- Enguerrand ! J'ai eu si peur ! Je pensais que tu ne te réveillerais jamais ! La journée est presque terminée et Sarhann semblait très inquiet ! Que s'est-il passé ?
Touché par l'inquiétude que lui portait son amie, il relâcha l'épée et la prit également dans ses bras. Heureux de la retrouver. Mais maintenant qu'il avait repris conscience, ce qu'il avait faillit lui faire plus tôt dans la journée ne cessait de le torturer. Il s'écarta de sa compagne qui le regarda, angoissée.
- Qui y'a-t-il ?
Enguerrand regarda la traînée de sang séché le long de la gorge de Cyliana. Il regarda ensuite son bras où un tissu bien serré faisait office de garrot. Croisant son regard, elle comprit immédiatement ce qui le tracassait.
- Enguerrand ce n'est pas grave.
- Pas grave, s'exclama-t-il, mais je t'ai tailladé le bras et j'ai été à deux doigts de te trancher la tête ! Pas grave...
Elle l'attira de force dans ses bras et tenta de le rassurer. Enguerrand se laissa faire. Ainsi, il ne croisait plus son regard. Il avait honte de ce qu'il lui avait fait, et de ce qu'il avait failli lui faire...
- Ce n'est pas de ta faute ! Sarhann avait prévenu qu'il y avait une épreuve ! Ils nous avaient mis en garde sur le fait que cela pouvait se révéler dangereux pour ceux qui se trouveraient à tes côtés. C'est de ma faute ! Je n'aurais pas dû me précipiter comme cela. J'aurais dû savoir que cela faisait partie de l'épreuve... mais je n'ai pas supporté de te voir souffrir...
Cyliana déposa un baiser sur la joue d'Enguerrand pour le calmer. Il sursauta sous la surprise mais ne bougea pas. C'était la troisième fois qu'elle agissait ainsi, et c'était loin de lui déplaire.
Il s'écarta de nouveau et décida d'effacer les horreurs qu'il lui avait faites. Il libéra son pouvoir et posa sa main sur sa gorge pour y guérir la coupure et y effacer le sang. Ensuite, il retira délicatement le tissu recouvrant la blessure qu'elle avait sur le bras. Elle le regardait silencieuse, se laissant faire. Après avoir écarté les lambeaux de la chemise collée à la peau par le sang coagulé, il posa sa main le plus doucement possible afin de ne pas lui faire mal. Malgré cette attention, elle eut un sursaut et un léger cri de douleur s'échappa de ses lèvres. Il lança une nouvelle fois le sort de guérison et la blessure se referma rapidement.
Quand il eut terminé, il se releva et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Ils se firent face, se regardant droit dans les yeux. Il voyait à présent la lueur qui l'avait frappé lors de sa démence, comment avait-il pu passer à côté avant ? Cette lueur qui lui réchauffait le c½ur, toujours présente même après ce qu'il lui avait fait. Sans s'en rendre réellement compte, il la reprit dans ses bras et lui rendit son baiser sur sa joue si délicate et si douce. Il sentit à ce moment là des larmes s'écouler le long des joues de la Keltane.
- Pourquoi pleures-tu ?
- Pour rien. Je suis simplement heureuse de t'avoir retrouvé !
Ils restèrent un long moment enlacés, simplement heureux d'être ensemble. C'était le principal.
Mais alors que ses craintes se calmaient, la douleur qui lui tenaillait le corps se révéla soudain plus insistante. Il ne comprenait pas d'où elle pouvait bien provenir.
- Alors ! Tu ne m'as pas dit ce qui s'est passé ?
Enguerrand s'écarta et la regarda amusé. La Radaskiel reprenait le dessus sur l'amie et désirait ardemment savoir ce qui avait bien pu lui arriver.
- Allons manger, je te raconterai tout autour d'un bon repas !
- Tu as intérêt, et je veux que tu n'omettes aucun détail !
- Vos désirs sont des ordres, gente damoiselle !
Enguerrand attacha le fourreau de l'épée puis rengaina Ténèbre avant de prendre la main de Cyliana et de se diriger vers les cuisines. En sortant, ils trouvèrent Kriar qui surveillait l'entrée qui n'était plus gardée.
- D'après ce que je sens ça va mieux. Comment vas Ténèbre ?
