Chapitre Deux, quatrième partie.

Chapitre Deux, quatrième partie.
(le chevalier de la Legion Eternelle)


- Allez soldat, amuse toi ! Je sais que les Keltans vous en ont fait baver. Profite de ce jour où tu peux faire subir ce que tu veux à une Keltane.

Comme si ces mots les avaient réveillé, toute la foule se remit à hurler. Elle l'encourageait à briser un des bras de la Keltane sans plus tarder. Comme s'ils trouvaient qu'ils attendaient depuis trop longtemps ce moment.

Il regarda le chasseur, puis la foule. Il posa ensuite son regard sur la Keltane, toujours à ses pieds. Il l'entendait pleurer. Il eut le sentiment étrange qu'elle ne pleurait pas que de douleur...

Il se baissa, et releva doucement, mais fermement, le menton de la Keltane. Il la regarda droit dans les yeux. Malgré sa douleur, elle soutint fermement son regard. Il eut soudain le sentiment impérieux de devoir la protéger à tout prix. Tout au fond de son esprit, résonnait une voix qui lui ordonnait de la sauver. C'était une question de vie ou de mort...

Il contempla le visage de la Keltane, où toute la douleur qu'elle venait de subir était inscrite. Il ne put en supporter d'avantage. Les derniers barrages contenant sa colère se brisèrent.

La Keltane s'en aperçut aussitôt et pensa que l'heure de sa mort avait sonné. Pourvu qu'il m'achève vite... Elle ressentit alors la peur l'envahir, une peur irraisonnée. Sa mort approchait... Sa mort se tenait juste en face. Elle en oublia même sa main brisée.

Il se redressa. La foule hurlait de plus en plus fort. Elle ne comprenait pas pourquoi il ne faisait rien. Il n'en fut pas le moins du monde inquiet. Il leva sa main et la foule se calma instantanément.

Lorsqu'il parla, sa voix se fit encore plus glaciale qu'auparavant.

- Je suis désolé de gâcher le spectacle, mais il ne sera plus fait aucun mal à cette femme... (La foule se crispa instantanément. Une peur insondable venait de faire son apparition. Personne n'osait faire quoi que ce soit. Même le chasseur paraissait apeuré.) Je pense que vous vous êtes assez défoulés pour aujourd'hui. Je jure sur ma vie et sur mon honneur, que vous ne toucherez plus à un seul de ses cheveux sans connaître une mort certaine !

La Keltane avait écouté ces paroles comme s'il s'agissait d'un rêve. Elle percevait la peur de la foule. Comment un seul homme pouvait-il effrayer tant de monde ? Pourquoi voulait-il l'aider ? Comment se faisait-il que, chez elle, toute peur se soit volatilisée ? Elle ressentait même une étrange chaleur l'entourer et la rassurer.

Quelques personnes commencèrent cependant à contester cette décision. Puis, ce fut la foule entière qui protesta. Le chasseur se ressaisit alors :

- Tu as gâché mon spectacle ! Je vais te le faire regretter. Tu ne vas pas prendre la Keltane...
- Je ne parierai pas là-dessus.

Le chasseur dégaina son épée et essaya de frapper son adversaire. Il le manqua. Celui-ci s'approcha alors si rapidement et si près, que le chasseur n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre. Il sentit alors quelque chose de froid sous sa gorge, avant de s'apercevoir que c'était une lame. Le chasseur se raidit et lâcha son épée. C'était trop tard, il le savait. Il avait fait l'affront ultime de se rebeller contre un soldat de la Légion, donc contre l'autorité du Roi lui-même. L'homme lui trancha la gorge d'un coup sec.

Les hommes du chasseur se précipitèrent aussitôt pour le venger.

Alors qu'il rangeait sa dague, ses nouveaux adversaires arrivaient sur lui. Il dégaina calmement son épée, et désarma avec une facilité déconcertante deux des hommes qui se jetaient sur lui. Il frappa violement le premier avec le pommeau de son épée, et le deuxième avec son coude, les assommant sur le coup.

Pendant ce temps, la Keltane essayait de se réfugier loin de la foule qui se précipitait sur l'estrade pour l'attraper. Kriar mordait férocement les bras qui se tendaient vers elle, ce qui dissuada une grande partie de la foule de continuer.

Quand il eut assommé ses deux adversaires, il rengaina son épée. Les derniers hommes qui l'entouraient s'arrêtèrent incrédules. Il relâcha entièrement son pouvoir. Jusqu'à ce moment, il n'en avait relâché qu'une bribe, afin de soutenir et réconforter la Keltane et aussi se rendre plus menaçant.

