Chapitre Premier, cinquième partie.

Chapitre Premier, cinquième partie.
Il se réveilla en sursaut, couvert de sueur. Depuis une semaine, il n'arrivait pas à dormir. Il refaisait toutes les nuits le même cauchemar. Et ce cauchemar, il le connaissait bien. Il revoyait sans cesse le jour maudit où il avait commis l'irréparable... Il commençait à ne plus pouvoir le supporter.

Cela faisait presque un an qu'une folie meurtrière s'était emparée de lui. Il avait massacré, avec ses compagnons, tout un village de fermiers Keltans. Les Keltans s'y étaient installés peu de temps après que leurs véritables propriétaires aient été massacrés par leur armée.

Les légionnaires avaient reçu l'ordre de reprendre le village. Tous s'étaient attendus à tomber sur leur armée. Mais en se dirigeant vers le village, ils avaient d'abord trouvé un amas de cadavres empilés qui se décomposaient au soleil depuis près de deux semaines. Tous avaient été choqués par cette vision. Affronter la mort était une chose, mais en voir le résultat en était une autre. Le Haut Commandeur de la Légion avait alors ordonné une halte, le temps d'enterrer les morts. Le Haut Commandeur lui-même avait participé à la tâche, ce qui avait une fois de plus surpris ses hommes. Il ne ressemblait en rien à un officier ordinaire. Pendant ce travail ingrat, nombre de soldats pourtant robustes, et ayant déjà combattu plusieurs fois, n'avaient pu s'empêcher de vomir.

Au fur et à mesure qu'ils avaient enterré les corps dans une fosse commune – faute de temps –, la colère était montée au sein des Légionnaires. Ils n'avaient plus qu'une envie, atteindre le village pour enfin se venger de l'armée Keltane.

Quand le départ fut ordonné, ils étaient tous remontés en selle le plus rapidement possible, pour fuir cet endroit, et surtout, pour affronter cette fois-ci, un véritable adversaire.

Avec ses amis, Edmond et Azean, il s'était senti prêt à réduire à néant toutes les armées Keltanes. Après tout, ils faisaient partie de la Légion "Eternelle". La meilleure armée du continent. Invaincue depuis sa création, il y avait de cela près de huit cent ans.

Lorsqu'ils étaient arrivés en vue du village, ils s'étaient aperçus dépités qu'il n'y avait aucune trace de l'armée Keltane. Cependant, il restait les villageois à faire sortir de la ville... Et c'est là qu'advint la pire ignominie que la Légion ait jamais commise. Elle déferla sur la ville toutes armes sorties. Ce fut le début du massacre. Ils s'étaient rués sur les villageois sans défense avec un plaisir non dissimulé. Ils voulaient venger les anciens habitants pour ce qu'ils avaient subi. Mais voilà, en voulant les venger, ils avaient commis les mêmes horreurs... Même le Haut Commandeur s'était laissé submerger par cette folie enivrante. Il fut aussi le premier à reprendre conscience et à faire cesser le carnage. Mais trop tard, la plupart des habitants avait déjà été tués...

Il avait honte de le dire, mais il se souvenait que lors de l'attaque du village, il avait pris plaisir à tuer tous ces innocents. Il avait l'impression de tenir sa vengeance. Lui aussi avait souffert de leurs assauts. Enfant, on avait attaqué sa ville, tuant tout le monde. Il n'avait alors que huit ans, il était le seul survivant... Il avait été aussi le seul à avoir le plus de mal à s'arrêter. Quand la haine qui l'aveuglait avait disparue, il s'était aperçu de la monstruosité de ses actes. C'était les mêmes atrocités que celles qu'il reprochait aux Keltans. Dans sa soif de vengeance, il était devenu ceux qu'il combattait... Il avait alors demandé à ne plus aller au front, au moins pendant un temps...

Cela faisait maintenant un an qu'il était affecté à l'arrière garde. Sa mission étant de surveiller qu'il n'y ait pas d'intrusions en profondeur des Keltans. Pour lui, c'était exactement ce qu'il fallait. Il s'était construit une petite maison au milieu d'une forêt, loin de la ville. Il y vivait paisiblement, ne rejoignant le cantonnement que rarement depuis deux mois. Période à laquelle les deux pays avaient signé un armistice temporaire. De quoi laisser aux deux pays le temps de souffler un peu. Mais il ne se faisait pas d'illusions, c'était pour mieux recommencer.
# Posté le mardi 10 janvier 2006 13:12
Modifié le mardi 01 mai 2007 01:58

Chapitre Premier, sixième partie.

