Chapitre Quatorze, sixième partie.

Chapitre Quatorze, sixième partie.
Quand il ouvrit les yeux, une vive douleur lui traversa le corps, mais il n'y prêta pas attention. Le visage de Cyliana était au dessus de lui, elle avait posé sa tête sur ses cuisses et lui caressait tendrement le visage. Quand elle s'aperçut qu'il était réveillé, un cri hystérique sortit de ses lèvres. Elle le redressa précipitamment et le prit dans ses bras, comme si elle avait peur qu'il ne s'envole.

- Enguerrand ! J'ai eu si peur ! Je pensais que tu ne te réveillerais jamais ! La journée est presque terminée et Sarhann semblait très inquiet ! Que s'est-il passé ?

Touché par l'inquiétude que lui portait son amie, il relâcha l'épée et la prit également dans ses bras. Heureux de la retrouver. Mais maintenant qu'il avait repris conscience, ce qu'il avait faillit lui faire plus tôt dans la journée ne cessait de le torturer. Il s'écarta de sa compagne qui le regarda, angoissée.

- Qui y'a-t-il ?

Enguerrand regarda la traînée de sang séché le long de la gorge de Cyliana. Il regarda ensuite son bras où un tissu bien serré faisait office de garrot. Croisant son regard, elle comprit immédiatement ce qui le tracassait.

- Enguerrand ce n'est pas grave.
- Pas grave, s'exclama-t-il, mais je t'ai tailladé le bras et j'ai été à deux doigts de te trancher la tête ! Pas grave...

Elle l'attira de force dans ses bras et tenta de le rassurer. Enguerrand se laissa faire. Ainsi, il ne croisait plus son regard. Il avait honte de ce qu'il lui avait fait, et de ce qu'il avait failli lui faire...

- Ce n'est pas de ta faute ! Sarhann avait prévenu qu'il y avait une épreuve ! Ils nous avaient mis en garde sur le fait que cela pouvait se révéler dangereux pour ceux qui se trouveraient à tes côtés. C'est de ma faute ! Je n'aurais pas dû me précipiter comme cela. J'aurais dû savoir que cela faisait partie de l'épreuve... mais je n'ai pas supporté de te voir souffrir...

Cyliana déposa un baiser sur la joue d'Enguerrand pour le calmer. Il sursauta sous la surprise mais ne bougea pas. C'était la troisième fois qu'elle agissait ainsi, et c'était loin de lui déplaire.

Il s'écarta de nouveau et décida d'effacer les horreurs qu'il lui avait faites. Il libéra son pouvoir et posa sa main sur sa gorge pour y guérir la coupure et y effacer le sang. Ensuite, il retira délicatement le tissu recouvrant la blessure qu'elle avait sur le bras. Elle le regardait silencieuse, se laissant faire. Après avoir écarté les lambeaux de la chemise collée à la peau par le sang coagulé, il posa sa main le plus doucement possible afin de ne pas lui faire mal. Malgré cette attention, elle eut un sursaut et un léger cri de douleur s'échappa de ses lèvres. Il lança une nouvelle fois le sort de guérison et la blessure se referma rapidement.

Quand il eut terminé, il se releva et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Ils se firent face, se regardant droit dans les yeux. Il voyait à présent la lueur qui l'avait frappé lors de sa démence, comment avait-il pu passer à côté avant ? Cette lueur qui lui réchauffait le c½ur, toujours présente même après ce qu'il lui avait fait. Sans s'en rendre réellement compte, il la reprit dans ses bras et lui rendit son baiser sur sa joue si délicate et si douce. Il sentit à ce moment là des larmes s'écouler le long des joues de la Keltane.

- Pourquoi pleures-tu ?
- Pour rien. Je suis simplement heureuse de t'avoir retrouvé !

Ils restèrent un long moment enlacés, simplement heureux d'être ensemble. C'était le principal.

Mais alors que ses craintes se calmaient, la douleur qui lui tenaillait le corps se révéla soudain plus insistante. Il ne comprenait pas d'où elle pouvait bien provenir.

- Alors ! Tu ne m'as pas dit ce qui s'est passé ?

Enguerrand s'écarta et la regarda amusé. La Radaskiel reprenait le dessus sur l'amie et désirait ardemment savoir ce qui avait bien pu lui arriver.

- Allons manger, je te raconterai tout autour d'un bon repas !
- Tu as intérêt, et je veux que tu n'omettes aucun détail !
- Vos désirs sont des ordres, gente damoiselle !

Enguerrand attacha le fourreau de l'épée puis rengaina Ténèbre avant de prendre la main de Cyliana et de se diriger vers les cuisines. En sortant, ils trouvèrent Kriar qui surveillait l'entrée qui n'était plus gardée.

- D'après ce que je sens ça va mieux. Comment vas Ténèbre ?
- Je vais bien merci.

Enguerrand trouva ce contact étrange. Le lien avec Ténèbre était totalement différent de celui de Kriar. Elle pouvait, si elle le désirait, le couper et ne plus avoir aucun rapport avec lui, alors qu'avec Kriar, il ne pouvait qu'interrompre le lien, mais si l'un des deux désirait réellement le réactiver, il pouvait le faire sans problème.

- Je suis heureux de faire ta connaissance ! confirma Kriar ravi. Merci de m'avoir sauvé la vie la dernière fois !
- Mais c'est normal. Enguerrand aurait été en possession de ses pouvoirs, il en aurait fait autant.
- Je voudrai également vous remercier, intervint Cyliana qui semblait elle aussi pouvoir l'entendre grâce au lien de Kriar, sans vous, Enguerrand aurait perdu la vie par deux fois...
- Merci...

Enguerrand put ressentir grâce à l'intonation de Ténèbre qu'elle était extrêmement gênée par tout cet élan de gratitude qu'ils lui témoignaient, mais elle semblait également apprécier qu'on s'intéresse à elle, ces anciens « Maîtres » n'ayant certainement pas eu l'idée, ou le temps, de lui parler. Enguerrand décida de ne pas commettre cette erreur et de faire de Ténèbre son amie...

Lorsqu'ils arrivèrent aux cuisines, il n'y avait personne, ce qu'Enguerrand préféra de loin. Il fit installer Cyliana et alla chercher deux bols qu'il remplit du ragoût encore fumant avant de prendre les couverts et le pain et de ramener le tout sur la table. Il donna ensuite à Kriar un morceau de viande avant de s'installer. Ils commencèrent à manger silencieusement, mais Cyliana ne supportant plus le mutisme de son compagnon, décida de prendre la parole.

- Alors, tu vas me dire ce qui t'es arrivé ?

Enguerrand poussa un long soupir avant de se lancer.

Pendant deux heures, il expliqua minutieusement à Cyliana toute l'histoire de Ténèbre. Kriar était allongé aux côtés de l'Elfe et semblait lui aussi tout écouter passionnément.

