorcier humain et elfique ne gardait la magie que de l'une des deux races. Enguerrand était donc devenu l'apprenti de Hyamon et avait été un élève très doué.

Enguerrand fut tiré de sa rêverie par Cyliana qui le secouait doucement.

- Tu vas bien ? demanda-t-elle inquiète. Cela fait plusieurs fois que tu me sembles absent.
- Oui ça va très bien. Je repensais à mon enfance et à l'homme qui m'a élevé.

Cyliana baissa les yeux. Soudain, elle semblait plus triste que jamais. Enguerrand comprit qu'il venait de toucher un point sensible.

- Moi je n'ai pas perdu mes parents à cause de la guerre, mais c'est tout comme... Ils m'ont abandonné quand ils ont su...

Elle ne termina pas sa phrase. Ses secrets refaisant soudain surface. Enguerrand ne la força pas.

Il remarqua alors qu'elle dodelinait de la tête. Il se douta qu'elle devait être épuisée, et les évènements de l'après midi n'avait rien arrangé. Il lui proposa alors d'aller se coucher.

Il l'amena dans sa chambre où il lui proposa son lit. Elle tenta d'abord de refuser, mais il lui assura qu'il dormirait très bien par terre. Et bien qu'elle tenta de protester, il ne lui en laissa pas le temps. Alors elle s'allongea sur le lit. Enguerrand en profita pour soigner ses dernières contusions et elle s'endormit comme une masse.

Il la regarda un moment. Son visage était redevenu paisible. Il la borda minutieusement, puis sortit discrètement de la chambre après avoir pris d'autres couvertures.

Il en mit une sur le sol, s'allongea dessus et se recouvrit avec l'autre. Il repensa alors à tout ce qui lui était arrivé depuis la mort de ses parents. À la haine qu'il ressentait pour les Keltans chaque fois qu'il les voyait. Cependant, il ne pouvait s'empêcher d'apprécier cette jeune Keltane. Et bien que ses sentiments lui dictaient de s'en méfier, et même de la haïr, son instinct, lui, lui dictait de lui faire confiance et de la protéger coûte que coûte. Ayant toujours suivi ses sentiments jusqu'à aujourd'hui, il décida pour une fois, d'écouter son instinct.

A peine eut-il pris cette décision, qu'il s'endormit profondément. Et contrairement aux nuits précédentes, il ne fit plus de cauchemars. Ce qui n'était malheureusement pas le cas de tout le monde...
# Posté le mercredi 15 mars 2006 04:40
Modifié le lundi 30 avril 2007 21:32

Chapitre Quatre, première partie.

Chapitre Quatre, première partie.
CHAPITRE 4





Enguerrand dormait paisiblement dans son lit improvisé. Il rêvait de son enfance avec Hyamon, et de toutes les bêtises qu'il avait bien pu faire. Mais depuis quelques secondes, quelque chose le dérangeait. L'empêchant de continuer son rêve. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il découvrit Kriar qui le poussait avec son museau. Le loup semblait inquiet.

- Que se passe-t-il ?
- La Keltane gémit dans son sommeil, j'ai l'impression que quelque chose ne vas pas.
- Tu es sûr ?
- J'en suis totalement sûr ! Elle a même hurlé. Il faut être sourd pour ne pas l'avoir entendu.

Enguerrand se redressa et tendit l'oreille. Il entendit alors des gémissements provenant de la chambre. Il s'y dirigea discrètement et posa son oreille contre la porte pour essayer d'en savoir plus.

Il entendit alors distinctement Cyliana pleurer. Elle semblait également parler, ou plutôt supplier. Soudain, il l'entendit hurler. C'était un cri de douleur mêlé de terreur, cela le fit frissonner. Il entra aussitôt, et découvrit la Keltane en train de se débattre comme pour échapper à l'emprise de quelqu'un. Enguerrand s'installa au bord du lit, la prit par les épaules et la secoua légèrement en l'appelant par son prénom. Mais elle ne se réveilla pas.

Kriar trouva cela étrange et en fit part à Enguerrand.

Enguerrand essayait de comprendre. Elle ne semblait pas vouloir se réveiller. Ou alors... elle ne le pouvait pas ! Cette idée le glaça d'effroi. Et si quelqu'un était entré dans son esprit... Enguerrand se souvenait avec panique d'une leçon de Hyamon. Il lui avait expliqué que certains Sorciers pouvaient entrer dans l'esprit des gens et faire d'eux ce qu'ils voulaient. Cela pouvait être simplement pour avoir des informations, mais aussi pour les torturer et même les tuer.