Chapitre Premier, sixième partie.
Après avoir vainement essayé de chasser tous ses souvenirs de son esprit, il se leva lentement. Il sortit de sa chambre et se dirigea vers la table. Il prit un torchon renfermant une miche de pain, en coupa un morceau, et prit un peu de confiture. Il tartina son pain et le mangea lentement, n'ayant pas très faim après la nuit cauchemardesque qu'il venait de vivre. Cette fois-ci, il avait eu l'impression d'avoir réellement revécu le carnage. Il avait ressenti la même joie éprouvée en tuant les Keltans. Comment avait-il pu prendre autant de plaisir à tuer des innocents ?

Il savait que le fait de refaire ce cauchemar toutes les nuits, signifiait que quelque chose allait arriver. Le fait que cette nuit le cauchemar paraissait si réel, voulait certainement dire que cela se passerait bientôt, voir même dans la journée. Il comprenait avec le temps, que ces rêves à répétition étaient une sorte d'avertissement.

Avant l'attaque du village, pendant un mois, il avait rêvé à une multitude de morts. Des Keltans pour la plupart. Il avait cru à ce moment là, que c'était son désir de vengeance qui refaisait surface. Mais après le massacre, il avait compris que ce n'était en réalité qu'un avertissement. Aujourd'hui, il se demandait ce que cela pouvait bien signifier.

Une fois qu'il eut mangé, il décida d'aller se changer les idées. Il sortit, et prit le petit sentier qui partait derrière sa maison. Quelques rayons de soleil passaient à travers la cime des arbres, éclairant le sol par endroits, donnant un aspect presque irréel à la forêt. Une légère brise rafraîchissait agréablement l'air. Après quelques minutes de marche, il arriva dans une clairière où apparut un lac. Il s'en approcha et observa le paysage qui s'étendait devant lui. Il régnait ici, en plein c½ur de la forêt, un silence apaisant, où seul les chants d'oiseaux et le bruissement des feuilles soulevées par la brise troublaient le silence.

Après avoir longuement contemplé le lac, il se déshabilla, puis entra progressivement dans l'eau fraîche. Une fois qu'il eut de l'eau jusqu'aux épaules, il commença enfin à se détendre.

Il ferma les yeux, et lentement, tous ses mauvais rêves disparurent. Il réussit enfin à chasser toutes ces images d'horreur de son esprit.

À la place, l'image de ses parents lui revint en mémoire. Il revit sa mère, une magnifique Elfe. Elle l'avait toujours réconforté lorsqu'il avait peur. Quand à son père, c'était un Homme fier et brave, qui sacrifiait la plupart de son temps à aider les autres. Il était donc mi-Elfe, mi-Homme. Il avait ainsi hérité des caractéristiques des deux races. Grâce à sa mère, il était plus grand que la plupart des Humains. Ses réflexes, ainsi que ses cinq sens étaient également plus développés. De son père, il avait hérité une forte carrure et des traits plus marqués que ceux d'un Elfe. Il devait même se raser. Personne n'aurait pu deviner qu'il avait du sang Elfique. Pourtant, les filles le trouvaient tout de même séduisant.

Alors qu'il avait toujours les yeux fermés, il entendit des pas furtifs s'approcher du lac. Il sourit, et ne fit pas un geste. Quand les pas cessèrent, il regarda dans la direction d'où provenait le bruit. Un magnifique loup au pelage gris blanc, tranquillement assis, le regardait. Le loup revenait de chasse, son pelage étant constellé de tâches rouges.

- Kriar, tu ferais mieux de venir prendre un bain, tu es affreux comme ça. Je pensais que tu mangeais plus proprement.

Il referma les yeux et entendit la voix de Kriar résonner dans sa tête. Lui seul pouvait l'entendre et le comprendre.

- Je préfère rester là, elle me semble plutôt fraîche.
- Tu ne sais pas ce que tu loupes mon vieux. Elle est excellente ! Rien de mieux pour se revigorer et chasser tout mauvais souvenir.
- Tu as encore fait ce cauchemar, et cette fois-ci ça se concrétise. Tu ferais mieux de rester sur tes gardes.