Lors du passage du forgeron, Enguerrand ne put s'empêcher de voir que la Keltane faisait tout pour ne pas révéler ses sentiments.

Quand il termina, un lourd silence s'installa.

- C'est horrible... murmura Cyliana, ne trouvant pas d'autres mots.

Enguerrand avait du mal à respirer, la douleur se révélait de plus en plus intense au fur et à mesure que le temps passait. Cyliana, toujours silencieuse, posa inconsciemment une main sur sa poitrine.

Il sursauta. Comment pouvait-il être aussi bête ? Il s'excusa auprès de son amie et se dirigea vers sa chambre le plus rapidement possible. Une fois arrivé, il ouvrit son sac et prit le sachet où il avait rangé les feuilles de Lidhs. Il en prit trois et retourna auprès de Cyliana. Il lui prépara aussitôt la tisane avant de la lui donner.

- Excuse moi, je n'y ai pas pensé...

Cyliana commença à la boire lentement.

- Ce n'est pas grave, je n'ai pas très mal.

Enguerrand qui avait du mal à rester calme la regarda consterné. Sa poitrine le lançait violemment, il avait du mal à rester maître de ses mouvements et il avait sa vue qui se brouillait. Elle était exactement dans le même état que lui, et elle osait dire qu'elle n'avait pas « très mal »... Malgré la douleur, il eut du mal à retenir un rire devant le mensonge éhonté qu'elle venait de lui dire...

- Qu'est ce que tu as ?

Enguerrand la regarda pendant qu'elle terminait sa tisane.

- Je ne savais pas que le mensonge faisait partit du métier de Radaskiel...

Cyliana le regarda gênée, ne comprenant pas de quoi il parlait. Devant son air interrogateur, Enguerrand se lança.

- Depuis que nous avons retrouvé nos pouvoirs, il y a eu en quelque sorte un petit incident... Je ressens à présent ta douleur...

Cyliana le fixa, blême.

- Je suis désolé...

Maintenant que la douleur avait totalement disparu, Enguerrand se sentait d'humeur plus légère.

- J'accepte tes excuses, ce n'est pas beau de mentir !
- Non ! Je m'excuse pour le fait que tu ressentes ma douleur...

Enguerrand se pencha au dessus de la table pour se rapprocher de sa compagne.

- Et moi je dis que tu n'as pas à t'excuser, je trouve cela pratique ! Ainsi, tu ne peux plus me mentir sur ton état ! Et pour moi, c'est le principal...

Cyliana baissa les yeux. Elle se sentait mal à l'aise.

- Ne t'en fait pas. Ce n'est pas grave ! la rassura Enguerrand.
- Tu ne m'en veux pas ?

Enguerrand fit soudain la moue, semblant intensément réfléchir. Cyliana le regarda perplexe. Hésitant entre le rire et la crainte, attendant le verdict qui ne tarda pas à venir.

- Hum... Non ! Je ne t'en veux pas !

Devant le grand sourire de son compagnon, Cyliana se sentit immédiatement plus à l'aise.

Alors qu'ils grignotaient des gâteaux secs dont Kriar se faisait un plaisir d'en quémander quelques morceaux, Enguerrand commença à avoir un violent mal de tête. Il ferma les yeux et essaya de le chasser, en vain. Décidément, ce n'était pas sa journée.

Soudain, Ténèbre apparut dans son esprit.

- Désolé Enguerrand. C'est un contrecoup de la création du lien, il faut que ton corps s'habitue à ma présence.

Enguerrand trouva étrange qu'un simple lien puisse avoir autant d'effet. Mais trop occupé à essayer de comprendre ce qu'elle lui expliquait, il ne chercha pas plus longtemps.

- En quoi ton lien a-t-il un effet sur mon mal de tête ?
- Ce n'est pas un simple lien. Grâce à lui, tu es totalement protégé des attaques extérieures. Les Sorciers ne peuvent plus rien contre toi !
- Ce n'est pas une mauvaise chose ! Mais combien de temps ce mal de tête va-t-il continuer ?

Il y eut un silence qui sembla durer une éternité à Enguerrand qui commençait à ne plus avoir les idées très claires.

- En théorie, demain tu ne devrai plus avoir mal...
- En théorie, oui, mais en pratique c'est autre chose, c'est ça ?
- Je ne sais pas...
- Enguerrand que ce passe-t-il ?

Ténèbre brisa le contact et Enguerrand rouvrit brutalement les yeux.

- Rien, ne t'inquiète pas. J'ai seulement un de ces maux de tête !
- Tu veux aller te coucher ?
- Ce n'est pas de refus, la lumière n'arrange rien.

Cyliana aida Enguerrand à se relever et à se diriger vers la chambre. Le mal de tête ne cessait d'augmenter, brouillant sa vue. Une fois arrivé dans sa chambre, Cyliana le fit allonger après lui avoir enlevé son épée et ses bottes. Kriar avait posé sa tête sur le lit et regardait son maître inquiet. Cyliana posa une main sur son front pour vérifier sa température. Enguerrand s'aperçut qu'elle prenait cela très au sérieux.

Après l'avoir ausculté, elle se releva et lui demanda de patienter quelques instants.

Quand elle revint, elle avait dans les mains une tasse fumante.

- Pour une fois que je peux m'occuper de toi, je ne vais pas passer à côté de l'occasion !

Enguerrand eut un léger sourire malgré la douleur. Il se redressa et prit la tisane des mains de son amie. Il remarqua qu'elle lui en avait mit à ras bord.

- Il faut tout boire, c'est une infusion de Reine-des-prés. Cela devrait calmer ton mal de tête et faire chuter ta fièvre.

Il commença à boire, sous la surveillance de son amie. Une fois la tisane finie, Cyliana reprit la tasse.

- Tu te sens un peu mieux ?
- Un peu, oui. Merci beaucoup !
- Mais de rien ! Ce serait marrant si nous devions prendre chacun notre tisane à chaque repas, non ?

Devant le sourire mutin de Cyliana, il ne put s'empêcher de rire malgré l'élancement brutal que cela lui provoqua.

- Je vais te laisser te reposer, sinon la tisane n'aura servi à rien !

Elle lui souhaita une bonne nuit puis sortit accompagnée de Kriar.

Une fois seul, Enguerrand sombra dans un sommeil mouvementé...
# Posté le jeudi 21 juin 2007 09:01
Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:16

Chapitre Quatorze, septième partie.

Chapitre Quatorze, septième partie.
Coucou,

Alors la suite est là, mais je vous préviens, ce n'est pas super... Je n'aime pas ce passage, et je n'arrivais pas à l'écrire, alors bon, en attendant de le retravailler, je vous le met, et ainsi je pourrai écrire la suite qui s'annonce meilleure ^_^



Il se réveilla en sursaut, couvert de sueur. Il venait de passer une nuit cauchemardesque et le soleil n'était pas encore levé. N'arrivant plus à dormir, et ne le voulant plus, il mit ses bottes et prit par réflexe sa ceinture où était attachée sa nouvelle épée. Il sortit et se dirigea en toute hâte vers la sortie du Temple pour prendre l'air.