La Keltane, bien qu'occupée à essayer de fuir la foule, le regarda soudain éberluée. Elle sentait le pouvoir qui émanait de lui. Mais il n'y fit pas attention. Il murmura quelques paroles, ferma les yeux, et frappa alors dans ses mains. Toute la foule fut alors immobilisée. Sauf la Keltane, qui en profita pour reprendre son souffle. Sa main recommençait déjà à lui faire atrocement mal. Elle remarqua cependant que le loup s'allongeait à ses côtés. Quand à l'homme qui venait de la sauver, il s'agenouilla près d'elle.

- Donnez-moi votre main, je vais arranger ça.

Elle le regarda quelques instants effrayée. Cet homme incarnait tout ce dont elle avait peur, et ce qu'elle haïssait par-dessus tout. Alors, pourquoi avait-elle l'impression qu'elle pouvait lui faire confiance ? Il lui tendait sa main, attendant patiemment. Elle lui donna alors timidement la sienne, faisant une grimace sous la douleur, et la posa doucement dans celle de l'inconnu qui sursauta à son contact. Elle se douta qu'il venait de s'apercevoir qu'elle aussi avait des pouvoirs.

Il fut intrigué quand la main de la Keltane toucha la sienne. Des picotements désagréables lui démangeant instantanément la main. Ainsi, elle avait des pouvoirs... Il se demanda quel genre de magie elle possédait. N'ayant rien fait contre ceux qui l'avaient capturée, ce ne devait pas être une magie offensive. Il regarda rapidement la main pour voir l'étendue des dégâts. Grâce à son pouvoir, il endormit un peu la douleur. La Keltane se sentit immédiatement soulagée. Il ferma les yeux pour se calmer et reprendre son souffle. Quand il les rouvrit, il remarqua que la Keltane le regardait, silencieuse, attendant qu'il fasse quelque chose.

- Ne vous en faites pas, je vais vous soigner et il n'y paraîtra plus rien. Mais cela risque de faire un peu mal. Vous le supporterez ?
- Ça ne peut pas être pire que de se faire broyer la main par un maillet je présume ? demanda-t-elle amusée par la question.
- Non, je ne pense pas...
- Bien, alors je le supporterai sans peine !

Elle lui sourit timidement. Il posa sa main sur la sienne, pour bien la maintenir. Il ferma ensuite les yeux et se concentra. Après avoir pris une grande inspiration, il envoya son pouvoir de guérison dans la main de la Keltane. Quand les os commencèrent lentement à se remettre en place, elle ressentit une désagréable sensation tout le long du bras, mais quand plusieurs os frottèrent fortement les uns contre les autres, elle eut envie de retirer sa main. Il l'en empêcha fermement. Quand tous les os furent remis en place et ressoudés, la peau se cicatrisa rapidement. Quand il rouvrit les yeux, elle lui fit un grand sourire. Il posa alors ses doigts sur la lèvre inférieure de la Keltane. Elle en fut surprise, mais elle sentit une douce chaleur émaner de ses doigts et sa lèvre éclatée guérit aussitôt.

- C'est bizarre, s'exclama-t-elle, on dirait de la magie Elfique !
- Ma mère était une Elfe. Elle m'a donc livré les pouvoirs de son peuple...

Il se tut aussitôt. Comment pouvait-il parler aussi librement avec une personne qu'il ne connaissait pas, et qu'il aurait haï quelques années plus tôt ? Voire même quelques jours... Bizarrement, il se sentait bien auprès d'elle.
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# Posté le mardi 17 janvier 2006 08:34
Modifié le mardi 03 juillet 2007 17:06

Chapitre Deux, cinquième partie.

Chapitre Deux, cinquième partie.
La Keltane le regarda quelques instants, essayant de comprendre ce qui se passait. Puis, son regard fut attiré vers les hommes du chasseur derrière lui. Elle aurait juré qu'ils avaient bougé. La foule aussi semblait avoir bougée. Pour s'en assurer, elle regarda fixement l'un des hommes. Il était arrêté en plein élan. Épée brandie. Elle le fixa pendant quelques secondes, et remarqua qu'il avançait bel et bien...

- Ils bougent ! Ils ne sont pas arrêtés !
- Bien sûr, fit il amusé, je n'ai aucun pouvoir sur le temps. Mais je peux aisément ralentir des êtres. D'ailleurs, on ferait bien de s'en aller, le sort va bientôt se briser. Je soignerai le reste de vos blessures plus tard.

Il se releva, et lui tendit une main pour l'aider. Elle le regarda encore un peu hésitante. Elle ressentait toute la magie qui émanait de lui, et ça l'inquiétait. Mais en même temps, il venait de lui sauver la vie et de la soigner. Elle ne savait pas pourquoi, mais une voix lui murmurait qu'elle pouvait, et qu'elle devait lui faire confiance. Elle décida alors de suivre son instinct.