Le loup s'allongea au bord du lac et commença à se nettoyer consciencieusement. Quand à lui, il se sentait de mieux en mieux. Il relâcha légèrement son emprise sur son pouvoir, et fit en sorte d'améliorer son ouie, lui permettant ainsi d'entendre les bruits discrets de la nature. Il s'apaisa. Il eut ainsi l'impression d'être aux côtés des oiseaux qui chantaient. Il avait enfin retrouvé tout son calme. Il ouvrit alors les yeux et renferma son pouvoir au plus profond de son être. Ensuite, afin de se détendre complètement, il fit deux fois la longueur du lac avant de rentrer chez lui.

Kriar, qui avait fini de se nettoyer, l'accompagna. Il gambadait joyeusement aux côtés de son maître. Cela faisait une semaine qu'il ne l'avait pas vu aussi calme et serein. On aurait presque pu croire qu'il n'y avait aucun problème.

Arrivés à la maison, il s'aperçut que son maître était parti seller son cheval. Il comprit alors qu'il se rendait en ville. Il avait revêtu son uniforme de la Légion pour ne pas être importuné par les villageois. Il voulait seulement avoir des nouvelles du Royaume. Pour cela, rien de mieux que d'aller à la taverne, où tous les villageois se retrouvaient pour discuter. Kriar l'accompagna.
# Posté le mardi 10 janvier 2006 13:15
Modifié le mardi 01 mai 2007 01:55

Chapitre Deux, première partie.

Chapitre Deux, première partie.
CHAPITRE 2





Tranquillement installé au fond de la taverne, il finissait de manger tout en écoutant les conversations. C'était le meilleur moyen de savoir ce qui se passait dans le Royaume, sans pour autant être obligé de prendre part à la discussion. Les nouvelles étaient excellentes. D'après le charpentier, qui discutait avec le poissonnier et le boulanger, les Keltans avaient signé un nouvel armistice, rallongeant de trois mois le premier. Il fallait toutefois se méfier de ces nouvelles. Les rumeurs allaient bon train en ville, il fallait savoir démêler le vrai du faux. Ayant entendu tout ce qui l'intéressait, il intercepta la serveuse lorsqu'elle passa près de lui. Il commanda une nouvelle pinte de bière avant de partir.

La serveuse prit sa commande et partit rapidement. Cet homme ne lui disait rien qui vaille. Elle n'arrivait même pas à discerner son visage, qu'il maintenait caché sous la capuche de sa cape. Ce qui l'effrayait le plus, était le loup qui l'accompagnait. Elle avait peur qu'il ne lui saute dessus. Elle se dit qu'il fallait être vraiment fou pour avoir un loup pour compagnon. Tous se méfiaient de lui et de son maître. On les voyaient rarement en ville. De sombres rumeurs circulaient à leur sujet. L'homme, aurait tué un monstre qui rôdait autour de la ville. Et le loup, quand à lui, mangerait un enfant égaré de temps à autre... Personne n'avait de preuves. Et tous ceux qui avaient vu le loup étaient unanimes. C'était une bête curieuse, qui donnait la mauvaise impression de comprendre tout ce que vous disiez, et vous regardait droit dans les yeux quand vous parliez de lui.

Kriar était irrité de toutes ces rumeurs à son sujet, mais il savait que son maître en était ravi. Ainsi, on le laissait tranquille.

La serveuse revint avec sa pinte. Il la paya et elle partit rapidement, de peur qu'il ne lui demande autre chose.

Soudain, un homme entra précipitamment dans la taverne réveillant Kriar. Il était essoufflé mais semblait content d'être arrivé. Il se dirigea vers le comptoir et commanda une pinte de bière. Puis, il se retourna vers le reste de la salle.

- Mes amis ! dit-il d'une voix puissante, faisant instantanément taire toute la salle. Sachez que l'on a capturé un Keltan tout à l'heure, ou plus exactement, UNE Keltane ! On la ramène ici ! Si ça vous dit de venir lui faire payer pour tout ce que l'on endure depuis tant d'années, rendez-vous sur la place du village ! Elle devrait arriver d'ici une heure ou deux. Mais si vous voulez avoir les meilleures places, je vous conseille de ne pas traîner !

L'homme but sa chope d'un seul trait, puis ressortit, suivi de presque toute l'assemblée, pour la plupart masculine. Ils se dirigèrent vers la place du village. Le tavernier lui-même sortit, laissant à sa femme le soin de s'occuper du peu de clients qui restait.

La serveuse regarda l'homme à la capuche boire lentement sa pinte, avant de se lever, et de partir lui aussi. Elle sursauta lorsque le loup la regarda avant de sortir.