Une fois dehors, il se promena dans le potager. Il regardait à peine où il se dirigeait, l'esprit ailleurs. Quelques larmes s'écoulèrent le long de son visage sous le poids des remords.

Sans s'en apercevoir, il pénétra dans le jardin du temple. Quand il en prit conscience, il se retrouva au milieu de millier de fleur, dont la vue réconforta quelque peu Enguerrand. Il venait de dénicher un nouvel havre de paix dans le havre de paix lui-même.

Il s'enfonça plus profondément dans cet immense jardin ressemblant à un labyrinthe et finit par trouver en son centre des bancs où il décida de s'asseoir alors que le soleil commençait à peine à se lever.

Comment avait-il pu commettre un tel acte ? C'était inconcevable... C'était son amie... Elle lui faisait confiance et lui avait tenté de la tuer... Son regard lorsqu'elle avait frôlé la mort le perturbait. Il y avait lu de la détermination, comme si elle s'était résignée à mourir de la main de son seul ami...

Maudite épée ! Tout cela était arrivé par sa faute !

Il la dégaina rageusement et voulu la jeter au loin. À ce moment là, Ténèbre apparut dans son esprit, la tête baissée.

- Enguerrand, j'ai une chose à te dire...
- Qu'y a-t-il ? vociféra Enguerrand, ne désirant en aucun cas discuter avec elle.

Ténèbre se tenait au fond de son esprit, ne semblant aucunement touché par cet élan de haine envers elle. Comme si elle y était habituée.

- C'est de ma faute ce que tu as failli faire à Cyliana. En aucun cas les sentiments que tu as ressenti envers elle étaient réels... Il s'agissait de ceux du Maître Noir...

La colère qu'il ressentait pour l'épée chuta aussi rapidement qu'elle était apparu. À la place, une incompréhension sans fin fit place.

- Comment cela est-il possible ?
- Tu te souviens de la rage et de la haine qu'a ressenti le Maître Noir à sa mort ?
- Oui, sans problème...
- C'est de cela qu'il s'agit... Il est mort sans avoir pu faire ce dont il avait le plus à c½ur. Ses sentiments étaient si puissants, qu'il les a gravés en moi. Depuis, chaque nouveau Gardien est obligé de supporter cette épreuve... Je dois les faire souffrir sur ce qu'ils aiment le plus... Pour toi, il s'agissait de Cyliana. Si elle ne s'était pas approchée, cela n'aurait absolument rien changé...

Enguerrand resta sans voix, n'arrivant pas à croire une telle chose.

- Pourquoi ne me l'as-tu pas dit plus tôt ?

Ténèbre baissa de nouveau la tête, extrêmement gênée.

- Je suis désolée, je n'y ai plus pensé... Et quand j'ai vu que vous en aviez discuté avec Cyliana, j'ai pensé que tout était redevenu dans l'ordre...

Enguerrand ne dit rien, encore plongé dans ses sombres pensées. Mais les paroles de Ténèbre lui avaient ôté une grande partie de ses craintes. Cependant, certaines persistaient.

- Est-il possible que ces accès de rage et de haine me reprennent subitement ?
- Non ! Ne t'inquiète pas ! Cela ne se reproduira plus jamais, et si ça le devait, je te promets de les contenir !
- Merci Ténèbre, et excuse moi pour tout à l'heure...

Elle se fit plus présente dans son esprit et sembla l'envahir de douceur.

- Ce n'est rien, c'est à moi de m'excuser. Mais je vais te laisser. Cyliana est là, elle s'inquiète pour toi...

Aussitôt, Ténèbre disparut de son esprit le ramenant brutalement à la réalité. Le soleil venait de se lever. Cyliana était en face de lui, assise sur un banc, une pointe d'inquiétude transperçant dans son regard.

Comme si elle savait qu'il était de nouveau conscient, elle s'adressa à lui.

- De quoi discutiez vous avec Ténèbre ?
- Comment sais-tu que j'étais avec Ténèbre ? Et comment savais-tu que j'étais ici ?

Cyliana le regarda quelques secondes, avant de se lever et de venir s'asseoir à ses côtés.

- Tout d'abord, lorsque je me suis levée, tu ne m'attendais pas devant ma porte. Ce que tu avais l'habitude de faire. Kriar m'a ensuite prévenue que tu n'étais pas dans ta chambre... Je t'ai donc cherché dans tout le Temple, et je t'ai finalement retrouvé ici...
» Quand au fait que je sache que tu discutait avec Ténèbre, ce n'est pas bien difficile, il m'a suffit de voir tes yeux...

Devant le regard incrédule d'Enguerrand, elle eut un léger sourire et décida de s'expliquer.

- J'ai remarqué que lorsque le lien entre Ténèbre et toi agit, tes yeux deviennent gris...

Surpris par cette nouvelle, il regarda l'épée qu'il avait toujours en main. Il se souvint alors de la façon dont Cyliana l'avait fixé après le combat contre les Chasseurs. Maintenant il savait pourquoi, elle avait vérifié que c'était bien lui... Il rengaina son épée alors que Cyliana lui posait une question.

- De quoi discutiez-vous ?
- De toi... Où plutôt de ce que j'ai failli te faire...

Cyliana ne sembla pas étonné de la réponse, comme si elle si était attendue.

- Et alors, qu'en est-il ?

Elle avait posé cette question d'une voix neutre, pourtant Enguerrand était persuadé qu'elle mourrait d'envie de connaître la réponse. Il lui expliqua alors tout ce que lui avait révélé Ténèbre. Quand il eut terminé, elle paraissait ravie de savoir que tout était rentré dans l'ordre.

- Je me doutais bien que tu n'allais pas oublier ce qui s'était passé du jour au lendemain, mais j'espère que maintenant tu n'y penseras plus.

Enguerrand le lui assura en la prenant dans ses bras.

- Au fait, tu n'as plus mal à la tête ?
- Non, plus du tout.

Cyliana eut une pointe de déception sur le visage qui amusa Enguerrand.

- Moi par contre il faut que je te prépare ta tisane !

Cyliana se redressa et le regarda faussement mécontente.

- Figure toi que non. Car ne te trouvant pas, et sachant qu'à présent tu ressentais ma douleur, je me suis résigné à demander à Jawaad de me préparer sa fameuse potion ! (Cyliana marqua un temps.) Et figure toi qu'elle était encore plus ragoûtante que dans mes souvenirs !

Enguerrand rit de bon c½ur devant la figure écoeuré de son amie.

- Je suis désolé, je te promets de ne plus jamais t'abandonner et de toujours te faire ta tisane.