Elle prit la main qu'il lui tendait et se releva.

Il murmura ensuite quelques mots et fit de grands signes dans les airs au dessus des deux hommes assommés. Quand ce fut terminé, il se retourna vers elle le sourire aux lèvres.

- Ils n'y verront que du feu. Et quand ils comprendront, il sera trop tard. Nous serons déjà loin.

Ils descendirent de l'estrade suivis de Kriar qui fermait la marche. Ils se frayèrent un chemin du mieux qu'ils purent à travers la foule agglutinée. La Keltane remarqua alors que les gens autour d'eux commençaient à bouger de plus en plus vite.

Elle eut peur, elle ne voulait pas retomber entre leurs mains. Quand ils sortirent enfin de cette masse compacte, elle entendit un bruit sourd puis les cris de haine recommencèrent. Elle voulut s'enfuir en courant, mais il lui prit la main pour l'obliger à rester.

- N'ayez pas peur, regardez !

Elle se retourna, et vit la foule se précipiter sur une personne qu'elle reconnut instantanément, car c'était elle. Les hommes du chasseur, quand à eux, enfonçaient leurs épées dans le corps de son bienfaiteur et dans celui du loup. Elle ne comprenait plus. Puis en regardant plus précisément, elle s'aperçut que la foule tirait en réalité le corps d'un des deux hommes assommés, et que le deuxième avait pris l'apparence de son sauveur. Quand au loup, il n'y avait rien... Elle en resta stupéfaite.

Il entraîna la Keltane dans les rues du village, la tenant toujours par la main malgré le désagréable picotement.

Une fois qu'ils furent assez loin, Kriar vérifia qu'il n'y avait plus de danger. Comme tout était calme, son maître renferma son pouvoir en lui, la sensation de picotement quittant instantanément ses doigts.

- Je vous remercie de m'avoir sauvée. souffla-t-elle reconnaissante.
- Ce n'est rien.
- Où allons nous ?
- Chez moi, je terminerai de vous soigner et vous pourrez y passer la nuit si vous le désirez.

Ils arrivèrent près d'une taverne. Il détacha son cheval, et grimpa dessus, puis aida la Keltane à monter derrière lui. Ils se dirigèrent ensuite hors de la ville. Elle se sentait de plus en plus en sécurité avec cet homme. Elle regarda le loup qui gambadait à leurs côtés. Il ne lui faisait plus peur. Il lui paraissait même sympathique, et aussi très intelligent. Elle ressentait de la magie en lui. Elle se doutait que ce n'était pas un loup ordinaire, loin de là...
# Posté le mardi 17 janvier 2006 08:41
Modifié le lundi 30 avril 2007 21:16

Chapitre Trois, première partie.

Chapitre Trois, première partie.
CHAPITRE 3





Alors qu'ils arrivaient à la lisière de la forêt. La tranquillité avec laquelle il avait accueillit la Keltane s'effaça soudain. Il fut aussitôt assailli par un doute. Ce doute, engendra en lui de nombreuses questions qui commencèrent lentement à le harceler. La plus impérieuse de toutes étant : Que pouvait bien faire une Keltane, seule, en plein territoire ennemi ? Elle ne pouvait pas s'être perdue, elle était trop éloignée des frontières temporaires.

Déjà, Kriar s'était positionné en retrait pour la surveiller. Car lui aussi commençait à trouver cela inquiétant.

La Keltane, quand à elle, restait silencieuse. Elle n'osait plus faire un geste. Elle avait senti le comportement et les sentiments de l'homme changer, mais elle ne pouvait rien y faire. En tout cas, pas pour le moment...

N'en pouvant plus d'avoir la Keltane dans son dos. De sentir ses mains autour de sa taille, sans savoir ce dont elle était capable. Il mit pied à terre. Histoire de marcher un peu pour se calmer.

Bien qu'il ne haïsse plus les Keltans avec autant d'ardeur qu'auparavant. Il ne pouvait s'empêcher de se méfier d'elle. Car une question le taraudait. Lorsqu'il avait pris sa main, il avait perçu en elle de la magie. Et bien qu'ayant pensé au départ qu'il ne s'agissait pas d'une magie offensive, – n'ayant rien fait contre ses ravisseurs –, il ne pouvait s'empêcher désormais de penser le contraire. La sensation qu'il avait ressentie était bien trop forte pour de simples pouvoirs défensifs. Il s'agissait de pouvoirs beaucoup plus puissants et dangereux...