Enguerrand hésita. S'il ne se dépêchait pas, Cyliana allait mourir. Mais allait-il réellement risquer sa vie pour une Keltane ? Il surprit le regard inquiet que lançait Kriar. Il repensa alors à la décision qu'il avait prise avant de s'endormir. Suivre son instinct, pas ses sentiments...

Il mit aussitôt ses mains de chaque côté du visage de Cyliana. Il libéra légèrement son pouvoir afin de sonder son esprit. Il ne lui fallut pas longtemps pour s'apercevoir qu'il y avait effectivement une présence inhabituelle. Il remarqua également que Cyliana était presque à bout de force. Elle risquait de céder d'un instant à l'autre.

- Kriar tu es prêt ?
- Je suis toujours prêt !
- Alors allons-y !

Enguerrand libéra son pouvoir qui coula instantanément dans tout son corps. Il sentit Kriar se lier à lui afin de ne faire plus qu'un. Il ferma ensuite les yeux et s'immergea dans l'esprit de la Keltane pour lui venir en aide. Il eut alors l'impression de faire une chute vertigineuse dans l'inconnu.

Après avoir un peu cherché dans les méandres de l'esprit de la Keltane, il se retrouva assez rapidement auprès de l'intrus. Il avait repoussé Cyliana dans les profondeurs de son esprit. Là, où elle était sans défense face à lui. L'endroit que tout le monde redoute. Celui des cauchemars, mais surtout des souvenirs que l'on aimerait bannir à tout jamais de sa mémoire.

Les mauvais souvenirs étaient si nombreux, qu'Enguerrand se demanda comment une personne si jeune avait pu en réunir autant.

Enguerrand et Kriar se retrouvèrent dans un des nombreux souvenirs refoulés de la Keltane. Enguerrand aperçut le Sorcier obliger Cyliana à regarder ce qui s'y déroulait. La malheureuse était à terre à bout de forces, les larmes aux yeux. Enguerrand regarda autour de lui et comprit qu'ils se trouvaient dans une maison. Il aperçut plusieurs personnes dans la pièce. Il vit une Cyliana très jeune, essayer vainement de s'accrocher à la robe de sa mère qui lui tournait le dos, pendant que son père, la tirait violemment vers la sortie. Lorsqu'elle lâcha prise, il l'emmena rapidement à la porte où attendait une femme à l'allure stricte. Le père jeta Cyliana à ses pieds, celle-ci tomba violemment sur le sol et y resta. Seules ses épaules bougeaient sous ses sanglots.

Enguerrand sentit sa colère se réveiller. Le fait que Cyliana fut une Keltane s'effaça soudain de son esprit. Seul comptait le fait qu'il devait neutraliser l'intrus, et lui faire payer pour tout ce qu'il faisait subir à Cyliana. Il profita du fait que le Sorcier lui tournait le dos pour s'approcher discrètement. Mais avant qu'il n'arrive auprès de lui, le Sorcier décida de passer à un autre souvenir.

Il fit alors apparaître une multitude de petites sphères, chacune contenant un des souvenirs de Cyliana. Les sphères commencèrent à virevolter autour d'elle. Elle essaya de les détruire, mais le Sorcier les ramena vers lui pour les examiner rapidement avant d'en choisir une. Quand il eut fait son choix, la scène qu'ils étaient en train de voir s'effaça brusquement. Enguerrand eut alors l'impression de chuter de nouveau avant de se retrouver dans un nouveau souvenir.

Cette fois-ci, Cyliana était un peu plus âgée. Elle devait avoir quatorze ou quinze ans. Elle était au bord des larmes. Enguerrand remarqua qu'elle était dans une pièce sombre et mal éclairée. La jeune Cyliana s'approchait tremblante, le bras tendu, main ouverte et paume en avant, prête à la poser sur la poitrine d'un Keltan qui la regardait sans comprendre.

A peine le souvenir avait-il commencé, que Cyliana s'était mise à hurler. Elle se débattait avec force pour ne pas revoir ce souvenir. Elle suppliait le Sorcier d'arrêter. Mais il la tenait d'une poigne de fer, et plus elle suppliait, plus il riait.