Cyliana attrapa sa chemise et l'attira tout prêt d'elle. Elle fixa ses yeux dans les siens et prit une allure inquiétante.

- Tu as intérêt ! Je ne bois plus cette potion infecte ! Elle me rend malade ! Si tu m'oublies encore une seule fois, je me vengerai.

Puis elle le relâcha le sourire aux lèvres.

- C'était convainquant ?

Enguerrand en avait eu des frissons, et ce n'était pas à cause de la peur...

- Absolument ! Pour me faire pardonner, je vais te préparer un bon petit-déjeuner ! (Il regarda soudain autour de lui intrigué.) D'ailleurs, où est Kriar ?

Amusé, Cyliana se leva et commença à se diriger vers la sortie du jardin, aussitôt suivit par Enguerrand.

- Si tu crois qu'il nous a attendu ! Quand Jawaad m'a fait ma potion, il m'a prévenu que nous partirions cette après-midi, alors Kriar s'est précipité dans les cuisines pour faire des réserves.
- Le contraire m'aurait étonné...

Quand ils arrivèrent aux cuisines, ils trouvèrent Kriar allongé en train de manger voracement un morceau de gigot.

- J'espère que tu nous as laisser de quoi nous restaurer tout de même ?
- J'ai bien été obligé, Jawaad s'en est assuré en mettant toute la nourriture hors de ma portée... Il a décidé de me faire mourir de faim !

Enguerrand souffla impuissant devant la gloutonnerie de son loup. Il put cependant préparer un repas convenable pour Cyliana et lui-même.

À peine venaient-ils de terminer, que Sarhann et Jawaad apparurent. Ils s'installèrent à leur côtés, et Sarhann demanda aussitôt à Enguerrand ce qui lui était arrivé la veille. Mais alors qu'il allait commencer à le leur raconter, Ténèbre refit surface dans son esprit.

- Ne leur dis rien, s'il te plaît. Je ne veux pas qu'ils le sachent.
- Mais pourtant tu m'as laissé le dire à Cyliana.
- C'était une exception, parce qu'elle a veillé sur toi tout le temps et que je lui fais confiance... Mais je ne désire pas que quelqu'un d'autre le sache...

Quand Ténèbre quitta son esprit, il croisa le regard de Cyliana. Elle se demandait ce qui se passait. Quant à Sarhann et Jawaad, ils attendaient calmement qu'il se décide à tout leur dire.

- Je suis désolé, mais elle ne veut pas que je vous le révèle...

Sarhann sembla déçut.

- Dans ce cas, partons tout de suite, proposa Jawaad, un de mes hommes m'a averti que les Dragons vous attendent en Gamlaad pour vous ramener à Sautour.
- Pourquoi en Gamlaad et pas en Ocaelia ?
- Tout simplement car Gamlaad n'est qu'à une demi-journée de marche d'ici, ainsi vous rentrerez plus rapidement.

Cyliana sembla ravie de cette nouvelle, mais Kriar moins. Le loup semblait soudain réticent à partir.

- C'est obligé de rentrer à dos de dragons ? Je préfère que nous rentrions à pied !
- Ce n'était pas toi qui te plaignait de devoir marcher toute la journée ? fit remarquer Enguerrand.
- Si, mais ça c'était pour éviter les tours de garde ! Enguerrand je t'en supplie, rentrons à pied ! Je monterais la garde toutes les nuits, mais pitié, pas les Dragons !
- Kriar, nous n'avons pas le choix, il ne nous reste que peu de temps ! Tu as bien vu l'état de Cyliana lorsqu'elle prend la potion de Jawaad ! C'est le signe que les feuilles de Lidhs commencent à l'empoisonner ! Les tisanes auront bientôt le même effet ! Plus vite nous retournerons à Sautour, plus vite nous repartirons pour le Sanctuaire !

Kriar baissa les oreilles honteux. Il se sentait coupable d'avoir totalement oublié les effets néfastes des feuilles de Lidhs.

- Désolé, j'avais oublié... C'est d'accord pour les Dragons... Mais je déteste ça. Tu as de la chance que je l'aime bien.

Enguerrand n'en doutait pas une seconde, si Kriar n'avait pas apprécié Cyliana, il aurait farouchement refusé de se soumettre à voyager avec un Dragon...

Jawaad leur expliqua que les quelques affaires qu'ils avaient laissées au village les attendraient près des Dragons. Ils pouvaient donc immédiatement aller en Gamlaad. Après avoir pris soin d'emporter quelques provisions « comestible », ils s'en allèrent en direction de Gamlaad.
# Posté le dimanche 24 juin 2007 04:43
Modifié le samedi 07 juillet 2007 20:04

Chapitre Quinze, première partie.

Chapitre Quinze, première partie.
CHAPITRE 15





Le soleil ne laissait de place à aucune ombre. L'air brûlant asséchait tout sur son passage. En apparence, la pierre rouge surchauffée du désert ne renfermait que mort et désolation. L'on ne voyait nulle part le moindre point d'eau, ni même le moindre être vivant. Seule quelques rares plantes survivaient en ce milieu hostile.

Cela faisait maintenant deux jours qu'ils attendaient. Ils s'étaient installés au sommet du canyon et observaient les alentours sous la chaleur étouffante de Gamlaad.

Allongée au bord du canyon, Serjira balançait nonchalamment sa queue dans le précipice, la tête posée sur ses pattes avant, observant silencieusement son compagnon. Il regardait en direction des Marais, attendant impatiemment l'arrivé de la Radaskiel et du Gardien. Tous les deux avaient faim et soif.

À bout de patience, il se releva et étendit longuement ses ailes pour les dégourdir. Il fit ensuite quelques pas tout en soufflant de mécontentement. Quelques flammèches s'échappèrent de sa gueule.

- Je me doutais bien que cela arriverait ! Pourquoi n'ai-je rien manger avant de partir !

Serjira eut un léger sourire. Jamais elle ne l'avait vu si irrité. Elle se releva doucement et s'approcha de lui. Une fois à ses côtés, elle élança son cou jusqu'à amener sa tête contre la sienne.

- Ne t'inquiète pas Einaïn, ils vont bientôt arriver. Je te promets que ce soir, nous ferons un festin en Biozdun !

Einaïn se calma quelque peu sous les caresses de sa compagne. Afin de lui apporter un peu d'ombre et de fraîcheur, il étendit son aile gauche au dessus d'elle.

Alors qu'ils continuaient leur étreinte, un raclement de gorge se fit entendre derrière eux.

Sur leur garde, les deux Dragons se retournèrent aussitôt.

- Excusez-moi de vous dérangez dans un tel moment, mais vous êtes bien chargés de ramener le Gardien du Pendentif et la... Radaskiel... à Sautour n'est-ce pas ?