Mais alors, pourquoi n'avait-elle rien fait ? Elle ne pouvait pas se douter qu'il viendrait à son secours. Lui-même n'en avait pas été sûr jusqu'au moment d'agir. Il décida alors de la questionner.

Il s'arrêta et lui fit face. Elle le regarda silencieuse. Il s'aperçut qu'elle était aussi nerveuse que lui, voire plus. Mais il remarqua également, qu'elle était prête à affronter le danger s'il approchait.

- Kriar, je veux que tu surveilles ses pensées pour savoir si elle me dit la vérité. Et soit discret !
- Je suis toujours discret, s'exclama Kriar contrarié, pour qui me prends-tu ? Pour toi ?

Il ne fit pas attention à la remarque. Il fixa son regard dans les yeux verts de la Keltane. Il commença à la questionner, forçant sa voix à être aussi amicale et avenante que possible.

- Puis-je savoir ce que vous faîtes ici ? Comme nous sommes trop loin des frontières pour que vous vous soyez perdue, il doit forcément s'agir d'autre chose !

Sa voix avait été sèche, autoritaire et brutale. Exactement le contraire de ce qu'il voulait faire. C'était venu tout seul, sans qu'il le veuille. Il avait déjà fini de parler avant qu'il ne s'en aperçoive. Troublé, il voulut s'en excuser. Mais il n'en eut pas le courage. Il vit cependant que la Keltane ne semblait pas choquée par cette attitude. Elle semblait plutôt hésitante, comme si elle mesurait le pour et le contre de ce qu'elle pouvait dire.

- Je peux seulement vous révéler que votre Sorcier Royal m'a demandé de le rejoindre, et cela le plus rapidement possible.


Autant sa voix à lui avait été autoritaire et brutale, autant la voix de la Keltane était calme et douce.


- Elle te dit la vérité à propos de Hyamon. C'est bien lui qui lui a demandé de venir. J'ai même l'impression que c'est extrêmement important.

Il en fut surpris. Pourquoi Hyamon avait-il fait convoquer une Keltane ? Certainement pas pour de nouveau pourparlers...

- Pourquoi êtes-vous venue seule et sans escorte ?

Là encore, la Keltane hésita avant de répondre. Lorsqu'elle parla, sa voix était devenue plus faible, comme si elle était plongée dans ses souvenirs.

- Il ne voulait pas que l'on apprenne ma venue. Ce devait être secret, mais nous sommes tombées dans un piège et...

Il sursauta. Ainsi, elle n'était pas venue seule.

- Deux personnes l'accompagnaient, expliqua Kriar, elles sont mortes. Elle ne cesse de se demander pourquoi ils les ont tuées alors qu'ils l'ont gardé en vie.
- Vous n'étiez pas seule ?

La Keltane blêmit, elle venait de trop en dire. Elle s'était laissée emporter par les souvenirs. Elle réalisa qu'elle ne pouvait plus reculer maintenant.

- J'étais avec deux de mes... S½urs. Nous marchions en direction de Sautour. Nous évitions les routes, afin de ne pas nous faire repérer. Nous traversions une forêt, lorsque deux hommes sont sortis d'un abri sur notre gauche. Avant que nous n'ayons pu réagir, deux flèches sont parties du côté opposé et ont tué celles qui m'accompagnaient...
» Puis quelqu'un est arrivé derrière moi et m'a assommé... Je ne comprends pas ce qui a bien pu se passer. Normalement, ils n'auraient pas dû réussir à nous surprendre de cette façon. C'est insensé...

Il comprit que la Keltane ne s'adressait plus à lui, mais qu'elle ressassait ses souvenirs.

- D'après ce que je comprends, ils lui ont fait boire quelque chose. Elle ne sait pas ce que c'est. Mais depuis, elle ne peut plus utiliser ses pouvoirs, ce qui explique qu'elle n'ait rien pu faire pour se défendre.
- Que veut-elle dire par « ils n'auraient pas dû réussir à nous surprendre » ?
- Tout ce que je peux te dire, c'est qu'elles ont entraîné leurs esprits à percevoir les êtres qui les entourent et à les reconnaître. Même là, privée de son pouvoir, elle arrive à ressentir notre présence. Ce qu'elle ne comprend pas, c'est qu'elle n'ait pas ressenti la leur. Sauf quand tu les as tué. Ils sont brusquement réapparus, pour disparaître définitivement...

Il ne comprenait pas non plus. D'ailleurs, la réaction de la foule non plus il ne la comprenait pas. Il est vrai que les Keltans étaient haïs. Mais toute cette haine, toute cette rage... Il y en avait trop pour que cela soit naturel. Même lui n'aurait jamais cautionné de tels actes.

- Que vous arrive t'il ?