Enguerrand serra les poings. Il n'avait qu'une envie, en terminer avec ce Sorcier. Il se tenait maintenant juste derrière lui. Le Sorcier ne l'avait pas remarqué, trop occupé à torturer la pauvre Keltane. Il le prit par l'épaule et le retourna brusquement.

Le Sorcier en fut surpris, mais pas plus qu'Enguerrand qui regarda les deux orbites vides le fixer. Une longue balafre barrait tout le haut de son visage. C'était un vieux Sorcier rachitique qui semblait plus mort que vivant. Et bien qu'il n'ait plus ses yeux, il semblait parfaitement voir.

Un rictus s'afficha sur le visage du Sorcier, le rendant – si c'était possible – encore plus affreux qu'il ne l'était déjà.
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# Posté le lundi 27 mars 2006 09:06
Modifié le mardi 12 juin 2007 09:31

Chapitre Quatre, deuxième partie.

Chapitre Quatre, deuxième partie.
- Il semblerait que l'effet de surprise me revienne finalement...

Un frisson traversa l'échine d'Enguerrand. La voix du Sorcier était lente et grave, emplie d'une assurance à faire froid dans le dos. Mais ce qui le frappa le plus, était la voix. Elle semblait sortir de nulle part.

- Qui êtes-vous et que lui voulez-vous ?

Le Sorcier relâcha Cyliana. Il se redressa entièrement et releva légèrement la tête, comme s'il allait faire un long et beau discours :

- Je me nomme Zorkar, et je fais ce qui me plaît ! Cependant, je vais te prouver ma bonne fois. Je vais te laisser une chance de repartir avant que je n'abatte cette chienne !

Zorkar s'aperçut que son discours n'avait pas eu l'effet escompté.

Le Sorcier tendit alors le bras vers Enguerrand qui ne bougea pas d'un pouce. Cyliana le regardait incrédule. Elle essaya de lui dire de partir, mais l'assurance dont il faisait preuve la laissa sans voix.

Lorsque le Sorcier jeta son sort, Enguerrand le reçut violement en pleine poitrine et il recula sous la force du choc. Il eut le souffle coupé pendant quelques secondes et ressentit une violente douleur tout le long du corps. Mais à part ça, rien ne se passa. Le sort avait été neutralisé.

Le Sorcier regarda incrédule. Il ne comprenait pas comment ce misérable avait pu détourner son sort.

Enguerrand cracha un peu de sang et sourit au Sorcier. À ce moment là, Kriar qui était jusque là resté caché, bondit sur le Sorcier pour le faire tomber. Dès qu'il fut au sol, Enguerrand lança son propre sort qui alla percuter le Sorcier en pleine tête. Mais à la grande stupeur d'Enguerrand et de Kriar, mais aussi de Cyliana, le Sorcier était toujours en vie.

Pire que ça, il se releva comme si rien de tout cela ne s'était produit. Il se frotta simplement la tête à l'endroit ou le sort l'avait heurté, puis grommela quelques mots incompréhensibles. Kriar alla aussitôt se mettre aux côtés de Cyliana pour la protéger.

Enguerrand réfléchissait au moyen de vaincre le Sorcier. De toute évidence, le Sorcier avait un sort de protection autour de lui. Il ne s'était pas du tout attendu à ça. Rares étaient les Sorciers capables de créer un tel sort, car cela demandait beaucoup d'énergie. Lui-même n'y était arrivé que très rarement.

Le Sorcier regardait Enguerrand avec toujours le même rictus. Il bomba le torse et s'approcha d'Enguerrand en tendant de nouveau sa main vers lui.

- Petit insolent, tu crois réellement pouvoir m'abattre ? Tu n'es qu'un débutant ! Tu as réussi un sort de protection, c'est très bien ! Mais il n'est pas encore parfait. La preuve, tu as saigné ! Dommage pour toi, mais tu ne pourras plus l'améliorer. Toi et ton loup ne pouvez rien contre moi ! Et puis l'esprit de ton amie est maintenant presque brisé... Bientôt elle appartiendra à mon maître !

Enguerrand recula en souriant.

- Je me demande qui est votre « maître », pas quelqu'un de très puissant pour oser envoyer un sous-fifre faire son travail !