Einaïn, méfiant, s'approcha de l'inconnu. Il ne s'arrêta que lorsque son museau lui frôla le menton. La jeune femme ne bougea pas d'un pouce, son regard restait obstinément fixé dans celui de son interlocuteur sans ciller.

- Où as-tu prit connaissance de cette information ?

La jeune femme recula d'un pas avant de se prendre le menton d'une main et de lever les yeux au ciel, semblant réfléchir intensément.

- Oula, cela n'a pas été facile ! Des Sorciers qui traversent le Royaume de Faun. Des dizaines de mort en Ocaelia. Deux personnes qui franchissent la frontière pour se rendre dans les Marais de l'Oublie. Deux Dragons qui se dirigent en Gamlaad... Je ne vois vraiment pas au vue de ces maigres informations, comment j'ai bien pu le savoir...

Einaïn regarda la jeune femme intrigué. Il ressentait sur elle une odeur familière. Sans se préoccuper de ce qu'elle allait dire, il commença à renifler son corps de bas en haut, avant de s'arrêter sur le haut de son dos.

- Oups... Que suis-je bête. J'ai totalement oubliée de vous en parler. Cela aurait éviter que vous ne me soupçonniez de quoi que ce soit...

Sans aucune inquiétude, la jeune femme baissa le haut de sa fine tunique...

*
* *

Allongé sur un tas de coussin moelleux, un verre de liqueur à la main, elle se reposait de son long voyage.

Dehors, le soleil était brûlant. Heureusement, elle était à l'abri de la chaleur à l'intérieur de sa tente. Elle vida son verre d'un trait et le reposa sur la petite table à ses côtés avant de s'allonger et de fermer les yeux. Elle était exténuée. En trois jours, elle avait parcouru une distance que l'on faisait habituellement en cinq. Mais le résultat était là, elle avait réussit à rattraper les Dragons avant qu'ils ne repartent. Le plus dur avait été de les repérer dans cet immense désert. La couleur argentée de la Dragonne l'avait grandement aidé en reflétant les rayons du soleil...

À présent, il ne lui restait plus qu'à réussir à convaincre le Gardien de la prendre avec lui... Elle était prête à tout pour arriver à ses fins. La Radaskiel n'avait en aucun cas intérêt à se mettre en travers de son chemin !

Un sourire étira ses lèvres. Elle avait enfin trouvée le moyen de visiter le Royaume d'Irdala. Elle allait enfin voir ce qui avait brisé sa vie...

La rage remplaça la fatigue. Cela faisait si longtemps et pourtant, cela ne changeait absolument rien pour elle. Pour se changer les idées, elle se releva et sortit précipitamment de sa tente. À l'extérieur, la chaleur étouffante l'entoura subitement et lui donna le tournis, manquant de la faire tomber. Elle se rattrapa au pilier soutenant l'entrée de sa tente, attendant que le malaise disparaisse.

Une fois l'étourdissement passé, elle se dirigea au bord de l'étroit sentier qui lui avait permis d'atteindre le haut du canyon. Elle ne voyait toujours rien... Mais que faisaient-ils ? Ils auraient dû arriver maintenant. À croire qu'ils prenaient tout leur temps... Elle n'avait pas que ça à faire ! Elle attendait depuis trop longtemps ce moment !

Machinalement, elle attrapa l'un de ses bracelets et le fit tourner autour de son poignet. Sans même le regarder, elle savait au toucher qu'il était fait d'argent, et au relief, elle le reconnu. Elle l'avait acheté quelques jours plus tôt seulement. Elle ne l'avait pas encore essayé. Par curiosité, elle se demanda à quoi pouvait bien ressembler une Radaskiel en limace, cela devait être plaisant à voir...

Elle ferma les yeux et posa une main sur son omoplate droite. Un calme apaisant l'envahit.

Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas que plusieurs personnes grimpaient l'étroit chemin. Quand elle rouvrit les yeux, un sourire étira ses lèvres. Le Gardien était plus mignon qu'elle ne l'avait imaginé...
# Posté le lundi 25 juin 2007 15:43
Modifié le dimanche 29 juillet 2007 12:39

Chapitre Quinze, deuxième partie.

Chapitre Quinze, deuxième partie.
(L'Elfe mystérieuse)


Enguerrand récupéra la gourde des mains de Cyliana et voulu boire à son tour. Avec désespoir, il s'aperçut que celle-ci était déjà vide.

- Excuse-moi, je pensais que tu avais déjà bu...
- Ce n'est pas grave, on est bientôt arrivé d'après Zende.

Il rangea la gourde dans son sac et aida la Keltane à gravir l'étroit sentier. Il comprenait à présent pourquoi Jawaad avait préféré leur faire ses adieux à la frontière de Gamlaad. Ce désert était harassant... En plus de sa chaleur, son relief accidenté de toute part était épuisant. Même Zende d'habitude si fier faisait la grise mine. Heureusement, une fois en haut du sentier, ils seraient enfin arrivés. Il trouvait cependant étrange de ne pas ressentir la présence des Dragons...

Kriar, fatigué, se hâta de rejoindre le sommet pour pouvoir s'allonger et se reposer, mais une fois arrivé, il fut abasourdi.

- Enguerrand... Il y a quelque chose d'étrange...
- Quoi donc ?
- Rejoins-moi et tu verras...

Cyliana et Enguerrand se regardèrent intrigué avant de se dépêcher de rejoindre le loup.

Une fois arrivé au sommet, ils eurent une surprise de taille. Il n'y avait aucune trace des Dragons. À la place, une jeune Elfe Sylvaine leur faisait face les bras croisés.

Quelques mèches rebelles de ses longs cheveux blonds virevoltaient au gré du vent après s'être échappées du turban qu'elle avait sur la tête. Ses yeux couleur noisette, légèrement en amande, les fixaient malicieusement.

Elle était élancée, arborant une tenue légère faite de soie allant du jaune au vert pâle. Les manches de sa tunique lui arrivaient aux trois quarts de ses bras, laissant apparaître des dizaines de bracelets habilement taillés dans l'or, l'argent ou le cuivre. A sa taille, pendaient deux fourreaux, où deux sabres identiques étaient rangés, laissant présager que l'Elfe était une farouche guerrière.

Devant cette rencontre pour le moins surprenante, Enguerrand ainsi que Cyliana étaient sur la défensive. Zende, lui, regardait sans rien dire.

- Qui êtes-vous ? interrogea Enguerrand.

L'Elfe, le regard pétillant, s'approcha d'Enguerrand afin de lui faire face, ignorant royalement tous les autres.

- Je m'appelle Nemaris beau brun ! Et toi, tu es le nouveau Gardien je suppose ?
- Comment le savez-vous ? s'exclama Cyliana nerveuse.

Nemaris n'accorda aucune attention à la Keltane et garda son regard fixé sur Enguerrand.

- Les Dragons m'on demandé de vous faire patienter. Il avaient un petit creux... répondit-elle dans le vague.
- Quand vont-ils revenir ?

