- Allez soldat, amuse toi ! Je sais que les Keltans vous en ont fait baver. Profite de ce jour où tu peux faire subir ce que tu veux à une Keltane.
Comme si ces mots les avaient réveillé, toute la foule se remit à hurler. Elle l'encourageait à briser un des bras de la Keltane sans plus tarder. Comme s'ils trouvaient qu'ils attendaient depuis trop longtemps ce moment.
Il regarda le chasseur, puis la foule. Il posa ensuite son regard sur la Keltane, toujours à ses pieds. Il l'entendait pleurer. Il eut le sentiment étrange qu'elle ne pleurait pas que de douleur...
Il se baissa, et releva doucement, mais fermement, le menton de la Keltane. Il la regarda droit dans les yeux. Malgré sa douleur, elle soutint fermement son regard. Il eut soudain le sentiment impérieux de devoir la protéger à tout prix. Tout au fond de son esprit, résonnait une voix qui lui ordonnait de la sauver. C'était une question de vie ou de mort...
Il contempla le visage de la Keltane, où toute la douleur qu'elle venait de subir était inscrite. Il ne put en supporter d'avantage. Les derniers barrages contenant sa colère se brisèrent.
La Keltane s'en aperçut aussitôt et pensa que l'heure de sa mort avait sonné. Pourvu qu'il m'achève vite... Elle ressentit alors la peur l'envahir, une peur irraisonnée. Sa mort approchait... Sa mort se tenait juste en face. Elle en oublia même sa main brisée.
Il se redressa. La foule hurlait de plus en plus fort. Elle ne comprenait pas pourquoi il ne faisait rien. Il n'en fut pas le moins du monde inquiet. Il leva sa main et la foule se calma instantanément.
Lorsqu'il parla, sa voix se fit encore plus glaciale qu'auparavant.
- Je suis désolé de gâcher le spectacle, mais il ne sera plus fait aucun mal à cette femme... (La foule se crispa instantanément. Une peur insondable venait de faire son apparition. Personne n'osait faire quoi que ce soit. Même le chasseur paraissait apeuré.) Je pense que vous vous êtes assez défoulés pour aujourd'hui. Je jure sur ma vie et sur mon honneur, que vous ne toucherez plus à un seul de ses cheveux sans connaître une mort certaine !
La Keltane avait écouté ces paroles comme s'il s'agissait d'un rêve. Elle percevait la peur de la foule. Comment un seul homme pouvait-il effrayer tant de monde ? Pourquoi voulait-il l'aider ? Comment se faisait-il que, chez elle, toute peur se soit volatilisée ? Elle ressentait même une étrange chaleur l'entourer et la rassurer.
Quelques personnes commencèrent cependant à contester cette décision. Puis, ce fut la foule entière qui protesta. Le chasseur se ressaisit alors :
- Tu as gâché mon spectacle ! Je vais te le faire regretter. Tu ne vas pas prendre la Keltane...
- Je ne parierai pas là-dessus.
Le chasseur dégaina son épée et essaya de frapper son adversaire. Il le manqua. Celui-ci s'approcha alors si rapidement et si près, que le chasseur n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre. Il sentit alors quelque chose de froid sous sa gorge, avant de s'apercevoir que c'était une lame. Le chasseur se raidit et lâcha son épée. C'était trop tard, il le savait. Il avait fait l'affront ultime de se rebeller contre un soldat de la Légion, donc contre l'autorité du Roi lui-même. L'homme lui trancha la gorge d'un coup sec.
Les hommes du chasseur se précipitèrent aussitôt pour le venger.
Alors qu'il rangeait sa dague, ses nouveaux adversaires arrivaient sur lui. Il dégaina calmement son épée, et désarma avec une facilité déconcertante deux des hommes qui se jetaient sur lui. Il frappa violement le premier avec le pommeau de son épée, et le deuxième avec son coude, les assommant sur le coup.