Enguerrand était très calme, ce qui apparemment agaçait le Sorcier. Discrètement, il réunissait son pouvoir avec celui de Kriar pour créer un sort assez puissant – du moins l'espérait-il – pour détruire la protection du Sorcier.

Hyamon lui avait toujours dit qu'il était grâce aux deux magies qu'il maîtrisait, mais aussi grâce à Kriar, plus puissant que les Sorciers ordinaires. Ors là, il avait affaire à un Sorcier – qui selon lui – sortait de cette norme.

- Détrompes-toi... Mon maître est beaucoup plus puissant que moi, à un point que tu ne peux imaginer. Malheureusement, à cause de ton entêtement, tu ne vivras pas assez longtemps pour avoir l'honneur de le connaître !
- Si tu le dis ! Mais je compte mettre les choses au point. Tu te trompes quand tu dis que j'ai utilisé un sort de protection... Je n'ai pas besoin de ça...

Le Sorcier le regarda fixement. Se demandant s'il était réellement possible qu'il n'ait pas utilisé un sort de protection. Une prédiction de son maître lui revint soudain en mémoire : Il serait tué par un homme insensible à ses pouvoirs bien que moins puissant que lui. Et cet homme serait accompagné par le plus noble des prédateurs... Ce serait lui qui permettrait à son maître de changer un jour la face du monde...

Si ce que lui avait dit son adversaire était vrai, il allait enfin faire face à son destin et mourir pour aider son maître. Il décida de le vérifier, exciter à l'idée que le moment était enfin venu pour son maître de diriger le monde. Et tant pis s'il devait mourir. Il tendit son bras vers son adversaire, et alors qu'il s'apprêtait à relâcher son sort, Enguerrand relâcha l'énergie accumulée. L'éclair de puissance qui percuta le Sorcier était tel, que le vieillard fut projeté en arrière. Sa protection vola en éclat. Il se retrouva sur le sol à moitié inconscient.

Enguerrand avança alors lentement vers le Sorcier qui le regardait souriant. Son regard passant d'Enguerrand à Kriar.

- Ainsi mon maître avait raison ! L'heure est enfin venue ! Mon maître va enfin pouvoir accomplir sa destinée... Vous en êtes la preuve !

Enguerrand se rapprocha du Sorcier qui fixait toujours Kriar. Un homme qui semblait si sûr de lui quelques secondes auparavant, semblait d'un seul coup devenu totalement fou.

- De quoi parlez-vous ? Et quel rapport y a-t-il avec nous ?

Le Sorcier continuait de sourire, ce qui agaçait fortement Enguerrand.

- L'homme insensible aux sorts et le plus noble des prédateurs réunis ! Maintenant je suis sûr que mon maître va pouvoir accomplir sa destinée...

Le Sorcier s'étouffa et cracha du sang avant de s'affaler par terre. Aussitôt son corps commença lentement à disparaître.

Enguerrand resta quelques instants immobile, à fixer l'endroit ou gisait le cadavre du Sorcier quelques secondes plus tôt. Ses dernières paroles ne lui disaient rien qui vaille. Mais alors qu'il essayait de comprendre leur signification, le contrecoup de son sort le frappa brusquement. Il avait utilisé beaucoup d'énergie, il se sentait soudain épuisé.

Cyliana, libérée de l'emprise qui la maintenait au sol, s'approcha prudemment d'Enguerrand et lui toucha le bras. Alors tout disparu... Enguerrand fut brutalement renvoyé dans son propre corps.
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# Posté le lundi 27 mars 2006 09:15
Modifié le mardi 01 mai 2007 02:03

Chapitre Quatre, troisième partie.

Chapitre Quatre, troisième partie.
Il tenait toujours entre ses mains le visage de Cyliana qui ouvrit elle aussi les yeux. En voyant Enguerrand au dessus d'elle, elle sursauta et l'attrapa à la gorge.

- Cyliana c'est moi, Enguerrand ! Cyliana...

Enguerrand ressentit un froid mortel s'insinuer rapidement en lui. Il commençait déjà à perdre conscience. Un pouvoir extraordinaire s'emparait petit à petit de lui. Il essayait d'y résister, mais après la lutte contre le Sorcier il n'avait plus assez de force.

Enguerrand s'aperçut que le regard de Cyliana était devenu aussi froid que le pouvoir qui prenait lentement possession de lui.