Nemaris recula et observa Cyliana comme si elle venait seulement de s'apercevoir de sa présence. Sans y faire attention, elle tritura de nouveau son bracelet, comme si celui-ci la démangeait.

- Ils ne devraient plus tarder. En attendant, venez dans ma tente, il y fait plus frais.

Zende qui attendait silencieusement prit alors la parole.

- Mon devoir est à présent terminé ! Il est temps pour moi de rentrer.

Le guerrier salua Cyliana avant de faire un rapide signe de tête vers Enguerrand et de s'en aller.

- Et moi ! maugréa Nemaris vexée. Je suis invisible ?

Zende se retourna penaud. L'Elfe le regardait avec colère. Elle s'approcha de lui et l'agrippa par le haut de sa peau de bête.

- Je veux bien que dans ton Royaume les bonnes manières aient été perdues ! Mais tout de même ! De là, à oublier de saluer la moitié des personnes présentes !

Le guerrier de plus en plus mal à l'aise, n'osait rien faire pour se libérer de l'emprise de Nemaris qui continuait à le sermonner comme un enfant.

Pendant ce temps, Enguerrand regardait la scène amusé.

- Je l'aime bien moi, elle a du caractère, tu en penses quoi ?
- Effectivement, murmura Cyliana, le pauvre Zende, il ne sait pas quoi faire. Ce n'est pas si grave après tout...

Nemaris, à bout de remontrances, relâcha le malheureux guerrier qui s'empressa de s'excuser. Une fois qu'il lui eut fait ses adieux, il s'en alla en courant.

Après s'être frotté les mains, l'Elfe leur fit face, le sourire aux lèvres...

- C'est bien ce qu'il me semblait ! Ils ne sont pas si horribles que ça. Je ne comprends pas pourquoi l'on a tant peur d'eux !

Guillerette, Nemaris retourna dans sa tente.

- Venez, il fait une de ses chaleurs ici !

Kriar, ravis de cette annonce, se précipita dans la tente. Il fut aussitôt suivi par Cyliana et Enguerrand. Une fois à l'intérieur, ils y apprécièrent avec un plaisir non dissimulé l'agréable fraîcheur qu'il y trouvèrent. Nemaris leur proposa de s'asseoir sur les confortables coussins pendant qu'elle faisait chauffer de l'eau.

Une fois installé, elle leur donna à chacun une tasse où elle avait préalablement mit quelques feuilles de menthe. Elle vida ensuite le reste de sa gourde dans un bol qu'elle donna à Kriar. Elle servit ensuite l'eau fumante dans les tasses.

- Il est toujours préférable de boire quelque chose de chaud dans le désert et non pas froid comme on le pense. Vous voulez des gâteaux avec votre thé ?

Sans attendre la réponse, Nemaris sortit une boite d'un sac posé à ses côtés. Après l'avoir ouverte, elle la disposa sur la table avant de se servir.

- Je raffole de ses pâtisseries Naine ! Saviez-vous que ses gâteaux avaient pour origine une recette Elfique ? Il y a très longtemps, mon peuple se goinfrait de ces pâtisseries, mais ils refusaient ardemment de partager leur secret avec les autres peuples... Les Nains, qui comme vous le savez sont très gourmand, n'ont pas apprécié que les Elfes refusent de partager. Ils ont alors décidé de voler la recette ! Ce qu'ils ont réussit à faire d'ailleurs...
» Une fois le précieux papier en main, ils en ont profité pour améliorer la recette et se régaler ! Lorsque mon peuple s'en est aperçut, cela a déclanché leur colère. Imaginez ! Les Nains ! Ces petits êtres vivant sous terre, passant leur temps à boire et à s'empiffrer, avaient réussi à créer de meilleures pâtisseries que celles des Elfes ! Ne supportant pas l'affront qui leur avait été fait, les miens ont donc décidé de totalement oublier leur recette...

Nemaris secoua la tête.

- Des fois, je me demande jusqu'où va la stupidité... Mais il est vrai qu'à l'époque, mon peuple était encore jeune et arrogant. Heureusement, cela à changer depuis !

Cyliana écoutait avec plaisir la discussion légère de Nemaris. Elle se sentait à l'aise, bien que l'Elfe ne semblait lui porter aucune attention. Cela n'était pas bien étonnant, leurs peuples respectifs ne s'entendaient pas depuis des millénaires. L'important était qu'elle ne l'avait pas rejeté...

Enguerrand, lui, mangeait avec plaisir et gourmandise les gâteaux qui leur étaient proposés. Nemaris ne leur avait pas menti, ils étaient excellents. Kriar les trouvait également succulent. Il ne cessait de quémander quelques gâteaux auprès de la Keltane, mais aussi, auprès de son maître qui se faisait une joie de lui en donner...

Soudain, Enguerrand eut conscience d'un oubli.

- Nous ne nous sommes pas présentés, excusez-moi ! Voici Cyliana, mon loup Kriar, et quant à moi, je me prénomme Enguerrand...

Nemaris se lova confortablement au milieu de ses coussins en prenant soin de ne pas les quitter des yeux.

- Il était temps ! Je me demandais si je ne devais pas également vous sermonner... Je trouve que les bonnes manières se perdent au fur et à mesure que les siècles passent ! Si ce n'est pas malheureux...

De puissant courant d'air s'engouffrèrent subitement dans la tente, la faisant violement bouger, renversant même les tasses heureusement vides.

- Il semblerait que nos amis ailés soient enfin revenus de la chasse !

Ils sortirent tous ensemble et se retrouvèrent face aux deux Dragons qui semblaient rassuré de les voir sains et sauf. Enguerrand ne tarda pas à reconnaître celui à la couleur noire.

- Einaïn ! Content de te revoir !
- Moi aussi, je suis rassuré de vous voir en pleine forme tout les deux. Vous êtes prêt ? Nous avons perdu assez de temps, il est grand temps de partir.

Enguerrand acquiesça pendant que Cyliana regardait intrigué le loup qui reculait précautionneusement, n'ayant soudain plus aucune envie de voyager à dos de Dragon.

- Allez-y sans moi ! Je vous rejoindrais plus tard, par voie terrestre...
- Kriar ! Cesse de faire le pitre, c'est ridicule !
- Enguerrand, intervint Cyliana, ne soit pas aussi méchant avec lui. Si tu étais à sa place, je pense que tu n'aimerais pas non plus devoir voyager entre les serres des Dragons...

Enguerrand la regarda étonné.

- C'est lui qui t'a raconté ça ?
- Oui, pourquoi ?
- Il ne me l'avait encore jamais faite celle là ! Il n'a jamais été question qu'il voyage entre les serres d'un Dragon... Ce qu'il ne veut pas, par contre, c'est que je lui donne la taille d'un louveteau !

Cyliana regarda le loup qui prenait soin de se tenir loin de son maître.