Il sortit brusquement de ses pensées.

- Je pensais seulement à cette journée, il est vrai qu'elle n'est pas banale...

La Keltane ne répondit pas, elle continuait de l'observer.

- Es-tu absolument sûr qu'elle nous a dit la vérité ?
- Je ne peux pas te l'assurer, mais je suis presque sûr qu'elle était sincère. Et je ne pense pas qu'elle puisse masquer ses véritables pensées.
- Bien, alors arrête de lire son esprit. Mais continue tout de même de la surveiller, on n'est jamais trop prudent...

Kriar cessa alors d'espionner la Keltane, mais il resta tout de même en retrait afin de la surveiller discrètement.

Puis son maître reprit les rênes et recommença à marcher. Il était partagé entre plusieurs sentiments. Il ne cessait de repenser à la sensation impérieuse qui l'avait poussé à lui venir en aide, mais aussi à ses propres sentiments qui le mettaient en garde contre elle. Il continuait de sentir son regard sur sa nuque et cela le dérangeait. Il se doutait qu'elle devait elle aussi se poser des questions à son sujet. Il hésita quelques instant à la laisser dans le doute, puis il s'arrêta de nouveau et se tourna une nouvelle fois vers elle.

- Vous savez, si je vous ai posé toutes ces questions, c'était pour savoir ce que vous faisiez ici et rien d'autre...

Il s'aperçut soudain qu'il ne savait pas quoi dire. Il était vraiment mal à l'aise à ses côtés. Chaque fois qu'il croisait son regard. Il ne pouvait s'empêcher de repenser aux massacres commis par les Keltans. Mais il revoyait également les regards des malheureux qu'il avait lui-même tués. Il baissa vivement les yeux. Son c½ur s'était accéléré face aux visions qui l'accablaient de nouveau. Il se souvenait d'une jeune Keltane appelant ses parents à l'aide pendant qu'il la transperçait de coups d'épée... Il ferma les yeux pour se forcer au calme.

La Keltane essayait de sonder le visage de l'homme. Elle ressentait soudain en lui une grande tristesse ainsi qu'une grande culpabilité. Lorsqu'il rouvrit les yeux, elle s'aperçut qu'il semblait gêné. Comme s'il désirait lui avouer quelque chose mais qu'il n'y parvenait pas. Ou plutôt qu'il ne le voulait pas... Elle commençait à se douter de ce dont il s'agissait.

Il remarqua qu'elle continuait imperturbablement de le regarder, comme si elle essayait de comprendre. Il se décida alors à tout lui dire. De ce fait, il n'y aurait aucun malentendu entre eux. Pour se donner du courage, il prit une grande inspiration avant de se lancer :

- Lorsque je n'étais encore qu'un enfant, mon village a été attaqué... Tout le monde est mort... Ma mère, mon père et mon frère. Depuis ce jour, je n'ai cessé d'haïr les Keltans.
» Pour pouvoir me venger, je me suis engagé dans la Légion dès que j'ai eu seize ans, juste après avoir terminé ma formation de Sorcier. Je voulais à tout prix venger mes parents... J'ai alors tué de nombreux soldats Keltans, et j'y prenais du plaisir...
» Cependant, un jour, j'ai moi aussi commis un massacre dans un village. Les vôtres ne s'y étaient installés que depuis peu de temps... Ce n'est qu'à ce moment là que j'ai réalisé que ce n'était pas les Keltans qui étaient mauvais, mais la guerre en elle-même. C'est pour ça que je suis si mal à l'aise. C'est la principale raison pour laquelle j'ai réagi si tard. C'est aussi pour cette raison, je dois l'avouer, que je me méfie tellement de vous...
# Posté le mardi 28 février 2006 17:03
Modifié le mercredi 13 juin 2007 14:46

Chapitre Trois, deuxième partie.

Chapitre Trois, deuxième partie.
Au fur et à mesure qu'il avait parlé, il avait vu le visage de la Keltane changer. Il s'était attendu au départ à ce qu'elle prenne peur, ou qu'elle le haïsse à son tour. Mais sa réaction l'étonna plus que tout.

Elle le regardait avec compassion et même de la compréhension... Comment une personne qui venait de subir autant de supplice en une journée, pouvait encore avoir de la compassion pour celui qui l'avait laissé se faire torturer ? Il avait l'impression qu'elle était presque triste pour lui.

Alors qu'il se demandait si elle avait bien compris ce qu'il venait de dire, elle dissipa son doute.

- Vous savez, très peu de personnes dans mon pays me serait venues en aide... Et bien que vous ayez réagi un peu tard... Je vous en suis extrêmement reconnaissante. Grâce à vous, je suis toujours en vie, et c'est le principal.