Kriar apparut dans son esprit. Féroce et meurtrier. Prêt à repousser et tuer l'intrus qui fut stoppé net. Il contre-attaqua en commençant à entourer Kriar pour tenter de le neutraliser. Enguerrand comprit que Kriar allait tuer Cyliana. Il le ressentait. Aussi fort que soit ce pouvoir, l'esprit était le domaine de Kriar...

- KRIAR NON ! C'est Cyliana !
- Tu es sûr que ce n'est pas un coup du Sorcier ?
- Oui j'en suis sûr !

Kriar s'arrêta. Il observa la magie meurtrière qui pénétrait petit à petit l'esprit de son maître. Il reconnut la trace de la Keltane. Il réunit alors sa force mentale et forma un bouclier autour de l'intrus et le repoussa petit à petit, tout en essayant de ne causer aucun dégât dans l'esprit de son maître. Ce qui n'était pas aisé.

- Cyliana ce n'est que moi !

Cyliana entendit une voix qui lui était familière. Une voix qui, lui semblait-il, était amicale... Puis soudain tout lui revint en mémoire.

Elle relâcha Enguerrand et le regarda éberluée. Enguerrand sentit qu'il revenait à lui. Il enleva ses mains qui étaient toujours sur le visage de Cyliana.

Cyliana mit une main devant sa bouche, horrifiée par ce qu'elle avait failli faire. Enguerrand quand à lui, était surpris par le pouvoir de la Keltane. Si elle avait réellement voulu le tuer, elle aurait pu le faire bien plus tôt, et Kriar n'aurait certainement pas pu réagir aussi vite...

- Je suis désolée ! Je... Je ne sais pas ce qui m'a prise. J'ai pensée que j'étais encore attaquée. Je suis désolée.

Cyliana éclata en sanglots. Enguerrand, bien qu'encore sous le choc, comprenait aisément sa réaction après ce qu'elle venait de vivre. Il fit alors une chose qui l'étonna lui-même. Il prit Cyliana dans ses bras et l'enlaça tendrement pour la réconforter.

Cyliana sursauta à ce contact et ne sut que faire pendant quelques secondes.

- Ce n'est pas grave, le principal c'est que tu t'en sois sortie.

Cyliana sourit faiblement et se détendit. Elle se blottit un peu plus contre lui et ferma les yeux. Sa respiration se calma, ainsi que ses pleurs.

- Tu es tellement gentil ! Je ne connais personne qui aurait risqué sa vie pour moi. Et toi, tu l'as déjà fait par deux fois...
- C'est fait pour ça les amis. Pour s'entraider.

Cyliana sursauta une nouvelle fois et s'écarta vivement d'Enguerrand.

- Tu penses vraiment ce que tu viens de dire ?
- Quoi donc ?
- Eh bien que je suis ton amie, tu le penses vraiment ?
- Bien sûr ! Je t'ai invitée chez moi pour te mettre en sécurité, et je tente de te réconforter. Ce sont des choses que l'on fait pour une amie. Non ?

La jeune Keltane le regarda soudain mal à l'aise.

- Je ne sais pas... Je n'ai jamais vraiment eu d'amis à part mon frère... il y a longtemps de cela...

Enguerrand sentit qu'il venait de toucher un point sensible.

- Eh bien maintenant tu en as un ! Et le plus étrange qui soit en plus.

Cyliana sourit. Il est vrai que si un jour on lui avait dit qu'elle aurait un ami, et que celui-ci serait Humain, elle ne l'aurait jamais cru. Elle se blottit de nouveau dans ses bras. Quelques larmes coulèrent encore, mais cette fois-ci de bonheur. Un bonheur, se douta Enguerrand, qu'elle n'avait pas dû connaître souvent. Les images de l'enfance de la Keltane lui revinrent en mémoire... Ses parents ne l'avaient pas abandonnée, ils l'avaient rejetée... Il comprenait mieux que jamais sa réaction lorsqu'il l'avait prise dans ses bras. Elle n'avait pas l'habitude que quelqu'un la réconforte, loin de là.

Cyliana ferma de nouveau les yeux, elle se sentait en sécurité maintenant.

Enguerrand gardait Cyliana dans ses bras. Au bout d'un moment, il s'aperçut que Kriar les observaient.

- C'est bon elle ne risque pas de s'envoler, elle dort.

Cyliana s'était effectivement endormie sur son épaule.