- Qui y'a-t-il de mal à ça ? Il ne faut pas avoir peur !
- Je n'ai peur, grogna Kriar, mais je n'aime pas ça car c'est dégradant ! Imagine que l'on te donne une taille de Naine, c'est humiliant ! Si une louve me trouve dans cet état, elle va me prendre pour un mioche !

La Keltane ne put retenir un éclat de rire.

- En altitude, il n'y a aucune louve ! s'exclama Enguerrand en perdant patience. Tu n'as donc rien à craindre ! Alors viens ici !

Ne trouvant pas de meilleure excuse pour ne pas le faire, le loup abdiqua. Sans conviction, il s'approcha de son maître la tête et la queue basses. Enguerrand posa aussitôt une main sur la tête de Kriar et récita une formule. Quand ce fut terminé, le loup commença rapidement à rapetisser. À la fin, il n'avait plus que la taille d'un petit louveteau, ainsi, il n'avait aucune difficulté à tenir dans les bras.

Cyliana s'approcha de lui et le regarda attendrit.

- Oh ! Tu es trop mignon ! Si tu veux, je te prends avec moi !

Le loup bougon, s'approcha de Cyliana en jappant de mécontentement, ce qui amusa beaucoup la Keltane. Il ne s'agissait à présent que d'une toute petite voix...

- C'est sûr que je ne vais pas avec ce tortionnaire ! Je me doutais qu'il était trop gentil avec moi tout à l'heure, il m'a donné un gâteau entier !

Cyliana le prit dans ses bras et plongea son visage dans la douce fourrure du loup.

- Tu es mimi comme ça !
- Oui et bien n'en profite pas !

Alors que la Keltane caressait toujours le loup, Einaïn approcha.

- Vous êtes prêts ?

Enguerrand lui fit un signe de tête positif après avoir vérifier qu'ils avaient bien leurs sacs avec eux. Les Dragons se baissèrent alors pour leur permettre de grimper sur leurs dos.

Cyliana confia son sac à Enguerrand le temps de monter. Une fois qu'elle se fut hissée sur le dos de la Dragonne et qu'elle fut bien installée, elle se pencha pour récupérer son sac qu'elle attacha à une pique. Kriar en profita ensuite pour se lover confortablement dans ses bras.

Enguerrand s'approcha ensuite d'Einaïn et grimpa rapidement sur son dos. Quand il voulut saluer Nemaris pour lui dire au revoir, il s'aperçut que la tente avait disparu et qu'il n'y avait plus aucune trace de l'Elfe.

- Cyliana tu as vu Nema...

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'il sentit quelqu'un se placer derrière lui et deux bras s'accrocher fortement à sa taille. En apercevant les nombreux bracelets qui ornaient ses avant-bras, il devina de qui il s'agissait.

- Il n'est pas question que vous partiez sans moi, je vous accompagne !

Enguerrand regarda Cyliana surpris. Elle était tout aussi étonnée que lui, voir même plus. Nemaris ayant intercepté son regard, rajouta sur le ton de la confidence :

- Je ne vais tout de même pas vous laisser vous amuser tout seul ! Ce serai injuste !

Comme si l'affaire était réglée, Einaïn et Serjira déployèrent leurs ailes avant de lentement s'envoler en direction de Biozdun...
# Posté le mercredi 27 juin 2007 09:17
Modifié le dimanche 29 juillet 2007 12:42

Chapitre Quinze, troisième partie.

Chapitre Quinze, troisième partie.
La nuit venait de tomber. Le froid s'infiltrait dans ses vêtements, cela en devenait insupportable ! Pourquoi avait-il insisté pour se rendre à ce maudis village au milieu de la forêt ? Quel intérêt ? Elle ramena les pans de sa cape contre elle et les bloqua du mieux qu'elle pu en se serrant un peu plus contre lui, essayant par tous les moyens de garder le peu de chaleur qui lui restait. Avec plaisir, elle constata que le vent ne passait plus dans ses vêtements, elle se sentait déjà mieux. Pourtant, elle n'avait rien pour se couvrir la tête, ce qui la gênait grandement.

Cyliana ne faisait pas attention au froid qui lui fouettait violemment le visage. Son regard restait obstinément fixé sur Nemaris. L'Elfe se serrait de plus en plus contre Enguerrand. Elle qui lui paraissait plut tôt comme amicale, lui semblait soudain extrêmement dangereuse... Pourquoi avait-elle décidée de les accompagner ? Elle s'était invitée au voyage sans même leur demander leurs avis et elle était bien trop attentionnée pour être sincère... Dans sa courte vie, elle avait appris à se méfier de tout le monde. Des personnes qui faisaient tout pour ne pas attirer l'attention, mais surtout de ceux qui faisaient tout pour devenir votre ami... Ainsi, Kriar avait beau tenter de lui changer les idées, Cyliana refusait de quitter l'Elfe des yeux. Enguerrand lui avait promis de discuter avec elle une fois arrivé au village, mais elle avait peur de se qui pouvait se passer avant...

Un picotement familier lui démangeant le museau, Einaïn regarda sa compagne. Il eut ainsi la certitude de ne pas se tromper. Il y avait des feux non loin de là. D'un commun accord avec Serjira, ils descendirent au dessus de la cime des arbres afin de mieux scruter la forêt à la recherche de la moindre maison. Après plusieurs passages sur un large périmètre, ils trouvèrent enfin le village bien dissimulé au milieu de la végétation. Ils reprirent un peu d'altitude pour chercher un endroit où se poser. Ils ne tardèrent pas à repérer non loin de là, une clairière assez grande pour les accueillir tout les deux.

Une fois qu'ils se furent posés en douceur, Enguerrand descendit rapidement et aida Nemaris à rejoindre la terre ferme. Il récupéra ensuite son sac et se dirigea vers Serjira où il aida Cyliana à descendre elle aussi. Kriar sauta aussitôt à terre et se dégourdis les pattes en jappant de plaisir. Après s'être roulé dans l'herbe, il s'approcha de son maître et exigea de lui qu'il lui rende sa taille normale. Quand ce fut fait, le loup s'en alla sans un mot rejoindre la meute qu'il avait rencontré à l'allé.

- Nous allons nous aussi vous dire au revoir, ma compagne et moi allons chasser. Nous nous retrouverons demain matin ici même.

Quand les Dragons se furent envolés, Enguerrand souffla.

- Je suis bien content d'être arrivé ! Je ne sens plus mon dos ! Ce voyage à dos de Dragon ne me réussit pas...
- Parle pour toi ! soupira Nemaris. Je ne sens plus mes bras ! Quelle idée de demander de rallonger le voyage...
- Nous avons promis de repasser dans ce village à notre retour... expliqua Cyliana d'un ton inamical. Nous ne faisons que tenir notre promesse... De plus, nous aurons ainsi un endroit où dormir confortablement cette nuit.