Pendant ce temps, la Keltane essayait de se réfugier loin de la foule qui se précipitait sur l'estrade pour l'attraper. Kriar mordait férocement les bras qui se tendaient vers elle, ce qui dissuada une grande partie de la foule de continuer.
Quand il eut assommé ses deux adversaires, il rengaina son épée. Les derniers hommes qui l'entouraient s'arrêtèrent incrédules. Il relâcha entièrement son pouvoir. Jusqu'à ce moment, il n'en avait relâché qu'une bribe, afin de soutenir et réconforter la Keltane et aussi se rendre plus menaçant.
La Keltane, bien qu'occupée à essayer de fuir la foule, le regarda soudain éberluée. Elle sentait le pouvoir qui émanait de lui. Mais il n'y fit pas attention. Il murmura quelques paroles, ferma les yeux, et frappa alors dans ses mains. Toute la foule fut alors immobilisée. Sauf la Keltane, qui en profita pour reprendre son souffle. Sa main recommençait déjà à lui faire atrocement mal. Elle remarqua cependant que le loup s'allongeait à ses côtés. Quand à l'homme qui venait de la sauver, il s'agenouilla près d'elle.
- Donnez-moi votre main, je vais arranger ça.
Elle le regarda quelques instants effrayée. Cet homme incarnait tout ce dont elle avait peur, et ce qu'elle haïssait par-dessus tout. Alors, pourquoi avait-elle l'impression qu'elle pouvait lui faire confiance ? Il lui tendait sa main, attendant patiemment. Elle lui donna alors timidement la sienne, faisant une grimace sous la douleur, et la posa doucement dans celle de l'inconnu qui sursauta à son contact. Elle se douta qu'il venait de s'apercevoir qu'elle aussi avait des pouvoirs.
Il fut intrigué quand la main de la Keltane toucha la sienne. Des picotements désagréables lui démangeant instantanément la main. Ainsi, elle avait des pouvoirs... Il se demanda quel genre de magie elle possédait. N'ayant rien fait contre ceux qui l'avaient capturée, ce ne devait pas être une magie offensive. Il regarda rapidement la main pour voir l'étendue des dégâts. Grâce à son pouvoir, il endormit un peu la douleur. La Keltane se sentit immédiatement soulagée. Il ferma les yeux pour se calmer et reprendre son souffle. Quand il les rouvrit, il remarqua que la Keltane le regardait, silencieuse, attendant qu'il fasse quelque chose.
- Ne vous en faites pas, je vais vous soigner et il n'y paraîtra plus rien. Mais cela risque de faire un peu mal. Vous le supporterez ?
- Ça ne peut pas être pire que de se faire broyer la main par un maillet je présume ? demanda-t-elle amusée par la question.
- Non, je ne pense pas...
- Bien, alors je le supporterai sans peine !
Elle lui sourit timidement. Il posa sa main sur la sienne, pour bien la maintenir. Il ferma ensuite les yeux et se concentra. Après avoir pris une grande inspiration, il envoya son pouvoir de guérison dans la main de la Keltane. Quand les os commencèrent lentement à se remettre en place, elle ressentit une désagréable sensation tout le long du bras, mais quand plusieurs os frottèrent fortement les uns contre les autres, elle eut envie de retirer sa main. Il l'en empêcha fermement. Quand tous les os furent remis en place et ressoudés, la peau se cicatrisa rapidement. Quand il rouvrit les yeux, elle lui fit un grand sourire. Il posa alors ses doigts sur la lèvre inférieure de la Keltane. Elle en fut surprise, mais elle sentit une douce chaleur émaner de ses doigts et sa lèvre éclatée guérit aussitôt.
- C'est bizarre, s'exclama-t-elle, on dirait de la magie Elfique !
- Ma mère était une Elfe. Elle m'a donc livré les pouvoirs de son peuple...
Il se tut aussitôt. Comment pouvait-il parler aussi librement avec une personne qu'il ne connaissait pas, et qu'il aurait haï quelques années plus tôt ? Voire même quelques jours... Bizarrement, il se sentait bien auprès d'elle.