Il ne répondit rien, trop préoccupé par ce qu'elle venait de dire. Il la regardait toujours aussi incrédule. Il se demanda alors l'âge qu'elle avait. Elle devait être très jeune, même si pour une Elfe Noire ce critère était bien futile. Il ne lui donnait pas plus de dix-huit ou dix-neuf ans. Si jeune, et déjà si mature... Il se sentait soudain ridicule.

- Comment vous appelez-vous ? demanda-t-elle curieuse.

Il mit un peu de temps avant de répondre, mais elle ne s'en offusqua pas.

- Enguerrand Onbard, et voici mon loup Kriar.
- Enchanté Enguerrand Onbard. Je m'appelle Cyliana Djahliss. Pouvez-vous m'aider à descendre je vous prie. Je voudrai marcher un peu.

Enguerrand aida aussitôt la jeune femme à descendre de cheval. Elle lui en fut reconnaissante. Et comme pour le remercier, elle lui fit un magnifique sourire. Le même sourire qu'elle lui avait fait après qu'il lui ait guéri la main. Il en fut troublé.

Il profita de cet instant pour la détailler. Elle avait de longs et magnifiques cheveux bruns qui cascadaient sur ses épaules, lui descendant jusqu'aux hanches, cachant ses oreilles légèrement pointues. Une mèche rebelle, tombait sur son front, masquant en partie la Marque maudite qui s'y trouvait. Cette Marque était le symbole de toutes les malédictions jetées sur leur peuple par les Sorciers Originels, il y avait de cela plusieurs millénaires. Et bien que ce symbole fût assez petit, il ne passait jamais inaperçu. Enguerrand croisa ensuite le regard calme et profond de la jeune Keltane. Il reflétait toute l'intelligence qui brûlait en elle. Elle se tenait droite et fière, les bras le long du corps, sûre d'elle. Enguerrand ne pouvait s'empêcher de l'admirer.

Elle portait une robe comme il n'en avait jamais vu : blanche, lui arrivant à ras le cou, la taille ceinte d'une fine ceinture de cuir lestée d'une bourse et d'un fourreau vide. Le tissu, fin, lisse et brillant, n'était orné d'aucune dentelle ou jabot. Rien ne venait détourner l'attention de la manière dont le vêtement mettait en valeur les formes de la Keltane. Bref, l'élégance de la simplicité. Et malgré tout ce qu'elle avait subi, la robe semblait intacte.

Enguerrand réalisa que bien que ce fût une Keltane, il ne pouvait s'empêcher de la trouver ravissante. Pour ne pas dire sublime.

Il remarqua qu'elle aussi le détaillait. Mal à l'aise, il détourna le regard et se remit à marcher, Cyliana à ses côtés.

Lorsqu'ils arrivèrent à une intersection, Enguerrand guida son destrier sur le sentier de gauche qui s'enfonçait plus profondément dans la forêt. Il remarqua que la Keltane prenait des points de repère.

Kriar, quand à lui, avait cessé de la surveiller. Il gambadait tranquillement devant eux, ouvrant ainsi la marche, comme à son habitude. Enguerrand se demanda s'il était bien prudent de ne plus la surveiller. Car bien qu'il la trouvait sympathique, cela restait tout de même une Keltane...

Puis soudain, alors qu'ils marchaient silencieusement. Cyliana s'arrêta brusquement. Un cri de surprise s'échappa de ses lèvres et elle se plia de douleur. Son visage était devenu livide. Elle avait posé une main sur sa poitrine et ne bougeait plus. Elle en avait presque les larmes aux yeux. Enguerrand lui posa une main sur l'épaule inquiet.

- Que se passe t'il ?

Cyliana ferma quelques instants les yeux, puis reprit son souffle.

- Ce n'est rien, juste le contrecoup de la journée...

Enguerrand n'en crut pas un mot. Mais constatant que ça allait mieux, il n'insista pas.

- Voulez-vous remonter à cheval ?
- Non merci, un peu de marche me fera le plus grand bien.

Enguerrand la soutint un peu pendant qu'ils reprenaient leur marche. Quand la Keltane n'eut plus besoin de son aide, il la relâcha. Il continua cependant à la surveiller, notant que sa main n'avait toujours pas quitté sa poitrine.

- Kriar tu as une idée de ce qui lui est arrivé ?
- Peut être que ses pouvoirs lui sont revenus...
- Ce serait un peu violent, tu ne trouves pas ?
- Je ne sais pas. Je ne m'y connais pas en matière de magie Keltane. Et puis, je ne sais pas non plus qu'elle sorte de décoction ils lui ont fait boire.