Une fois dehors, il s'assura discrètement que son épée glissait bien dans son fourreau. Il craignait de savoir exactement ce que signifiait : « lui faire payer pour tout ce que l'on endure ». Il ne s'agissait pas simplement de l'humilier...

Lorsqu'il arriva sur la place, ombre noire au milieu d'une foule survoltée. Il aperçut au centre des charpentiers construisant en toute hâte une estrade, afin que tout le monde puisse voir le spectacle.

Pendant deux heures, la construction se poursuivit. De nombreux badauds qui espéraient ainsi pouvoir assister au spectacle le plus tôt possible participèrent. La Keltane était déjà arrivée depuis presque une heure. On l'avait enfermée dans les geôles du village en attendant que l'estrade soit terminée. Quand ce fut le cas, on alla la chercher.

Lui, était resté en retrait de la foule avec Kriar à ses côtés. Ses yeux, plus perçant que ceux d'un Humain, lui permettaient de voir ce qui se passait sur l'estrade comme s'il y était. Il s'était adossé à une maison en bordure de la rue principale, et personne n'osait s'approcher de lui et de son loup.

Alors qu'il observait calmement la foule, il entendit des cavaliers approcher. Il se retourna vers la rue principale et vit arriver une dizaine d'hommes, épées à la main. Entre eux, se tenait la Keltane. Les mains attachées, reliées par une corde à un homme qu'il reconnut comme étant le chasseur de la ville. Il la tirait violemment, la forçant à courir pour ne pas tomber. Lorsqu'ils arrivèrent sur la place, ils ralentirent la cadence, et firent écarter la foule qui hurla de plaisir en voyant la prisonnière. Ils lui lancèrent toutes sortes d'insultes. Mais elle ne réagissait pas, comme si elle était perdue dans ses pensées.

Kriar, remarqua comme son maître, que ce devait être une personne importante au sein de son peuple. La robe qu'elle portait, bien que simple, était magnifique. Et sa façon de se tenir n'avait rien à voir avec les « petites gens ». Cela déplut énormément à plusieurs personnes, qui réussirent à la frapper malgré la protection des cavaliers. Non pas qu'ils veuillent la protéger, – c'était loin d'être le cas –, mais parce qu'elle devait subir le juste châtiment qu'ils lui avaient préparé.

La Keltane fut frappée si violemment qu'elle tomba devant l'estrade. Elle fut alors traînée sur le sol, sans pitié, sous les rires et les quolibets de la foule, déchaînée et euphorique...

Quand elle monta sur l'estrade, elle avait du mal à mettre un pied devant l'autre. La foule haineuse, continuait joyeusement de l'insulter. Un homme lui lança un objet qu'elle reçut violement dans le ventre. Kriar, qui voyait la scène à travers les yeux de son maître, reconnut l'objet comme étant une pince en métal. La Keltane tomba en hurlant de douleur. Des larmes apparurent pour le plus grand plaisir de la foule. Ils venaient enfin de briser sa dignité. Le chasseur la releva alors sans douceur. Mais elle ne put s'empêcher de rester plié en deux. Pendant ce temps, ses hommes se plaçaient autour de l'estrade, leurs épées brandies, afin de dissuader la foule de trop approcher. Leur chef maintenant au centre de l'estrade fit taire tout le monde d'un simple geste de la main.
# Posté le mardi 10 janvier 2006 13:35
Modifié le mercredi 13 juin 2007 08:24

Chapitre Deux, deuxième partie.

Chapitre Deux, deuxième partie.
- Mes amis, mes amis, cessez de la frapper ! Il ne faut pas agir ainsi. Comment voulez-vous sinon, que l'on puisse lui faire payer toutes les abominations dont elle est responsable ? Croyez-moi, quand je vous dis que je m'y connais en torture... Alors laissez-moi faire. Je vous promets que vous ne serez pas déçus. Elle va payer pour tout ce qui nous arrive. Certains d'entre vous pourront même participer.

La foule hurla de plaisir. Le chasseur savourait cet instant. Tout le monde paraissait joyeux, sauf un homme, au fond, qui ne semblait pas prendre part aux festivités. Il lui sembla même qu'il y avait un gros chien à ses côtés. Mais il n'y fit plus attention. Il se retourna et regarda la Keltane en larmes.

- Tu veux avoir une véritable raison de pleurer !