- Je vais bien merci.
Enguerrand trouva ce contact étrange. Le lien avec Ténèbre était totalement différent de celui de Kriar. Elle pouvait, si elle le désirait, le couper et ne plus avoir aucun rapport avec lui, alors qu'avec Kriar, il ne pouvait qu'interrompre le lien, mais si l'un des deux désirait réellement le réactiver, il pouvait le faire sans problème.
- Je suis heureux de faire ta connaissance ! confirma Kriar ravi. Merci de m'avoir sauvé la vie la dernière fois !
- Mais c'est normal. Enguerrand aurait été en possession de ses pouvoirs, il en aurait fait autant.
- Je voudrai également vous remercier, intervint Cyliana qui semblait elle aussi pouvoir l'entendre grâce au lien de Kriar, sans vous, Enguerrand aurait perdu la vie par deux fois...
- Merci...
Enguerrand put ressentir grâce à l'intonation de Ténèbre qu'elle était extrêmement gênée par tout cet élan de gratitude qu'ils lui témoignaient, mais elle semblait également apprécier qu'on s'intéresse à elle, ces anciens « Maîtres » n'ayant certainement pas eu l'idée, ou le temps, de lui parler. Enguerrand décida de ne pas commettre cette erreur et de faire de Ténèbre son amie...
Lorsqu'ils arrivèrent aux cuisines, il n'y avait personne, ce qu'Enguerrand préféra de loin. Il fit installer Cyliana et alla chercher deux bols qu'il remplit du ragoût encore fumant avant de prendre les couverts et le pain et de ramener le tout sur la table. Il donna ensuite à Kriar un morceau de viande avant de s'installer. Ils commencèrent à manger silencieusement, mais Cyliana ne supportant plus le mutisme de son compagnon, décida de prendre la parole.
- Alors, tu vas me dire ce qui t'es arrivé ?
Enguerrand poussa un long soupir avant de se lancer.
Pendant deux heures, il expliqua minutieusement à Cyliana toute l'histoire de Ténèbre. Kriar était allongé aux côtés de l'Elfe et semblait lui aussi tout écouter passionnément.
Lors du passage du forgeron, Enguerrand ne put s'empêcher de voir que la Keltane faisait tout pour ne pas révéler ses sentiments.
Quand il termina, un lourd silence s'installa.
- C'est horrible... murmura Cyliana, ne trouvant pas d'autres mots.
Enguerrand avait du mal à respirer, la douleur se révélait de plus en plus intense au fur et à mesure que le temps passait. Cyliana, toujours silencieuse, posa inconsciemment une main sur sa poitrine.
Il sursauta. Comment pouvait-il être aussi bête ? Il s'excusa auprès de son amie et se dirigea vers sa chambre le plus rapidement possible. Une fois arrivé, il ouvrit son sac et prit le sachet où il avait rangé les feuilles de Lidhs. Il en prit trois et retourna auprès de Cyliana. Il lui prépara aussitôt la tisane avant de la lui donner.
- Excuse moi, je n'y ai pas pensé...
Cyliana commença à la boire lentement.
- Ce n'est pas grave, je n'ai pas très mal.
Enguerrand qui avait du mal à rester calme la regarda consterné. Sa poitrine le lançait violemment, il avait du mal à rester maître de ses mouvements et il avait sa vue qui se brouillait. Elle était exactement dans le même état que lui, et elle osait dire qu'elle n'avait pas « très mal »... Malgré la douleur, il eut du mal à retenir un rire devant le mensonge éhonté qu'elle venait de lui dire...
- Qu'est ce que tu as ?
Enguerrand la regarda pendant qu'elle terminait sa tisane.
- Je ne savais pas que le mensonge faisait partit du métier de Radaskiel...
Cyliana le regarda gênée, ne comprenant pas de quoi il parlait. Devant son air interrogateur, Enguerrand se lança.
- Depuis que nous avons retrouvé nos pouvoirs, il y a eu en quelque sorte un petit incident... Je ressens à présent ta douleur...
Cyliana le fixa, blême.
- Je suis désolé...
Maintenant que la douleur avait totalement disparu, Enguerrand se sentait d'humeur plus légère.
- J'accepte tes excuses, ce n'est pas beau de mentir !