Enguerrand se mit soudain sur ses gardes. Si ses pouvoirs lui étaient réellement revenus, il se pouvait qu'elle se révèle moins sympathique maintenant qu'elle n'était plus en état de faiblesse.

- Tu vas arrêter de voir un ennemi dans chaque Keltan ? s'exclama Kriar. Bientôt tu vas finir par te persuader que les autres aussi étaient de terribles Sorciers !

Il regarda Kriar surpris et blessé de se faire remettre à sa place de cette façon.

- Écoute Enguerrand. Je sais que tu n'apprécies pas les Keltans, mais si Hyamon lui a demandé de venir le plus rapidement possible, il doit y avoir une bonne raison. Tu dois essayer de lui faire confiance !
- Si Hyamon lui a vraiment demandé de venir...

Kriar grogna en direction d'Enguerrand, histoire de bien lui faire comprendre qu'il détestait que l'on mette sa parole en doute. Cyliana regardait silencieuse. Elle ne comprenait pas tout ce qui se passait, mais elle sentait que les sentiments d'Enguerrand ne cessaient de changer.

- Bien, je vais essayer de lui faire confiance. Mais j'espère sincèrement que tu ne t'es pas trompé à son propos...

Kriar grogna de nouveau, sûr de lui. Et comme pour le prouver, il alla se placer au côté de la Keltane et ne la quitta plus pendant le reste du trajet.

Lorsqu'ils débouchèrent un peu plus tard dans une clairière, Cyliana aperçut une petite maison en bois adossée aux arbres. À sa droite, semblait se dresser l'écurie. Elle entendit un ruisseau couler tout près derrière la maison. L'endroit était paisible et Cyliana le trouva très agréable.
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# Posté le mercredi 15 mars 2006 04:30
Modifié le vendredi 22 juin 2007 05:13

Chapitre Trois, troisième partie.

Chapitre Trois, troisième partie.
(Kriar)


Enguerrand l'invita à entrer pendant qu'il allait desseller son cheval et lui donner à manger.

Elle entra dans la maison, accompagnée de Kriar. Elle avait toujours mal à la poitrine, mais elle essayait de ne pas le montrer. Elle commençait à être familière de cette douleur. Seulement, elle était revenue quand elle s'y attendait le moins, et plus forte que ce dont elle avait l'habitude.

Pour l'oublier, elle commença à détailler rapidement l'intérieur de la maison. Elle remarqua une table installée au centre de la pièce, ainsi qu'une porte à sa droite qui menait certainement à la chambre. Mais ce qui attira le plus son attention dans un premier temps, ce fut la cheminée. Elle eut aussitôt envie d'une bonne flambée. Une semaine qu'elle dormait dehors, s'interdisant de faire du feu pour ne pas être repérée. Mais la flambée disparut rapidement de son esprit dès que son regard se posa sur le meuble au fond de la pièce. Elle sentit son ventre gargouiller. Un plat de charcuterie y était posé. À ses côtés, se tenaient plusieurs morceaux de fromage. Tout cela semblait bien appétissant. Elle se souvint alors qu'elle n'avait rien mangé depuis trois jours. La vue de tant de nourriture lui affola dangereusement l'estomac.

Lorsque Enguerrand entra à son tour, il se débarrassa de sa cape ainsi que de ses armes. Puis il enleva son surcot ainsi que sa cotte de mailles pour être plus à l'aise.

Cyliana n'en fut pas étonnée. Elle se doutait qu'il n'avait pas brusquement changé d'avis à son sujet, et qu'il ne lui faisait pas totalement confiance. Mais étant un Sorcier, il n'avait pas besoin de ses armes pour se défendre... Mais il semblait tout de même un peu plus serein auprès d'elle.

Enguerrand remarqua que Cyliana l'observait. Kriar lui apprit alors que l'attention de la jolie Keltane, une fois entrée, avait été attirée par la cheminée, puis par la nourriture qui traînait. Enguerrand sourit.

- Que se passe t'il ? demanda-t-elle intriguée.
- Rien, je pensais seulement à me faire un bon petit feu et à préparer le repas. Asseyez-vous et reposez-vous en attendant.

Elle avait remarqué le regard complice qu'il avait lancé à Kriar. Elle posa à son tour son regard sur le loup. Il continuait de l'observer calmement allongé près de l'entrée.

Depuis le début, elle s'était doutée qu'il se passait quelque chose entre eux. Elle en était de plus en plus persuadée depuis l'épisode de la forêt, quand le loup s'était soudain mit à grogner en direction d'Enguerrand. Elle se souvenait que lors de ses études, son professeur lui avait expliqué que les Sorciers Humains avaient tous un animal fétiche, et qu'un lien existait entre eux. Ce qui faisait toute leur force, mais aussi leur faiblesse. Personne cependant, n'avait réussi à percer le secret de ce lien étrange. Mais Cyliana commençait à se douter qu'ils se comprenaient parfaitement... Et cette révélation l'inquiétait un peu.