Il la gifla brutalement, la faisant reculer de quelques pas sous l'impact. Sa lèvre inférieure avait éclaté, et du sang coulait sur son menton. La foule ravie, hurla de nouveau. Le chasseur était fier.

- Alors mes amis, continua-t-il, que préférez-vous ? La torture subtile et raffinée ? Où plutôt la torture qualifiée de barbare ?

Pendant quelques instants, la foule chercha laquelle de ces deux tortures elle préférait voir à l'½uvre. Puis, l'un des hommes du chasseur lâcha que la torture raffinée était de trop pour une Keltane. Tout le monde se rangea à son avis. Le chasseur était en extase. Il allait pouvoir briser un à un tout les os de la Keltane... Son rêve.

Il se positionna face à la Keltane, qui tremblait de tout son corps. Elle avait imaginé tout ce que ces hommes allaient lui faire. En réalité, elle était loin du compte. Le chasseur demanda à ce qu'on lui apporte un billot ainsi qu'un maillet. Il ne fallut pas attendre longtemps avant que son souhait ne fût exaucé. Il coupa d'un geste théâtral les liens de la Keltane devenue inerte. Elle se laissait faire sans résister, ce qui déplut grandement au chasseur qui la gifla de nouveau. La Keltane ne réagissant toujours pas, il décida de passer aux choses sérieuses. Il prit l'une de ses mains et la referma, avant de la poser sur le billot. Ensuite, avec des gestes calculés, il prit lentement le maillet, faisant grimper l'excitation de la foule, et par la même occasion la sienne.

La Keltane avait toujours le regard dans le vide, ne faisant pas attention à ce qui allait lui arriver.

Le chasseur leva le maillet au dessus de sa tête. La place se fit alors silencieuse.

Tous les regards étaient fixés sur la Keltane. Le chasseur, attendit encore quelques secondes que l'excitation soit à son comble. Puis, il abaissa vivement le maillet. Broyant violemment la main de la Keltane qui sembla soudain se réveiller. Elle hurla de douleur et voulut retirer sa main toujours coincée ce qui lui arracha un nouveau cri de souffrance. Quand le chasseur se décida enfin à retirer le maillet, la main de la Keltane avait éclaté. Des os transperçaient sa peau, et le sang coulait abondamment.

Le chasseur prit sans ménagement le bras de la Keltane qui hurlait toujours de douleur, et montra le résultat à la foule survoltée, qui cria elle aussi, mais de joie. Voir la main éclatée et le visage en larmes de leur pire ennemie les mettaient en extase.

Toujours adossé à la maison, il regardait ce qui se passait sur l'estrade. Il ne se sentait pas bien. Les hurlements de la Keltane lui avaient remis les images du massacre en tête. Pourquoi n'avait-il pas agi ? Il n'arrivait pas à le savoir. Il aurait facilement pu empêcher ce qui venait de se passer. Mais il n'avait rien fait, et Kriar préférait ne rien dire...

- Et maintenant, quel bras voulez-vous que l'on brise en premier ? demanda le chasseur joyeux.

La foule se remit à hurler. Pendant cinq minutes, tous se demandèrent quel bras il fallait briser. Certains, affirmaient que ce devait être le bras droit, d'autres, le bras gauche.

Kriar sentit que son maître n'arrivait pas à y croire. Il avait devant lui une foule déchaînée qui regardait l'agonie d'une malheureuse. Longtemps, il avait pensé que les Keltans étaient les pires monstres qui existaient. Aujourd'hui, il s'apercevait qu'il était loin de la réalité. Les Keltans avaient commis beaucoup de massacres, c'est vrai. Mais eux aussi. Il était bien placé pour le savoir. Cependant, il n'avait jamais entendu dire que les Keltans torturaient leurs victimes.

Il regarda la Keltane, affalée de tout son long sur l'estrade, tenant sa main ensanglantée, et pleurant toujours de douleur. N'arrivant même plus à hurler tellement elle souffrait. Il comprit alors pourquoi il n'avait pas réagi. Il avait bêtement espéré au plus profond de lui que le chasseur n'allait rien faire. Qu'il ne commettrait pas ces horreurs, qu'il voulait juste effrayer la Keltane. Il avait eu tort. Il en voyait maintenant les conséquences.
# Posté le mardi 10 janvier 2006 13:42
Modifié le mardi 01 mai 2007 01:55

Chapitre Deux, troisième partie.