- Non ! Je m'excuse pour le fait que tu ressentes ma douleur...
Enguerrand se pencha au dessus de la table pour se rapprocher de sa compagne.
- Et moi je dis que tu n'as pas à t'excuser, je trouve cela pratique ! Ainsi, tu ne peux plus me mentir sur ton état ! Et pour moi, c'est le principal...
Cyliana baissa les yeux. Elle se sentait mal à l'aise.
- Ne t'en fait pas. Ce n'est pas grave ! la rassura Enguerrand.
- Tu ne m'en veux pas ?
Enguerrand fit soudain la moue, semblant intensément réfléchir. Cyliana le regarda perplexe. Hésitant entre le rire et la crainte, attendant le verdict qui ne tarda pas à venir.
- Hum... Non ! Je ne t'en veux pas !
Devant le grand sourire de son compagnon, Cyliana se sentit immédiatement plus à l'aise.
Alors qu'ils grignotaient des gâteaux secs dont Kriar se faisait un plaisir d'en quémander quelques morceaux, Enguerrand commença à avoir un violent mal de tête. Il ferma les yeux et essaya de le chasser, en vain. Décidément, ce n'était pas sa journée.
Soudain, Ténèbre apparut dans son esprit.
- Désolé Enguerrand. C'est un contrecoup de la création du lien, il faut que ton corps s'habitue à ma présence.
Enguerrand trouva étrange qu'un simple lien puisse avoir autant d'effet. Mais trop occupé à essayer de comprendre ce qu'elle lui expliquait, il ne chercha pas plus longtemps.
- En quoi ton lien a-t-il un effet sur mon mal de tête ?
- Ce n'est pas un simple lien. Grâce à lui, tu es totalement protégé des attaques extérieures. Les Sorciers ne peuvent plus rien contre toi !
- Ce n'est pas une mauvaise chose ! Mais combien de temps ce mal de tête va-t-il continuer ?
Il y eut un silence qui sembla durer une éternité à Enguerrand qui commençait à ne plus avoir les idées très claires.
- En théorie, demain tu ne devrai plus avoir mal...
- En théorie, oui, mais en pratique c'est autre chose, c'est ça ?
- Je ne sais pas...
- Enguerrand que ce passe-t-il ?
Ténèbre brisa le contact et Enguerrand rouvrit brutalement les yeux.
- Rien, ne t'inquiète pas. J'ai seulement un de ces maux de tête !
- Tu veux aller te coucher ?
- Ce n'est pas de refus, la lumière n'arrange rien.
Cyliana aida Enguerrand à se relever et à se diriger vers la chambre. Le mal de tête ne cessait d'augmenter, brouillant sa vue. Une fois arrivé dans sa chambre, Cyliana le fit allonger après lui avoir enlevé son épée et ses bottes. Kriar avait posé sa tête sur le lit et regardait son maître inquiet. Cyliana posa une main sur son front pour vérifier sa température. Enguerrand s'aperçut qu'elle prenait cela très au sérieux.
Après l'avoir ausculté, elle se releva et lui demanda de patienter quelques instants.
Quand elle revint, elle avait dans les mains une tasse fumante.
- Pour une fois que je peux m'occuper de toi, je ne vais pas passer à côté de l'occasion !
Enguerrand eut un léger sourire malgré la douleur. Il se redressa et prit la tisane des mains de son amie. Il remarqua qu'elle lui en avait mit à ras bord.
- Il faut tout boire, c'est une infusion de Reine-des-prés. Cela devrait calmer ton mal de tête et faire chuter ta fièvre.
Il commença à boire, sous la surveillance de son amie. Une fois la tisane finie, Cyliana reprit la tasse.
- Tu te sens un peu mieux ?
- Un peu, oui. Merci beaucoup !
- Mais de rien ! Ce serait marrant si nous devions prendre chacun notre tisane à chaque repas, non ?
Devant le sourire mutin de Cyliana, il ne put s'empêcher de rire malgré l'élancement brutal que cela lui provoqua.
- Je vais te laisser te reposer, sinon la tisane n'aura servi à rien !
Elle lui souhaita une bonne nuit puis sortit accompagnée de Kriar.
Une fois seul, Enguerrand sombra dans un sommeil mouvementé...