Pendant ce temps, Enguerrand prit une poignée de brindilles qu'il enflamma avec un peu de magie. Quand le feu eut bien pris, il ajouta plusieurs bûches bien sèches qui prirent feu à leur tour. Il amena ensuite une chaise devant la cheminée et fit asseoir Cyliana. Celle-ci ferma alors les yeux et apprécia la chaleur qui s'en dégageait.

Pendant ce temps, Enguerrand prépara le repas. Il attrapa une petite marmite et alla la remplir d'eau au ruisseau. Il mit ensuite l'eau à chauffer.

Il prit ensuite quelques légumes qu'il éplucha et coupa rapidement. Il coupa ensuite un peu de lard et des saucisses. Quand il eut terminé, il versa le tout dans l'eau bouillante, il rajouta quelques épices et mélangea. Pendant que la soupe cuisait, il disposa les bols et les cuillers sur la table. Il installa également le pain, la charcuterie, ainsi que de la viande faisandée. Et bien sûr, pour le dessert, du fromage.

Lorsque la soupe fut prête, il prit un torchon et apporta la marmite sur la table. Il servit ensuite la soupe fumante dans les bols. Puis il appela Cyliana perdue dans ses pensées. Elle se plaça aussitôt à table, une lueur de gourmandise dans les yeux.

Elle saisit sa cuiller et mélangea sa soupe, attendant qu'elle refroidisse un peu. Elle commença ensuite à manger avec un plaisir non dissimulé.

Quand elle eut fini, Enguerrand lui en proposa de nouveau, ce qu'elle accepta volontiers. Comme la première fois, elle mangea la soupe voracement ce qui fit sourire Enguerrand.

- Ta soupe était excellente ! s'exclama-t-elle ravie.

Amusé, il lui tendit l'assiette de charcuterie afin qu'elle puisse se servir. Pendant qu'elle choisissait, il lui coupa une tranche de pain. Dès qu'elle se fut servie un peu de charcuterie, Kriar s'approcha aussitôt d'elle et posa sa tête sur ses cuisses. Il fit alors des yeux suppliants de petit enfant triste. Enguerrand lui demanda de la laisser tranquille. Mais Cyliana, amusée, sourit et lui donna un peu de saucisson, pour le plus grand plaisir de Kriar qui en redemanda aussitôt.

- Voila enfin quelqu'un de compréhensif dans cette maison ! Et toi qui te méfiais d'elle ! Il faudrait vraiment la remercier pour moi, car sans elle je serais mort de faim !

Enguerrand sourit à cette remarque, ce qui n'échappa pas à Cyliana.

Enguerrand prit pour terminer le repas un peu de fromage, bien qu'il n'ait plus très faim, mais il constatait que Cyliana, elle, avait une faim de loup. Presque plus grande que Kriar, ce qui n'était pas peu dire.

- Dis-moi, depuis combien de temps n'as-tu pas mangé ?

Cyliana s'arrêta comme prise en faute.

- Trois jours...
- Tant que ça ! s'écria Enguerrand. Eh bien régale toi autant que tu le veux. Il ne devrait pas être permis de manquer un repas si tu veux mon avis.

Cyliana lui fit son plus beau sourire. Troublé, il partit chercher une bouteille et des verres pendant qu'elle terminait de manger. Une fois de retour, il remplit les verres à moitié puis en donna un à Cyliana.

Elle regarda alors la liqueur avec appréhension. Elle avait entendu dire que les Humains avaient de drôles de boissons, capables de vous faire perdre la raison. Elle observa inquiète son hôte boire lentement et se resservir un peu.

- Qu'est ce que c'est ?
- Une liqueur. Un alcool sucré, ce n'est pas très fort. Ça te fera le plus grand bien après une journée aussi éprouvante.
- Ça ne va pas me rendre folle ? demanda-t-elle anxieuse.

Enguerrand regarda la jeune Keltane les yeux ronds. Quand il vit le regard réellement inquiet de Cyliana, il ne put s'empêcher de rire.

Cyliana se sentit soudain très sotte, mais le rire de son compagnon la rassura, et elle aussi se mit à rire. Même si elle savait qu'Enguerrand se méfiait toujours d'elle, elle se sentait bien. Une sensation qu'elle n'avait pas ressentie depuis longtemps...
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# Posté le mercredi 15 mars 2006 04:35
Modifié le dimanche 20 mai 2007 05:35