- Elle cache bien son jeu, tu ne trouves pas ? Elle a de sacrés pouvoirs.
- Oui je m'en suis aperçu, merci. Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi elle ne les a pas utilisés sur le Sorcier...

Kriar réfléchit quelques secondes en regardant fixement Cyliana.

- Pour que son pouvoir fonctionne, il faut qu'elle touche l'homme en question. C'est pour ça qu'elle t'a pris à la gorge... Mais là, le Sorcier semblait immunisé contre ses pouvoirs. Ce qui explique qu'elle n'ait rien pu faire.
- Espérons qu'il n'y aura pas d'autres Sorciers dans les parages cette nuit... Je trouve inquiétant que tout le monde s'en prenne à elle. Et surtout que tout le monde sache qui elle est ! J'ai l'impression que nous sommes les seuls à ne pas le savoir...
- Si tu veux, tu peux créer un lien avec elle, comme ça je pourrai la protéger. Ainsi, si on essaye encore une fois de l'attaquer, je pourrai former un rempart autour de son esprit.
- Eh bien qu'est ce qu'on attend !

Enguerrand posa une main sur la tête de Cyliana qui reposait sur son épaule, puis ferma les yeux. Il ressentit alors l'énergie de Kriar parcourir son corps et se diriger vers sa main, passant ensuite chez Cyliana. Puis ce fut fini. Le lien était créé.

Enguerrand reposa doucement Cyliana sur le lit. Puis il se leva doucement et remit la couverture sur elle.

- Pour quelqu'un qui n'aime pas les Keltans, tu fais fort. Tu deviens son ami et tu es sacrément attentionné envers elle...
- C'est toi qui m'as dit de lui faire confiance ! Alors pour une fois que je t'écoute tu ne vas pas me le reprocher non plus ?

Pendant que Kriar s'allongeait à côté du lit, Enguerrand regarda Cyliana quelques secondes. Il ne la connaissait que depuis quelques heures, et déjà il avait de l'affection pour elle.

Il sortit discrètement de la chambre, laissant la porte entrouverte, au cas où...

Il alla ensuite s'allonger sur son lit improvisé. Il se posait de nombreuses questions à présent. En plus de se demander ce que cachait Cyliana, il se demandait aussi pourquoi tout le monde s'en prenait à elle... Par deux fois aujourd'hui on avait voulu sa mort. Et par deux fois il y avait eu l'implication d'une magie extrêmement puissante. Enguerrand était de plus en plus convaincu que la haine des villageois envers la Keltane n'était pas naturelle. Ils la haïssaient, c'était certain, mais pas au point de la torturer ... Et puis il y avait aussi les dernières paroles du Sorcier qui étaient étranges. Il était urgent de voir Hyamon, seul lui aurait les réponses à toutes ces questions.

De là ou il était, il apercevait le visage redevenu serein de Cyliana. Il se demandait à quel genre de mauvaise surprise ils allaient encore avoir à faire face avant d'arriver à Sautour. Il allait devoir être sur ses gardes à tout instant. Une Keltane en plein territoire Azurien, cela risquait de ne pas passer inaperçu, surtout avec le symbole qu'elle avait sur le front... Mais Enguerrand se dit qu'il chercherait une solution le lendemain. Là, il était temps de dormir. Il se tourna sur le côté, face à la porte de la chambre et ferma les yeux. Il ne mit pas longtemps à s'endormir fatigué comme il l'était.
# Posté le lundi 27 mars 2006 09:21
Modifié le mardi 01 mai 2007 02:08

Chapitre Quatre, quatrième partie.

Chapitre Quatre, quatrième partie.
Le lendemain, Enguerrand se réveilla de bonne heure. Après quelques secondes à se demander ce qu'il faisait allongé sur le sol, l'image de Cyliana lui revint en mémoire, ainsi que toute les péripéties de la veille. Il se leva tout courbaturé d'avoir dormi par terre. Il s'approcha discrètement de sa chambre pour s'assurer que tout allait bien. Il vit Kriar toujours allongé près du lit où Cyliana dormait paisiblement.

Rassuré, il sorti ensuite pour se dégourdir un peu. Il enleva sa chemise, puis après s'être un peu échauffé, il se dirigea vers l'arbre le plus proche. Il agrippa la branche au dessus de sa tête et commença à faire quelques tractions matinales. Après en avoir fait une petite cinquantaine, jugeant que Cyliana risquait de se réveiller d'un instant à l'autre, il se dirigea vers le ruisseau et s'aspergea d'eau le visage et le torse pour y enlever la sueur. L'eau fraîche lui fit un bien fou.