Nemaris croisa le regard de la Keltane et baissa la tête la mine sombre. Pour se réconforter, elle posa une main sur son épaule droite.

Enguerrand s'approcha alors de Cyliana et lui murmura :

- Ce n'est pas non plus la peine de l'agresser ! Rien ne nous dit qu'elle nous veut du mal.
- Peut-être. Mais rien ne nous dis que ce n'est pas le cas ! Ma mission est de te guider et te protéger ! J'ai bien l'intention de ne plus faillir à ma tâche à présent ! Tant que nous ne connaîtrons pas ses ambitions, je la garderai à l'½il...

Préférant ne rien dire de plus, Enguerrand décida d'ouvrir la marche pour rejoindre le village. Plus ils approchaient, et plus il discernait un vacarme familier. Ils ne tardèrent pas à apercevoir de nombreux villageois, armes à la main, avancer méfiants. Heureusement, à leur tête se tenait Herran qui les reconnut aussitôt.

- C'est vous ! Mais comment se fait-il que vous arriviez de ce côté-ci de la forêt ? Et quel était ce bruit ?
- Ne t'inquiète pas Herran, le bruit provenait des Dragons qui nous ramènent à Sautour !

Le chef du village, soudain rassuré, demanda à tous de baisser leurs armes et de rentrer chez eux.

- Eh bien ! On peut dire que vous nous avez filé une sacrée trouille ! Nous pensions qu'il s'agissait de Schverks !

Cyliana le regarda étonné.

- Des Schverks ? Il y en a dans les environs ?

Herran leur fit signe de le suivre.

- Malheureusement oui, il arrive que certains d'entre eux viennent jusqu'ici... Notre Roi en a quelques-uns à son service... Mais n'y pensons plus. Je suis heureux de vous revoir ! Avec tout ce qui est arrivé en Ocaelia après votre départ, nous avions peur qu'il vous soit arrivé quelque chose...
- Les nouvelles sont arrivés jusqu'ici ? demanda Enguerrand curieux. Pourtant il n'a pas l'air d'y avoir grand monde sur cette route.
- La caravane de marchand est passée avant-hier. Les nouvelles sont arrivées avec eux...

Une fois au centre du village, Herran les amena chez lui. Lorsqu'ils entrèrent, Elionor ravie, attrapa Cyliana et Enguerrand dans ses bras rassurée de les savoir vivant. Ensuite, s'apercevant de la présence de Nemaris, elle alla faire sa connaissance. Après, elle les fit s'installer à table avant de leur servir de quoi se restaurer.

- Alors, commença Elionor, vous avez trouvés ce que vous étiez parti chercher ?
- Oui, confirma Cyliana.
- Et vous avez trouvé le moyen de vous soigner ?

Nemaris sembla soudain intéressée par cette question, ce qui n'échappa en aucun cas à Enguerrand.

- Non, j'ai seulement rencontré d'autres personnes dans le même état que moi...

Elionor baissa la tête et décida de ne plus aborder ce triste sujet. Herran en profita pour lancer une discussion plus légère qui détendit l'atmosphère.

Nemaris ne participait pas à la conversation. Elle profitait de l'excellent ragoût qu'elle avait dans son assiette. Premier vrai repas depuis bien longtemps. Elle n'avait pas l'habitude d'être avec du monde, elle ne se sentait pas à l'aise. Elle préférait de loin la solitude. Elle écoutait néanmoins avec attention la conversation, confortablement installée sur son siège. Elle en profitait également pour observer ses compagnons de voyage. Ils semblaient soudain plus à l'aise et de meilleure humeur. Même Cyliana avait relâchée un peu sa surveillance, mais elle ne doutait pas que la Keltane continuait de surveiller ses moindres faits et gestes...

À la fin du repas, Elionor s'installa aux côtés de Cyliana et commença à discuter gaiement avec elle pendant qu'Enguerrand aidait Herran à débarrasser la table. Une fois qu'ils se furent écartés, Herran se rapprocha de lui.

- Pourquoi vous méfiez-vous de Nemaris ?

Enguerrand jeta un rapide coup d'½il en direction de la table avant de répondre.

- Nous ne la connaissons pas. De plus, elle a décidée de venir avec nous sans aucune raison apparente...
- Vous ne le lui avez pas demandé ?
- Non, pas encore. Mais je compte bien le faire ce soir...

Après avoir terminé de ranger, ils retournèrent à table comme si de rien n'était. Herran avait pensé à ramener des fruits qu'ils mangèrent tous avec une insatiable gourmandise. Cyliana en profita pour aborder un sujet dont elle avait longuement discuté avec Enguerrand.

- Il va falloir que vous partiez d'ici !

Elionor et Herran la regardèrent sans comprendre.

- Que veux-tu dire par là ? demanda Herran perplexe.
- Je veux dire que vous devez impérativement partir d'ici et essayer de passer la barrière de Cerollin en Azurain !
- Et pourquoi donc ? Nous sommes très bien ici !
- Khaos est de retour... Il compte bientôt envahir le continent ! Et cette fois-ci, il a une arme extrêmement dangereuse en sa possession ! Vous devez me croire, il faut que vous partiez en Azurain ! Il n'y a que là bas où vous serez en sécurité !

Enguerrand observait le couple, il savait d'avance quelle allait être leur réponse...

- Nous sommes désolé, mais nous resterons ici... C'est notre village ! Herran l'a bâtit de ses mains ! Et quant à moi, j'ai fais de mon mieux pour le rendre agréable... J'ai donné la vie de nombreuse fois ici ! Je veux que mon propre enfant naisse ici et profites du calme. Nous avons fuis la menace de la ville et le règne tyrannique de notre Roi ! Nous avons toujours été en paix ici... Pourquoi voulez-vous que Khaos s'attarde ici ?

Cyliana ne montrait aucune émotion, pourtant, Enguerrand savait qu'elle était bouleversée. Il savait qu'elle ne voulait pas abandonné, mais cela ne servirait à rien...

- Vous avez donné la vie ici, mais si vous restez, vous allez tous la perdre ! Khaos déteste tout ce qui ressemble de près ou de loin à un havre de paix ! Pensez-vous réellement que le Royaume de Gamlaad a toujours été ainsi ? Avant, c'était un Royaume tout aussi verdoyant que l'est Biozdun !
- Nous le savons très bien Cyliana, mais notre décision est prise. Ma femme et moi, nous resterons ici ! Nous en avons déjà discuté, nous nous doutions que votre venue n'était pas sans rapport avec Khaos... Mais notre vie est ici ! Tout le village est du même avis que nous, seules quelques personnes ont décidé de partir. Nous sommes désolés, mais nous ne changerons pas d'avis... Nous vous remercions tout de même de vous être inquiétez de notre sort...
# Posté le jeudi 05 juillet 2007 05:59
Modifié le dimanche 29 juillet 2007 12:43