Chapitre Deux, troisième partie.
Pendant ce temps, le chasseur sondait la foule en attendant que se termine le débat. Son regard croisa à ce moment là celui de l'homme à la cape. Il se rappela alors qui était cet étrange individu, et qu'à ses côtés, ce n'était pas un chien, mais le fameux loup mangeur d'enfants.

Le chasseur sourit. Cela pourrait rajouter du spectacle...

- Puisque vous n'arrivez pas à vous décider, fit il joyeux, il faut que quelqu'un choisisse. Il aura même l'immense honneur d'exercer lui-même la sentence ! Vous, là bas ! L'homme qui, dit-on, a tué le monstre envoyé par les Keltans pour nous terroriser. Approchez ! Et venez vous-même casser un des bras de cette chienne ! Je suis sûr que cela va vous plaire.

Quand le chasseur s'adressa à lui, il en fut d'abord surpris. Pendant quelques secondes, il ne bougea pas. Puis il sourit, sa colère venant d'atteindre son paroxysme. L'image de la Keltane hurlant de douleur toujours gravée dans son esprit. Il se décida alors à approcher, lentement. Kriar passant le premier.

La foule s'écarta vivement à leur approche. Comme s'il incarnait le Prince des Ténèbres en personne, accompagné de son animal voleur d'âmes.

Il regardait l'estrade. Les hommes du chasseur continuaient d'empêcher la foule d'approcher. Quand Kriar arriva devant les deux hommes qui en protégeaient l'accès, ils s'écartèrent.

La place, qui quelques secondes plus tôt était emplie de cris de haine inimaginables, était tout d'un coup devenue silencieuse. Arrivé en haut de l'estrade, il vit les regards haineux qui se posaient sur la Keltane, et parfois même sur lui. Il vit aussi les regards pleins de convoitise de ceux qui auraient voulu être à sa place...

Le chasseur s'approcha de lui, gardant toutefois une distance raisonnable avec le loup.


- Abaisse donc ta capuche ! Que l'on puisse voir le visage de l'homme qui va enfin réellement ouvrir les festivités.

Il regarda le chasseur droit dans les yeux. Un sourire se dessina sur ses lèvres, lui aussi allait s'amuser, mais d'une autre façon...

- Puisque vous le demandez si poliment... dit-il d'une voix calme et glaciale. Retenant sa colère.

Tous ceux qui l'entendirent frissonnèrent d'effroi.

Il baissa lentement sa capuche. Tout le monde essaya alors de voir ce que cachait la cape. Il la repoussa dans son dos, dévoilant ainsi l'emblème de la Légion sur son surcot d'arme. La foule eut aussitôt un cri de stupeur, même le chasseur en recula de surprise.

La Keltane, qui ne bougeait plus depuis un long moment, se redressa pour voir qui était cet inconnu qui effrayait même les siens. Elle posa alors son regard sur le loup, et sursauta. Le loup la fixait d'un regard étrange, presque de compassion. Puis elle regarda son maître. Elle reconnut aussitôt l'homme comme étant un soldat de la Légion "Eternelle". Elle ne put retenir un cri d'effroi. C'était la dernière personne qu'elle aurait souhaité voir de sa vie. Elle aurait pu reconnaître cet uniforme entre mille.

L'homme était vêtu d'une longue cotte de mailles qu'un long surcot d'armes noir recouvrait, avec au niveau de la poitrine l'emblème de la Légion : un phoenix couleur Pourpre, sortant de flammes couleur Or. Sur les manches très courtes de son surcot d'armes, était inscrit son grade. A part sa cotte de mailles, l'homme était totalement vêtu de noir. Ses bottes, son pantalon, sa cape, sa ceinture, même les poignées de son épée et de sa dague étaient noires. Cela lui donnait un air terrifiant.

La Keltane, qui pensait vivre son pire cauchemar, en fut immédiatement convaincue. Elle allait connaître les pires atrocités, et elle n'avait même pas pu accomplir la mission qui lui avait été confiée. La vie de tout un peuple dépendait d'elle... Elle ne put s'empêcher de pleurer.

Il était ravi de son apparition. Plus personne ne bougeait. Plus personne ne savait que faire. Mais le chasseur se ressaisit vite. Il tira brutalement les cheveux de la Keltane qui hurla et la jeta à ses pieds. Elle retomba sur sa main brisée et un nouveau cri de douleur résonna sur la place toujours silencieuse.
# Posté le mardi 17 janvier 2006 08:27
Modifié le vendredi 22 juin 2007 07:26