Il se rhabilla et rentra pour préparer le repas, sortant toute la nourriture qui lui restait. C'est-à-dire peu de choses. Sa semaine de cauchemars ne l'ayant pas disposé à aller chasser ou à partir en ville acheter des provisions. Et surtout, il n'avait pas prévu de recevoir du monde.

Alors qu'il allumait le feu, il entendit du bruit provenir de la chambre. Cyliana venait de se réveiller.

Elle fut d'abord étonnée de voir Kriar, puis elle sourit et le caressa derrière l'oreille.

- Bonjour toi ! Bien dormi ?
- Très bien merci, et toi ?

Cyliana cria de surprise et recula vivement, manquant de tomber à la renverse. Enguerrand qui assistait de loin à la scène ne put s'empêcher de rire. Quand Cyliana l'aperçut, elle sortit rapidement de la chambre et vint se placer devant lui. Bien qu'Enguerrand la doubla quasiment d'une tête, cela ne l'empêcha pas de le menacer de son index et de l'agiter sous son nez.

- Ce n'est pas drôle du tout ! J'ai eu une sacrée frousse ! J'aurais bien voulu te voir à ma place. Pourquoi ne m'as-tu pas dit que Kriar communiquait par la pensée ?
- Car je ne le révèle pas à n'importe qui... Et puis tu étais la dernière personne à qui je l'aurais dit...
- Alors peux-tu m'expliquer pourquoi je l'entends maintenant ?
- Kriar n'a pas cessé de me dire que je pouvais te faire confiance, et après ce qui est arrivé cette nuit, j'ai préféré créer un lien entre vous deux afin qu'il puisse te protéger.
- Et tout ça sans même demander mon accord !
- Tu dormais si profondément que je n'ai pas eu le c½ur de te réveiller.

Cyliana regarda alors Kriar qui s'approchait d'eux.

- Je me disais bien que ce loup était spécial.
- Et tu avais bien raison, ce loup est très spécial, il est magique !

Enguerrand fit claquer ses doigts en prononçant ces derniers mots. Cyliana le regarda amusée. Elle reposa ensuite son regard sur Kriar.

- Tu as un drôle de maître tu sais !
- Je ne te le fais pas dire ! Et le pire, c'est qu'il me laisse mourir de faim. Heureusement que tu es là maintenant !
- Comme ça je te laisse mourir de faim ! Eh bien dans ce cas tu vas me faire le plaisir d'aller dehors ! Si tu as vraiment faim, tu chasseras tout seul !

En entendant ces mots, Kriar s'allongea aux pieds de Cyliana et fit son air le plus misérable, tout en lançant quelques jappements de désespoir.

- Pitié ne le laisse pas faire, je vais mourir de faim sans toi !

Cyliana ne put s'empêcher de rire devant l'air faussement sévère d'Enguerrand et le regard triste de Kriar. Elle était tombée chez de bien étranges personnages...

Enguerrand proposa alors à Cyliana de manger. Ce qu'elle accepta volontiers, ainsi que Kriar qui ne la quittait plus. Ils s'installèrent à table et commencèrent joyeusement le repas. Enguerrand refusait cependant de donner quoi que se soit à Kriar, pour lui montrer qu'il pouvait se montrer impitoyable. Mais Kriar se rattrapait allégrement auprès de Cyliana qui ne pouvait résister à son regard de pauvre loup malheureux.

Ils terminèrent ainsi sans pitié le peu de nourriture qui restait.

Lorsqu'ils furent tous rassasiés, Enguerrand demanda à Cyliana si la tisane lui avait fait de l'effet. Ayant reçu une réponse positive, il lui en refit une pour être sûr que la douleur ne referait pas son apparition. Même si cette précaution était inutile.

Ensuite, Enguerrand se prépara à partir en ville pour acheter des provisions et quelques accessoires pour le voyage. Il décida de ne prendre que son épée, pour passer le plus inaperçu possible. Il demanda à Kriar de rester avec Cyliana pour la protéger. Puis il alla seller son cheval et partit vers la ville.
# Posté le vendredi 21 avril 2006 15:20
Modifié le vendredi 22 juin 2007 05:13